Archive de la catégorie «insolite»

Presque rien

mai 11, 2008

On est samedi. Non dimanche. Non : vendredi. On est vendredi oui. C’est ça. (Quel con.) Hier soir j’ai dîné avec Monica pour la dernière fois. Enfin presque la dernière fois pour être honnête : elle a mes clés. Important d’être honnête. De nos jours. Ça se perd l’honnêteté, la sincérité. On finit par raconter que des conneries si on fait pas attention. A en lire aussi. Partout. Bon. La première fois que j’ai vu Monica Bellucci – si si : Bellucci – ce devait être dans un journal de mode ou de cinéma. Elle était jeune. J’ai tout de suite été attiré par elle. Son regard félin. Noir et doux en même temps. Peu de monde est au courant. On se voit de temps en temps, avec Monica. En cachette. J’en peux plus de garder secret ce secret. L’autre, là, n’est pas exactement au courant mais c’est comme ça. Monica et moi on vit un truc énorme. Enorme ! même si j’ai dû hélas écourter notre affaire. Enfin voilà. Mon entourage – ma femme par exemple – n’a jamais rien vu. Absolument rien. Ils ignorent totalement que j’ai une autre vie. Qu’il m’arrive (quand j’ai un peu de temps) d’aller échanger quelques balles avec Alain Delon, vers 18 heures le jeudi. Qu’il y a trois semaines, alors qu’on me croyait alité avec force fièvre, j’étais chez Johnny avec Amy (Winehouse) et Flavia Lefèvre – là je tiens à être très clair, Johnny n’est de loin pas mon chanteur préféré. Oh ça non. Mais il a un sens de l’hospitalité extraordinaire. Inimitable. Il met les petits plats dans l’écran (comme je dis toujours), quand un pote même pas cathodique se pointe à l’impro avec une ou deux amies. Longue histoire Johnny et moi. Une amitié d’hommes c’est quelque chose. On en parle nulle part évidemment de cette amitié. Ni de toutes les autres d’ailleurs. Gala, Match, Closer, Télé machin, tout ça, ils râclent que la surface des choses. Faut dire qu’on leur donne bien que les graines qu’on veut à ces oiseaux-là. Faut pas croire. Il y a toute une information souterraine. Personne ne sait rien au fond. Je veux dire : des vraies choses qui se glissent entre les “informations”. Qui modifient sensiblement les comportements des gens importants. (Pourquoi unetelle a quitté untel. Pourquoi le mariage de ces deux-là a-t-il été reporté à la dernière minute. Pourquoi B.S a tellement grossi. Et-tsé-terra.) Toute une information souterraine, essentielle, échappe aux médias et aux mouches. Vous ne savez, en somme, presque rien. Juste la pointe brillante et glacée de l’iceberg – si massif. Ridicule, ce qui vous est connu. C’est qu’il s’en passe des choses que vous ne savez pas. Ah si vous saviez ce que vous ne savez pas ! Hallucinant ! Moi-même au début ça m’a proprement estomaqué tout ce qui nous échappe ! Tout ce qu’on ne nous dit pas. Ou qu’on est incapable de nous dire. Et que je n’aurais jamais su si je n’avais pu obtenir la %#*§&#@ à temps. Avant que ce soit interdit. Dingue que j’aie pu moi échapper à tout ce que vous savez. Profiter benoîtement de cet interstice.

Le rhume de l’homme heureux

mars 31, 2008

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J’aime bien avoir un petit refroidissement de temps en temps. Progressif. Qui commence chez moi par la sensation d’avoir un Lego coincé dans la gorge. Ce plastique aux coins piquants, vous savez. Et puis le nez ensuite. Qui ferme lentement ses portes aux premières senteurs du printemps. Les yeux coulent, les narines sont bouchées, la tête est comme enflée, trop lourde. Le mal s’installe pour quelques jours et le corps va devoir lutter.
J’aime cette lutte. Elle me rassure. Oh une escarmouche, rien de bien violent ; une ou deux boîtes à la pharmacie, un peu de patience et s’est réglé. Pourquoi est-ce que j’aime ça? Pourquoi est-ce que je l’attends presque ce refroidissement? avec comme une étrange impatience? Parce qu’il me permet de me dire que ce qui m’arrive n’est pas très grave. Mais que, malgré tout, quelque chose m’arrive. Que mes anticorps ne sont pas là pour rien, en arrêt de travail. En arrêt maladie. Non : ils vont pouvoir montrer leurs muscles, là. Sortir leur bleu. C’est pas bon du tout de ne rien faire pendant trop de temps. De rester bras croisés à attendre la Dame. C’est même angoissant à la fin de ne jamais rien avoir.
Le rhume commun, quant à lui, ne connaît aucun adversaire à sa taille. C’est un virus qui échappe a toute tentative d’éradication. Depuis des millénaires il est le plus fort. Il rentre dans une carcasse, reste un peu, batifole, et puis s’en va comme il est venu : tranquillement. On ne traite que les symptômes, en fait. On ferme les vannes des liquides, mercenaires chimiques, et on attend. C’est un véritable plaisir, je trouve, de sentir cette victoire proche, cette fin annoncée.
Qui n’est pas sans me rappeler d’ailleurs ce petit rituel saisonnier, qui me prend quand il commence à faire très chaud : ces jours d’août où je porte des mocassins une pointure en-dessous, pour avoir le plaisir infini de les ôter en rentrant. Quelle bénédiction quand j’ôte ces saloperies de mocassins trop petits ! Et que mes pieds retrouvent leur espace vital, leur respiration ! leur belle ampleur de pieds heureux !

Constellation

mars 19, 2008

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Un agent d’entretien de la voirie, à la pause ; il fume une cigarette. Je m’approche :

– Bonjour.
– ‘jour
– Dites m’sieur, sans vouloir vous déranger… vous savez d’où ça vient ces petites taches claires qu’on voit un peu partout sur le bitume?…
– Chewing gum…
– Mais il y en a partout ! je viens de remarquer ça… C’est pas des crottes de pigeons?…
– Non non c’est du chewing gum… la gomme ça reste des années… ça s’incruste…
– Y’en a autant sur le trottoir que sur la chaussée c’est fou ça…
– Eh oui… en même temps ça habille… et ça date la chaussée…
– C’est à dire?
– Au bout d’une année vous avez en moyenne deux taches de chewing gum au mètre carré… en vingt ans on passe facile à 30 ou 40… Si vous comptez qu’à Paris il y a pas loin de 2000 hectares de voie publique… plus de 6000 voies… Une vingtaine de taches au mètre carré mettons… ça fait.. voyons…
– C’est dingue… attendez j’ai une calculette dans mon portable…
– Un hectare c’est dix mille m2…
– Ouais… ça fait… 20 millons de m2… 400 millions de taches !… de chewing gum !
– A Paris on est a un peu plus de 2 millions d’habitants…. 200 taches par habitant… Ah les saligauds… heureusement qu’on est là…
– Y a les touristes aussi… Japonais, Américains… Dégueulasse…
– Et les crottes de chien aussi…
– Dégueulasse…
– Dégueulasse oui…
– A bientôt m’sieur…

Le saviez-vous ?

mars 8, 2008

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Le règne animal réserve parfois de bien curieuses surprises. Un comédon d’éléphant peut peser jusqu’à 40 grammes. A la saison des amours, quand il s’agit de se faire beau, les mâles se livrent à des contorsions pour le moins ridicules, se mirant dans les eaux calmes du Congo, afin de voir si leur pores ne sont point trop dilatés ; le cas échéant, de tenter d’extraire quelques vilains points noirs, en s’entr’aidant à coups de trompes, de pattes, et de sottes cabrioles.
Les femelles quant à elles, ne souffrent que rarement d’un excès de sébum. Leur peau parfaitement hydratée, épaisse et pure comme un tournedos, elles demeurent à distance, trompant leur ennui en mangeant des bananes. Comme c’est aujourd’hui la journée de la femme, je ne pouvais manquer de livrer cette information capitale.