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Café ou… café?

10 novembre 2007

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Rayon « café » d’une grande surface. (colossal le rayon :12m de long environ, 2m de haut.)

On s’approche un peu des sachets d’Arabica 250g, au pif :

CUBA : Doux & Parfumé
GUATEMALA : Raffiné & Équilibré
COSTA RICA : Parfumé & Racé
ETHIOPIE : Racé & Savoureux
BRESIL : Suave & Doux
VENEZUELA : Fruité & Suave
HAWAI : Généreux & Raffiné
PEROU : Savoureux & Fruité
SAINT DOMINGUE : Suave & Racé
MEXIQUE : Fruité & Équilibré
NOUVELLE GUINEE : Équilibré & Raffiné

Je prends , je repose. Je prends, je repose.

Ça c’est pour une marque donnée. (peu importe laquelle d’ailleurs)

On passe à une autre marque, vaguement moins chère :
Etrangement, là, le Cuba devient « suave et raffiné », alors que le Brésil, dont j’espérais qu’il conservât sa douceur, ne se révèle finalement que « parfumé et équilibré » ! Fichtre de nom d’une canne à sucre ! On se refait un tour de l’Amérique, de l’Afrique, pour voir… Les synapses s’affolent, la raison s’étiole, je vais battre en retraite…Totalement désorienté, je hèle un taxi vendeur, lui demande s’il a un café qui serait à la fois raffiné, équilibré (ah oui!), suave (quand même), doux ET généreux. C’est assez important je trouve la générosité… Le vendeur esquisse un vague sourire, me dit « tout est là, Monsieur ». Bon, merci chef.
Et c’est là, mesdames et messieurs, c’est là oui qu’intervient Luciolo Badalamenti. Luciolo le brave. Qui me tapote sur l’épaule, me tendant tout de go sa carte de visite (alors que merde je lui avais rien demandé). C’est qu’il a assisté à mon désarroi, Luciolo ! Un drôle de type cet asiate avec son accent italien… Qui me confie être un spécialiste du café. Ah oui? Eh oui. Dégustateur professionnel. « Vous aimez la terre, me dit-il, prenez du robusta ; vous aimez le ciel prenez de l’arabica, vous embêtez pas ». Wow ça fait short, non ? Et de m’expliquer (entre autres), qu’en général, pour le consommateur lambda, faute de pouvoir réunir des conditions optimales de dégustation (reproductibles surtout), il est tout à fait illusoire de penser distinguer avec pertinence un Cuba d’un Guatemala, un Brésil d’un Honduras, etc. Et attention, quand il parle de « conditions optimales », on est quasi dans un laboratoire de microbiologie : PH de l’eau, pureté relative, température, pression osmotique intra-particulaires, paramètres psycho-cognitifs du testeur, etc. Ça rigole pas du tout la dégustation. Et en effet, tous les cafés sont différents, comme des cépages (et leur assemblage). Mais, contrairement au vin – qu’il suffit de verser calmement à bonne température dans un verre neutre –, le café est extrêmement sensible aux différents facteurs qui vont permettre de passer du grain torréfié au breuvage final.
Alors pour le « doux, le parfumé, raffiné, fruité… » et autres joliesses marketing interchangeables, vous pouvez y aller tranquille et acheter le moins cher (ou le plus cher si le packaging vous tend ses petits bras de pieuvre). Il y a fort à parier que les (éventuelles) différences de goût que vous percevrez, viendront moins du café que de la dureté de l’eau dans votre machine entrartée, ou que de votre humeur, votre marque de cigarette, jusqu’à la décoration de votre appartement…

De toute façon moi je bois du déca.


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