Archive for 6 avril 2008

Moi qui avait des facilités en orthographe…

6 avril 2008

Ah oui ? Quelle horrible faute ! « moi qui avais » voyons ! Avec un S ! Moi c’est « je » et « je » donne « j’avais », voilà.
Ce qui est tout à fait exact. Grammaticalement. L’ami Grevisse est intransigeant là-dessus. Mais mais mais. Et si nous allions plutôt rendre visite à Google le Brave, le (mauvais?) génie du Savoir, en tout cas le Maître absolu de la base de données
A l’invite tapons, entre guillemets, « moi qui avais ». On obtient 65.200 occurrences. Essayons maintenant « moi qui avait » : 148.000 occurrences. Paf dans l’os ! Rebelote : « moi qui étais » : 64.300 occurrences ; contre « moi qui était » : 87.000. Ce qui veut dire (dans le premier cas) que plus de deux tiers des gens – des gens qui « écrivent » en plus – seraient nuls en grammaire. Ça, on le savait déjà avec l’orthographe, tout se perd, on ne sait plus écrire, on ne lit plus assez, ou pas les « bonnes choses », les SMS bouffent tout, les jeux vidéo aussi, etc. Ce serait enfoncer une porte ouverte que de dire que le « bon usage » de la langue française va mal. Bien.

On peut malgré tout se demander pourquoi les 2/3 des écrivants se laissent avoir par ce « Moi qui… » Le cerveau semble connecter davantage sur le « qui » que sur le « moi » (ce « je » masqué). Le « qui avait » est tellement représenté – je dirais graphiquement – dans la lecture, qu’il l’emporte naturellement sur le « qui avais », qui du coup semble presque laid, et partant, faux.
Quand on met la proposition au présent, la faute est tout de suite moins fréquente. « Moi qui suis » et non « moi qui est ». Là, le Moi l’emporte (je dirais presque forcément...)

Il y a évidemment une quantité astronomique d’exemples similaires. Où Google nous montre en temps réel ce qu’il en est de cet avachissement du « bon usage ». (A tel point que si vous écrivez juste, cela risque désormais d’être perçu comme faux par la majorité écrasante.) Alors qui va l’emporter? Google ou Grevisse ? L’usage commun, la netocratie du Verbe, ou la haute autorité de la Grammaire ? Epineuse question sans doute. Si vous avez des réponses, des vues là-dessus, c’est à vous…


%d blogueurs aiment cette page :