Ah oui ? Quelle horrible faute ! “moi qui avais” voyons ! Avec un S ! Moi c’est “je” et “je” donne “j’avais”, voilà.
Ce qui est tout à fait exact. Grammaticalement. L’ami Grevisse est intransigeant là-dessus. Mais mais mais. Et si nous allions plutôt rendre visite à Google le Brave, le (mauvais?) génie du Savoir, en tout cas le Maître absolu de la base de données…
A l’invite tapons, entre guillemets, “moi qui avais”. On obtient 65.200 occurrences. Essayons maintenant “moi qui avait” : 148.000 occurrences. Paf dans l’os ! Rebelote : “moi qui étais” : 64.300 occurrences ; contre “moi qui était” : 87.000. Ce qui veut dire (dans le premier cas) que plus de deux tiers des gens – des gens qui “écrivent” en plus – seraient nuls en grammaire. Ça, on le savait déjà avec l’orthographe, tout se perd, on ne sait plus écrire, on ne lit plus assez, ou pas les “bonnes choses”, les SMS bouffent tout, les jeux vidéo aussi, etc. Ce serait enfoncer une porte ouverte que de dire que le “bon usage” de la langue française va mal. Bien.
On peut malgré tout se demander pourquoi les 2/3 des écrivants se laissent avoir par ce “Moi qui…” Le cerveau semble connecter davantage sur le “qui” que sur le “moi” (ce “je” masqué). Le “qui avait” est tellement représenté – je dirais graphiquement – dans la lecture, qu’il l’emporte naturellement sur le “qui avais”, qui du coup semble presque laid, et partant, faux.
Quand on met la proposition au présent, la faute est tout de suite moins fréquente. “Moi qui suis” et non “moi qui est”. Là, le Moi l’emporte (je dirais presque forcément...)
Il y a évidemment une quantité astronomique d’exemples similaires. Où Google nous montre en temps réel ce qu’il en est de cet avachissement du “bon usage”. (A tel point que si vous écrivez juste, cela risque désormais d’être perçu comme faux par la majorité écrasante.) Alors qui va l’emporter? Google ou Grevisse ? L’usage commun, la netocratie du Verbe, ou la haute autorité de la Grammaire ? Epineuse question sans doute. Si vous avez des réponses, des vues là-dessus, c’est à vous…
Mots-clefs : démocratie, Google, netocratie, orthographe, statistiques

avril 7, 2008 à 9:21 |
J’avais jamais pensé utiliser Google pour vérifier une expression mais c’est une bonne idée. Perso je reste fidèle au dictionnnaire pour les soucis d’orthographe, mais pour la grammaire alors là oui peut être que le web va l’emporter !
avril 7, 2008 à 10:27 |
En dernier ressort, c’est toujours le bon usage qui est entériné. Mais lorsqu’un usage fautif tend à se répandre, il y a toujours de bons arguments pour rétablir la justesse de la chose. Notre hôte rappelle du reste que seul “moi qui avait” est plus fréquent que la forme correcte, sur Google. Donc au total, ça passe.
Notez par ailleurs que trop souvent, quand on pose une question au gros Grévisse et qu’on y a lu la réponse, on ne comprend plus la question qu’on a posée… et on ne sait plus quoi faire, tant ce dictionnaire recense d’erreurs ou de déviances par rapport à la règle, commises par les plus grands écrivains.
Enfin, c’est vous qui voyez (et non pas “c’est vous qui voit”…)
avril 7, 2008 à 1:39 |
@Daniel : C’est en effet ce qu’on peut souvent remarquer sur le Grevisse : que les écrivains prennent parfois des libertés totalement à l’encontre de l’usage “officiel”. C’est d’excellent augure d’ailleurs, et montre que la vivacité de la langue ne dépend heureusement pas que de lois séculaires et parfois bien poussiéreuses.
@Anisée ; pour “vérifier” une expression, peut-être pas tout à fait ; mais pour en évaluer l’usage statistique, c’est souvent payant.
avril 7, 2008 à 1:59 |
Il existe paraît-il une version abrégée du Grevisse, qui ne présente pas toutes ces libertés. Et là, ce serait un outil formidable.
avril 9, 2008 à 9:25 |
my French is not good but is seem like a very nice web site, thanks
avril 12, 2008 à 4:20 |
Tout dépens aussi de l’importance que l’on accorde au language correcte: moi qui est plutôt indulgent malgrés ma profession (il faut dire que je fait pas mal de fautes, même en étant concentré _ ah! ma brave dame, ces générations post-soixante huitardes etc.), plutôt que de poussé de grand cris quand je vois les fautes des autre, je préfère simplement être épatés quand je lit un texte impeccable. La lecture ai quand même plus fluide dans ce cas, non?… euh… en revanche, les écrivains qui se permette des écarts ne sont pas sensés être examplaires, puisqu’il s’agit justement d’écarts conssients, délibérés, à des fins non communicationnelles, ce qui n’est pas le cas de notre sympatique googlelisé “moi qui était”…
avril 24, 2008 à 5:21 |
Si jamé fôte d’ortografe…pas tjs sympa nan plus…écrire com l’envie vient du moment k’on se fé du bien…et après ??? Ben apraît, pas graVe, on verra bien!!!
octobre 27, 2008 à 11:25 |
je ne supporte pas les fautes d’orthogrphe et pourtant j’en fais des tonnes
je pense me corriger toute seule avec le grevisse , pour l’amour de la langue écrite et parlée sans compter le savoir que l’on doit transmettre à nos prochains
mars 10, 2009 à 12:14 |
J’utilise souvent google pour vérifier la validité d’une expression, en regardant si elle sort souvent et si l’on peut la trouver dans des textes que l’on suppose bien écris. J’étais justement en train de rechercher le fameux “moi qui avait”, c’est une chance que je suis d’abord tombé sur cet article…
avril 16, 2009 à 5:59 |
Idem pour moi :p
Tiens, tu m’as donné envie d’acheter le Grevisse.
juillet 16, 2009 à 1:35 |
Je suis entièrement d’accord avec vous quand vous dites: “A tel point que si vous écrivez juste, cela risque désormais d’être perçu comme faux par la majorité écrasante”.
Combien de fois ai-je ressenti cela! (mais je n’ai jamais capitulé!)
Exemples:
M. et non pas Mr pour dire Monsieur (eh oui! on est en France)
Pan Bagnat et non Pain Bagnat (et pourtant ce serait plus logique, non? Allez demander à nos amis niçois ce qu’ils en pensent!!!)
“Ne pas faire long feu” utilisé pour dire “S’arrêter / être fatigué”, alors que c’est l’inverse…. La métaphore du boulet de canon à l’appui, afin d’expliquer que plus le canon “fait long feu”, plus la course du boulet sera courte. Par contre, s’il “fait court feu”, il aura une force de propulsion importante et ira plus loin.
A vot’bon coeur…
juillet 16, 2009 à 2:33 |
@SanParis25ans: et aussi “au temps pour moi” (expression militaire, je crois), “remède de bonne fame” au lieu de “femme” (car on ne parle pas d’une bonne femme, mais d’une bonne renommée/réputation), “quand même” au lieu de “comme même” (quelle horreur…), jamais de “malgré que”, …
Il y en a des dizaines comme ça
Tout fout l’camp ma bonne dame !
juillet 17, 2009 à 6:56 |
Dû me battre récemment contre une correctrice qui persistait à vouloir mettre une négation après “sans que”…
juillet 17, 2009 à 7:10 |
“Sans que” suivi d’une négation, ça fait double négation
“tu as fait ça sans que je ne le sache” me parait très bizarre. Pour moi, c’est “sans que je le sache”