Xénophobe?

By Nicolaï Lo Russo

Cocktail de fruits de mer, marque “générique”. Composé de :

- Saint-Jacques pêchée en Atlantique Sud, par un chalutier panaméen ;
- Calmar pêché dans le Pacifique, par une jonque vietnamienne (une grosse sans doute) ;
- Crevette du Groenland, hissée dans des filets islandais ;
- Moule de Mer du Nord, cultivée au large du Danemark par des fils d’immigrés polonais.

Conservé en frigorifiques fabriqués aux États-Unis.
Transporté et centralisé par des avions-cargos russes.

Emballé en France dans du polyvinyle allemand, par des machines-outil montées au Portugal.
Surplombé d’une étiquette imprimée en Italie avec de l’encre suisse constituée de pigments africains.

Distribué par un géant de l’agro-alimentaire hollandais.

Vendu dans un hypermarché belge racheté par un groupe japonais.

Cuit, hier soir, dans une poêle taiwanaise en fonte d’aluminium canadien, dessinée par un Sri-Lankais.

Agrémenté d’ail corse, d’huile d’olives du Péloponnèse, et d’un tour de poivre de Cayenne.

Dégusté dans des assiettes suédoises avec une Bordelaise amoureuse de la cuisine méditerranéenne.

Evacué, un peu plus tard, dans des sanitaires conçus en Autriche et installés par un plombier ougandais. (Qui utilisa en outre une clef anglaise.)

Filtré, beaucoup plus tard, par une station d’épuration sous brevet israélien.

Traité et compacté – selon une technologie brésilienne – pour l’engraissage des prés bressois, sur lesquels caquettent des gallinacés de race hongroise.

Voilà pour le “Cocktail de fruits de mer”.

La prochaine fois, nous parlerons de la “Brochette fermière”.
Celle qui finit dans la mer.

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9 Réponses vers «Xénophobe?»

  1. Daniel Fattore dit :

    Joli coup, bien joué! Un excellente manière d’illustrer la mondialisation, avec humour. Merci!
    Par contre, je ne savais pas qu’on produisait de l’encre en Suisse… En revanche, il est fort probable que les capitaux servant à permettre que votre histoire soit réelle y aient transité.

  2. Nicolaï Lo Russo dit :

    @D.Fattore. Grand fabricant d’encres la Suisse. Prenez SICPA, entreprise vaudoise, familiale, qui fabrique l’encre d’impression des billets de banques (et papiers valeur) de la plupart des pays. Un quasi monopole d’ailleurs. Ah ces Suisses.

  3. Marco dit :

    Oui, ça c’est du tour du monde rondement mené. C’est bien ce qui me semblait, du reste: pour vraiment voir du pays, il vaut mieux ouvrir une boîte de conserve que pratiquer dix ans d’un tourisme aussi harassant que superficiel.

  4. Daniel Fattore dit :

    Vrai! Je les avais oubliés, ceux-là…

  5. Daniel Fattore dit :

    P. S.: il fut aussi un temps où la Suisse produisait des timbres-poste pour le monde entier…

  6. Daniel Fattore dit :

    @Marco: autre astuce sympa: changer de pinard tous les soirs, et varier les pays. Comme la vigne pousse surtout dans des climats agréables, on est assurés de voyager dans des régions ensoleillées.

  7. Gordon dit :

    J’avoue que j’ai bien ri ! Je m’occupe de l’alu

  8. Magda dit :

    Ah ah, très joli. Je découvre ton blog par l’intermédiaire de Marco. Le ton me plaît.

  9. Nicolaï Lo Russo dit :

    Merci à tous, et bienvenue Magda !

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