Sacré Duchamp !

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Soit deux congélateurs à 365 Euros chaque (chez Darty). Un bon coup de massue sur l’un des deux congélos (un très bon coup, même), sur lequel on fait grimper le second ; quatre vis pour fixer tout ça et hop ! On a une oeuvre d’art à 25.000 Euros (Galerie Alain Gutharc, Paris, jusqu’au 20 octobre) Autrement dit, l’idée plastique que voici vaut 24.270 Euros. Un coup de maître.
Il y en a qui vont crier au génie (ceux qui comprennent tout à l’art contemporain). D’autres au scandale (ceux qui ne comprennent rien, les beaufs quoi). Pour ma part je ne crierai pas. Je me contenterai juste d’observer que Marcel Duchamp – le père de l’art conceptuel et l’ “inventeur” du ready made – a ouvert une brèche dans laquelle n’ont de cesse de s’engouffrer une multitude (une foultitude diraient les journalistes branchés) d’artistes plasticien plus ou moins opportunistes qui tâchent de se distinguer par des discours (si possible) différents. Car il s’agit finalement bien de cela : le Discours sur l’Oeuvre. En art contemporain, une oeuvre n’est rien sans le discours qui l’accompagne. Et il vaut mieux que ce discours soit nouveau. (vu que l’oeuvre elle-même a de plus en plus de mal à l’être, nouvelle.)
C’est ce qui rend, en fait, l’art contemporain si hermétique, cette notion de discours. D’autant que les critiques s’en donnent à coeur joie ; pour cette oeuvre-ci (de Daniel Firman, un jeune français), il pourraient dire : “Il s’agit de circonscrire tragiquement le réel en dessinant un extrémisme conformiste d’essence ironique, dans une attitude qui permet d’endosser la dialectique du nié négatif et du niant positif, (etc.)…” Firman aurait pu présenter un régime de bananes surmonté d’une caisse enregistreuse (ou le contraire) c’eût été kif-kif : tout le monde est subjugué par ce discours providentiel et ésotérique (même l’artiste, trop ravi que quelqu’un ait pu enfin comprendre son oeuvre et surtout la valider, la légitimer). En fait, il semblerait que tout le talent soit là désormais, tienne à ça : savoir travailler l’Illusion. C’est ce qu’on nous apprend dans les écoles d’art. Bien avant de savoir tenir un pinceau (cette sale manie académique qui pue la térébenthine).

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5 Réponses vers «Sacré Duchamp !»

  1. Pierre-Patrick à dit:

    J’aime votre blogue et son humour. On échange nos liens?

  2. Franswa P. à dit:

    Parfaitement d’accord avec toi/vous/nous/demain sur “En art contemporain, une oeuvre n’est rien sans le discours qui l’accompagne.”
    Déjà, c’était “très important bien sûr” que je me manifeste pour te/vous/nous/demain le faire savoir.
    Ensuite, je suis classé dans les beaufs qui n’y comprennent rien, donc qui en rigolent - comme des beaufs, donc - cqfd.
    Et là, ça tape très fort, quand même. C’est du haut niveau.

  3. Daniel D à dit:

    Et ouais! faire l’artiste en concevant son œuvre entièrement finie, c’est priver tout critique d’art de sa possibilité existentielle de se substituer à l’artiste… C’est se couper du monde du marché de l’art qui a besoin, pour exister, de la caution intellectuelle(euphémisme!)de la nuée de radoteurs qui encombrent la scène mais qui font le pluie et le beau temps.

    C’est suicidaire de vouloir être créatif et de penser que son œuvre puisse et doive se suffire en tant que telle.

    Les critiques d’art s’empresseront de vous faire passer pour un crétin: normal, vous leur enlevez leur gagne-pain!

  4. Daniel D à dit:

    Et merde à Duchamp!

  5. Strangedays à dit:

    Disons que Duchamp a tout de même permis de donner une véritable impulsion, un tournant même, à une Histoire de l’art qui se complaisait gentiment dans l’objet, qui tournait vaguement en rond. Sans le savoir, c’est lui qui a donné naissance à l’art contemporain dans les années 60, à cette notion d’Idée (extérieure à l’objet), de “concept”. En ceci, Duchamp est l’artiste le plus important du XXe siècle. Le plus influent en tout cas. Après, que certains profitent de ce nouveau terrain de jeu pour proposer n’importe quoi sous couvert du”discours” de leur pote critique d’art, c’est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre. Et bien trop d’argent à mon avis.

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