Archive de la catégorie «Société»

Xénophobe?

juillet 5, 2008

Cocktail de fruits de mer, marque “générique”. Composé de :

- Saint-Jacques pêchée en Atlantique Sud, par un chalutier panaméen ;
- Calmar pêché dans le Pacifique, par une jonque vietnamienne (une grosse sans doute) ;
- Crevette du Groenland, hissée dans des filets islandais ;
- Moule de Mer du Nord, cultivée au large du Danemark par des fils d’immigrés polonais.

Conservé en frigorifiques fabriqués aux États-Unis.
Transporté et centralisé par des avions-cargos russes.

Emballé en France dans du polyvinyle allemand, par des machines-outil montées au Portugal.
Surplombé d’une étiquette imprimée en Italie avec de l’encre suisse constituée de pigments africains.

Distribué par un géant de l’agro-alimentaire hollandais.

Vendu dans un hypermarché belge racheté par un groupe japonais.

Cuit, hier soir, dans une poêle taiwanaise en fonte d’aluminium canadien, dessinée par un Sri-Lankais.

Agrémenté d’ail corse, d’huile d’olives du Péloponnèse, et d’un tour de poivre de Cayenne.

Dégusté dans des assiettes suédoises avec une Bordelaise amoureuse de la cuisine méditerranéenne.

Evacué, un peu plus tard, dans des sanitaires conçus en Autriche et installés par un plombier ougandais. (Qui utilisa en outre une clef anglaise.)

Filtré, beaucoup plus tard, par une station d’épuration sous brevet israélien.

Traité et compacté – selon une technologie brésilienne – pour l’engraissage des prés bressois, sur lesquels caquettent des gallinacés de race hongroise.

Voilà pour le “Cocktail de fruits de mer”.

La prochaine fois, nous parlerons de la “Brochette fermière”.
Celle qui finit dans la mer.

Qui a raison ?

juin 14, 2008

“Mon si beau laurier rose sèche, perd ses feuilles une à une et ne fleurit plus, il est au soleil, faut-il l’arroser davantage? lui mettre de l’engrais?”, se désespère “Jean-Daniel”, de Courbevoie, sur un forum de jardinage comme il en existe désormais des milliers sur le web. “Cerise78″ vient à la rescousse : “Ma voisine a le même problème tous les ans, elle pulverise un produit et hop ça s’arrange, c’est une maladie de laurier, tapez “maladie de laurier” dans google et vous en saurez + “ Suivie du conseil très éclairé de “François.B”, un retraité de Montluçon : “ L’année dernière le mien m’a fait la même chose, je lui avais mis un paillage en mulch de cacao et il n’a pas aimé du tout. Mais cette saison, après surfaçage avec de l’or brun, beaucoup d’eau et un max de soleil, il est reparti nickel.” Bon. Alors ? Maladie ? Arrosage mal dosé ? Exposition ? “Roi du massif” apporte son expertise : “Surtout ne pas trop arroser, le laurier est très sensible aux excès d’arrosage, surtout si l’eau est plutôt dure à très dure. Et puis ne pas traiter à cru, vous allez finir de le déplumer complètement”. Jean-Daniel s’interroge ; met une photo en ligne de son désastre végétal. Feuilles jaunies, écornées : en effet son laurier va mal. “Ah ça c’est clair c’est une chlorose, ça vient de la flotte, faut arroser moins.” certifie “Roi du massif”. “Ça ? Une chlorose ? avec ce brunissement aux pointes ? Certainement pas !” assure Edmonde, d’Auxerre, “je peux vous dire que c’est signé la cochenille, avec ces petits points, faut traiter tout le feuillage quand c’est comme ça. Et surtout pas au soleil cuisant, attention” . Braves conseils de bonnes gens. Que faire exactement alors ? “Il n’y a rien à faire” déclare “plantor” un peu plus bas, “il perd ses vieilles feuilles pour en produire d’autres, c’est juste un cycle. Mets-le mi-ombre, tranquille, arrose-le abondamment pour faire repartir le feuillage, c’est tout.” Pas sûr : “Arroser trop est une grossière erreur !” reprend dix minutes plus tard “Roi du massif”, l’expert de Montpellier, “le laurier rose est une plante méditerranéenne ! Surtout ne pas arroser trop ! Ici ils sont contre le mur et JAMAIS arrosés ! Pour le traitement chimique moi je me méfierais ! “ (Etc, etc.)

Jean-Daniel, épuisé, passera près de trois heures de forum en forum, à la recherche d’une réponse satisfaisante. En vain. Wikipédia, ainsi qu’un ou deux sites consacrés à l’horticulture, ne l’aideront pas beaucoup plus. (Il se résoudra alors à se rendre dans une jardinerie, muni de deux feuilles sur le déclin, pour voir. Les conseils prodigués ne sauveront pas son laurier : malgré un séjour prolongé aux soins intensifs, il est mort.)

Ce phénomène, chronophage et anxyogène, sévit sur la majorité des forums, tous sujets confondus (même les “avis” sur les hôtels-vacances…). Difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Tout semble vrai, ainsi que son contraire. La démocratisation du savoir – son illusion – et la vitesse de transmission de l’information ont l’air de poser un certain nombre de questions : Monsieur Tout le Monde est-il compétent ? Internet fait-il gagner ou perdre du temps ? Où, dans cette masse colossale d’informations, se trouvent les informations justes, pertinentes, vérifiées ? (et par qui ?) Peut-on faire confiance – et jusqu’à quel point – à Wikipédia ? (d’aucuns assurent que oui, d’autres que non, qu’il y a parfois de “grossières erreurs”.) Qui a raison ?

Il m’arrive d’être pris d’un étrange et assez désagréable sentiment de régression face au “progrès”. Pas vous ?

Qu’on nous fiche la pet !

mai 24, 2008

Un jour je suis tombé très amoureux d’une fille – un jeune mannequin saoudien –, pour une raison a priori incongrue : elle faisait des pets d’homme. Des pets de maçon. (Ou de ministre.) Quand ça lui prenait, à n’importe quel moment de la journée. Phénomène qui contrastait monstrueusement avec son aspect fragile, évanescent, tout de déliés et de grâce juvénile. Une très jolie fille, finement basanée, avec un véritable tromblon de combat au derrière. C’était très étonnant. Ce qui était incroyable surtout – plus que le “bouquet” somme toute assez banal, convenu, de ses vents – c’était le son qu’elle était capable de produire dans ces moments-là. Le son oui. Une sorte de pétarade musclée, violente et virile. Sans aucune retenue. Le pet franc, retentissant, qu’on se prend comme une rafale de M-16. Osons le dire : Le pet de compétition. Au début ça surprend. C’est pas possible qu’un bruit pareil vienne d’une fille pareille. Il doit y avoir quelqu’un d’autre caché dans la pièce, avec une machine de chantier (se dit-on, l’air suspendu dans le matin net). Puis, après quelques jours d’hébétude et de questionnements, on finit par s’habituer. D’autant que la fille, végétarienne – et cycliste à ses heures –, nous explique que chez elle le pet est un art. Un art ! Qu’il y a même toute une philosophie du pet ! Qu’un pet, un pet digne de ce nom, ça ne s’improvise pas ! Ça demande un contrôle de soi, une attention, une concentration inouïe !
Mais dans quel but ? (est-on en droit de se demander, dans le matin net.)
Lorsqu’on se penche sur l’anthologie du pet à travers les siècles, l’on est positivement sidéré par le nombre de belles femmes qui ont marqué de leur souffle fessier la postérité (si j’ose dire). Myriam de France, Juliette Cervantès, Pierrette de Saint-Tenon, Sarah Palovitch, Martine Beauvais, puis plus tard, beaucoup plus tard, Dalida, dont la rose des vents, subtilement soufrée, hante encore les nuits de bien des amants. Qui encore ? Y’en a des tonnes… Bon, y a bien elle, mais je lui ai promis de ne pas en parler. (N’empêche un pet d’Italienne, j’aime autant vous dire que c’est top. C’est le pet top. Le pet tip top aux pâtes au pesto.) Mais je demeurerai silencieux ma chère, promis.
Quant à mon adorable ex-amie, un pet d’homme. Vous imaginez ? Comment ne pas tomber amoureux.

Presque rien

mai 11, 2008

On est samedi. Non dimanche. Non : vendredi. On est vendredi oui. C’est ça. (Quel con.) Hier soir j’ai dîné avec Monica pour la dernière fois. Enfin presque la dernière fois pour être honnête : elle a mes clés. Important d’être honnête. De nos jours. Ça se perd l’honnêteté, la sincérité. On finit par raconter que des conneries si on fait pas attention. A en lire aussi. Partout. Bon. La première fois que j’ai vu Monica Bellucci – si si : Bellucci – ce devait être dans un journal de mode ou de cinéma. Elle était jeune. J’ai tout de suite été attiré par elle. Son regard félin. Noir et doux en même temps. Peu de monde est au courant. On se voit de temps en temps, avec Monica. En cachette. J’en peux plus de garder secret ce secret. L’autre, là, n’est pas exactement au courant mais c’est comme ça. Monica et moi on vit un truc énorme. Enorme ! même si j’ai dû hélas écourter notre affaire. Enfin voilà. Mon entourage – ma femme par exemple – n’a jamais rien vu. Absolument rien. Ils ignorent totalement que j’ai une autre vie. Qu’il m’arrive (quand j’ai un peu de temps) d’aller échanger quelques balles avec Alain Delon, vers 18 heures le jeudi. Qu’il y a trois semaines, alors qu’on me croyait alité avec force fièvre, j’étais chez Johnny avec Amy (Winehouse) et Flavia Lefèvre – là je tiens à être très clair, Johnny n’est de loin pas mon chanteur préféré. Oh ça non. Mais il a un sens de l’hospitalité extraordinaire. Inimitable. Il met les petits plats dans l’écran (comme je dis toujours), quand un pote même pas cathodique se pointe à l’impro avec une ou deux amies. Longue histoire Johnny et moi. Une amitié d’hommes c’est quelque chose. On en parle nulle part évidemment de cette amitié. Ni de toutes les autres d’ailleurs. Gala, Match, Closer, Télé machin, tout ça, ils râclent que la surface des choses. Faut dire qu’on leur donne bien que les graines qu’on veut à ces oiseaux-là. Faut pas croire.

Il y a toute une information souterraine. Personne ne sait rien au fond. Je veux dire : des vraies choses qui se glissent entre les “news”. Et qui modifient sensiblement les comportements des gens importants. (Pourquoi unetelle a quitté untel. Pourquoi le mariage de ces deux-là a-t-il été reporté à la dernière minute. Pourquoi B.S a tellement grossi. Et-tsé-terra.) Toute une information souterraine, essentielle, échappe aux médias et aux mouches. Vous ne savez, en somme, presque rien. Juste la pointe brillante et glacée de l’iceberg – si massif. Ridicule, ce qui vous est connu. C’est qu’il s’en passe des choses que vous ne savez pas. Ah si vous saviez ce que vous ne savez pas ! Hallucinant ! Moi-même au début ça m’a proprement estomaqué tout ce qui nous échappe ! Tout ce qu’on ne nous dit pas. Ou qu’on est incapable de nous dire. Et que je n’aurais jamais su si je n’avais pu obtenir la %#*§&#@ à temps. Avant que ce soit interdit. Dingue que j’aie pu moi échapper à tout ce que vous savez. Profiter benoîtement de cet interstice.

Le festival de Zvovsk

avril 29, 2008

Zvovsk est un lieu de pèlerinage, tout au fond de l’Oural, entre Tcheliabinsk et Klabzniev, qui abrite en avril le très couru – et paradoxalement officieux – “Festival international de la Méchanceté”. Je me baladais dans la région avec mon fidèle chat Lumo, au vrai pour tout autre chose (une recherche éperdue de filles jeunes, sexy et très peu farouches) –, quand mon attention libidineuse fut en quelque sorte parasitée par un élégant écriteau publicitaire à vocation festive, qui indiquait une direction. J’ai suivi, vaguement intrigué par les trois jolis diablotins peints sur le panneau. Deux heures plus tard, à mon immense étonnement, j’ai pu enfin donner cours à tout ce que je réprime depuis si longtemps – trop longtemps : ce qu’il y a de plus méchant en moi. Eh oui : de plus méchant ! de plus abjecte ! Pas d’inquiétude : j’en ai pris pour mon grade tout autant – fairplay oblige.
En fait le Zvovsk нехороший Festival consiste en une sorte de foire du Trône, avec stands, guinguettes, animations, etc. Le plus saisissant quand on entre dans l’enceinte grillagée, c’est d’abord tous ces gens qui reniflent, qui étouffent leurs pleurs dans des mouchoirs gris (en vente sur place). Tous ces visages bouffis de vexations, d’ignominies qu’ils ont dû endurer depuis leur arrivée. Il y a des femmes, des hommes bien sûr, mais étrangement, aucun enfant. C’est pour les “grands”. Pour les vieux aussi. Et même les handicapés. On peut rester jusqu’à trois jours si l’on veut. L’entrée est gratuite mais il faut s’inscrire sur le net, un peu comme pour le Futuroscope. (J’ai dû ruser car il n’y avait pas de web-bar dans les environs.) Je ne me souviens pas avoir entendu parler de ce Festival dans les médias habituels mais bon. J’aime la découverte, au gré de mes pérégrinations de par le monde (vaste, oh si vaste ! ). Très rapidement une Italienne en fauteuil m’a demandé si j’en avais pas marre “d’avoir une gueule de vieux bouc”, si ça ne m’était pas venu à l’idée de me donner un coup de peigne et de faire un “petit régime”. Quelle conne alors ! de quoi j’me mêle ! Paraplégique de mes deux ! Du coup je ne me suis pas gêné pour lui lancer qu’avant le baisser de rideau (petite cinquantaine botoxée, la dame) elle gagnerait beaucoup à se faire un peu touiller la moulasse. Bref, on se fait vite à l’ambiance délétère. Dire que les gens y vont pour se faire insulter en toute quiétude c’est quand même formidablement navrant ! Je dis “en toute quiétude” car tout est sous haute surveillance. Pas de débordements. Il y a des gardiens partout, garnis de chiens d’arrêt. Les coups (et donc les blessures physiques), ne sont pas tolérés. Interdit de donner des baffes, de griffer, de donner des coups de pieds où je pense. Rien. On contient sa hargne. Ne sont bienvenues que les vilenies orales (ou écrites). A ce titre d’ailleurs j’ai pu observer que la diffusion de tracts délicieusement odieux – comme ceux de notre bâillonné barde en chef Marc-Edouard Nabe, traduits en six langues (chargées) – vont bon train. Les tracts, les flyers, et autres consternants papillons volètent un peu partout, c’est assez gai. Côté animations c’est plutôt stupéfiant pour le profane je dois dire. Il y a le Théâtre Acide, l’Entube à Malices, le Cercle Véritas aussi, où les inscrits se sont préparés, concertés à l’avance, pour balancer à “L’invité” (un notable généralement, ou un “pipole”) les pires vérités – car s’il est une chose qui blesse vraiment son homme c’est ça : la vérité. C’est terrible. L’ambassadeur Paquito Gonzales y Suza y Corriera est parti atrocement humilié, j’avais mal pour lui, jamais vu ça. Quels salauds. Ce qui est quand même bien foutu, c’est qu’à la sortie, tout le monde doit signer un certificat de non-représailles. Au cas que, sait-on jamais. Finalement c’est très bon enfant.
Pour ma part je suis sorti un peu après la tombée de la nuit, vexé comme une sauterelle épattée, j’en avais marre ; mais avec tout ce que je leur ai dit, aussi, le minimum c’était que j’en sorte pas indemne. Je suis très fairplay. Et puis j’aime pas trop qu’on se foute de mon bon vieux chat Lumo.

Aladin et la langue merveilleuse

avril 19, 2008

L’intelligence artificielle fait de grandes avancées. Ça n’arrête pas. Premiers à en bénéficier (à part le Pentagone et Steven Spielberg) : les éditeurs. Voyez ce progiciel américain (évidemment) d’aide à la “décision de publication” : Aladdin Words Genius 1.0 (actuellement en version beta). Le principe est simple : On lui soumet un texte (roman, essai, etc.) et le logiciel donne son verdict quant à l’intérêt de ce texte – qu’il parvient à “lire” –, en fonction de critères pré-programmés et d’algorithmes basés sur l’analyse sémantique de grandes bases de données comparatives. Dans ces critères on a par exemple, pour les oeuvres de fiction :
– dramagraphe (diagramme du suspens).
– coefficient de pertinence socio-culturelle (pour une époque donnée)
– détection des (éventuelles) zones soporifiques
– détection de la tranche d’âge cible (avec indice de pénétration probable)
– coefficient d’intégrabilité (dans une collection, pour autant que l’éditeur nourrisse des critères pertinents)
– coefficient de traduisibilité (28 langues disponibles pour l’instant)
– indice d’adaptabilité (livre à film)
– taboumètre
– évaluation plastico-morphologique (le style, j’imagine)
et finalement,
– indice de publiabilité (en tenant compte – ou pas – de facteurs géopolitiques)

D’autres critères sont actuellement à l’étude, parait-il. Bon. Qui a dit qu’éditeur est un métier qui se perd? Il semble en tout cas qu’il soit en mutation.

Aux dires des concepteurs, les premiers essais sont assez concluants. Sur 1000 manuscrits analysés (envoyés par la Poste), 74 exemplaires auraient un indice de publiabilité passant la moyenne de 6 (sur une échelle de 10). Par contre, sur 500 manuscrits “copinage” – et dont un tiers a été édité ! – il est saisissant de constater que seuls 11 passent la barre fatidique. Marrant, ça. Surtout quand on sait qu’un manuscrit “postal” a (en France en tous cas) grosso modo une chance sur mille de se voir publier. Bref. Les progrès de la science ne cessent de m’étonner.
Et une bonne nouvelle : Une version grand public Aladdin Words Genius light, devrait sortir fin 2011 (selon des estimations non officielles). Sympa pour les écrivains en herbe désireux d’avoir une évaluation de leur travail, avant d’envoyer leur manuscrit aux éditeurs – toujours très occupés. (Et qui vont bientôt se munir, eux, de la version pro. Attention, donc…)

Moi qui avait des facilités en orthographe…

avril 6, 2008

Ah oui ? Quelle horrible faute ! “moi qui avais” voyons ! Avec un S ! Moi c’est “je” et “je” donne ‘j’avais”, voilà.
Ce qui est tout à fait exact. Grammaticalement. L’ami Grevisse est intransigeant là-dessus. Mais mais mais. Et si nous allions plutôt rendre visite à Google le Brave, le (mauvais?) génie du Savoir, en tout cas le Maître absolu de la base de données
A l’invite tapons, entre guillemets, “moi qui avais”. On obtient 65.200 occurrences. Essayons maintenant “moi qui avait” : 148.000 occurrences. Paf dans l’os ! Rebelote : “moi qui étais” : 64.300 occurrences ; contre “moi qui était” : 87.000. Ce qui veut dire (dans le premier cas) que plus de deux tiers des gens – des gens qui “écrivent” en plus – seraient nuls en grammaire. Ça, on le savait déjà avec l’orthographe, tout se perd, on ne sait plus écrire, on ne lit plus assez, ou pas les “bonnes choses”, les SMS bouffent tout, les jeux vidéo aussi, etc. Ce serait enfoncer une porte ouverte que de dire que le “bon usage” de la langue française va mal. Bien.

On peut malgré tout se demander pourquoi les 2/3 des écrivants se laissent avoir par ce “Moi qui…” Le cerveau semble connecter davantage sur le “qui” que sur le “moi” (ce “je” masqué). Le “qui avait” est tellement représenté – je dirais graphiquement – dans la lecture, qu’il l’emporte naturellement sur le “qui avais”, qui du coup semble presque laid, et partant, faux.
Quand on met la proposition au présent, la faute est tout de suite moins fréquente. “Moi qui suis” et non “moi qui est”. Là, le Moi l’emporte (je dirais presque forcément...)

Il y a évidemment une quantité astronomique d’exemples similaires. Où Google nous montre en temps réel ce qu’il en est de cet avachissement du “bon usage”. (A tel point que si vous écrivez juste, cela risque désormais d’être perçu comme faux par la majorité écrasante.) Alors qui va l’emporter? Google ou Grevisse ? L’usage commun, la netocratie du Verbe, ou la haute autorité de la Grammaire ? Epineuse question sans doute. Si vous avez des réponses, des vues là-dessus, c’est à vous…