Le cri des livres

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Longeant ma vaste bibliothèque, je m’apprêtais à quitter mon chez-moi pour rejoindre l’un de mes rivages de prédilection, la FNAC librairie-de-mon-quartier, afin d’étancher ma soif de nouveautés, quand soudain, soudain j’entends comme un craquement qui venait du mur de livres. Pas exactement un craquement : une manière de plainte, stridente mais brève. C’était très curieux. Je reviens sur mes pas et m’approche de la zone, à hauteur d’oreille, d’où ça semblait être venu. Y aurait-il des souris chez moi ? quelque intrus ? Je me saisis d’un ouvrage, puis d’un autre pour dégager un peu : rien. J’écoute, suspendu : plus rien ; une hallucination auditive sans doute — qui se produit parfois quand je n’ai pas assez écouté André Rieu. Bon.
Je me retrouve alors avec deux bouquins dans les mains : L’Economie en 200 schémas, de Jean-Marie Albertini, et Les ressorts cachés du désir, de Marie-Claude Sicard.  Autant ce dernier est encore assez récent dans ma tête, et puis bon, les ressorts cachés du désir, on me la fait plus ; en revanche, l’économie en 200 schémas alors là… Y a bien deux ou trois graphiques de base, quelques diagrammes malins dont je me souviens à peu près, mais le reste, nada…  Intéressant l’économie, pourtant. Fondamental. Et puis rien de plus pédagogique qu’un bon schéma quand il est bien fait. Faudrait que je me replonge ; surtout qu’avec l’année qui vient faut être un brin au courant, quand même… Je me mets à parcourir les rayonnages… Le Sexe de l’Homme, du Dr. Ronald Virag. Plus de sept cents pages… Le truc exhaustif… Sacré Ronald…  J’en connais un bout sur le sujet, si j’ose dire, mais doit certainement y avoir quelques chapitres que j’ai dû mal lire… sans quoi j’en serais pas là… Tiens, et ça… La Vie cachée d’internet, de Michel Moati  !… Chapitre 5, au hasard… : « Cyber-préhistoire : les relations truquées sur Minitel »… Wow… La quatrième de couv’ parle de « vie secrète », underground ; et qui se développe dans les « replis du Net ». Des replis chauds et humides, sans aucun doute…  Faudrait que j’m’y attaque, j’ai jamais lu ce machin-là putain… Ça : Vérités et mensonges en littérature, de Stephen Vizinczey ! Qui pourrait me jurer qu’il ne trouverait aucun intérêt à relire cet excellent pavé ! de ce si brillant auteur ! Par les temps qui courent !… Et ça, là…  Au bonheur des mots, de Claude Gagnière… Une somme…  Fabuleux, les mots…  tous ces aphorismes… ces mots d’auteurs si savoureux… Desproges… Bloy… Léautaud…  Enid Blyton… Ah les immenses… Ah là là… Plein de trucs là-haut, aussi… : Querelle de l’art contemporain, Jimenez… Ville panique, Virilio… Réalité de la réalité, Watzlawick… faudrait relire… Le chaos et l’harmonie, de Xuan Thuan… neuf cents pages… Pfuuuu… Genre Alvin Toffler… Tout le futur est là… faudrait s’y mettre un jour, là, carrément… Tiens, c’est comme Ulysse…  ce saligaud de Joyce… Enorme… saligaud d’génie, va… Tu parles d’un Dedalus… Un sacré oui… où je me suis toujours perdu… Sûr que j’ai loupé les meilleurs bouts, faudrait voir… Avançons… Du côté des romans, voyons voir… Nabokov… Lolita ok mais j’ai jamais eu l’ardeur de lire Ada… Le bouquin est neuf !… Foutremiche !…   Et Céline…  La trilogie allemande qu’on m’a offerte… pas loin de deux mille pages en Folio… Nord et tout le bataclan… ça prendrait des heures et des heures… Mais des heures de plaisir sans aucun doute… Ah sans aucun doute !… de grand tumulte en tout cas… Tain d’bordel… Tous ces romans que j’ai un peu oubliés, ou même pas lus… Des piles et des piles de steaks, regarde-moi ça… Parfois offerts, parfois achetés… Tranches colorées… Tous les San-A… J’aimais bien ça, San-A… Belle époque un peu fanée… Du plomb dans les tripes…, Prenez-en de la graine…, La Fin des haricots… un des meilleurs çui-là… T’inquiète Béru, je reviendrai… Je reviendrai… Caisse tu ferais à ma place avec tous ces bouquins, toi, hein ?…  que j’ai plus trop en mémoire… que des vagues souvenirs…  Plein d’émotions qui sont restées, bien sûr, mais bon… Des images nettes, on est d’accord… Regarde… Le Désert des Tartares… ce pauvre Drogo qu’attend comme un con que se pointe l’ennemi… Buzatti… J’ai là deux livres que j’ai pas lus… de lui… à peine ouverts… C’est vrai qu’ils sont pas tout neufs ces vieux pavés… mais les histoires sont intactes !… Rien à changé, pas une virgule, pas un souffle, rien de rien !… Et ils attendent que je les rouvre… que j’me lance un bon coup..  que j’y aille franchement, quoi… Tous ces personnages silencieux qui attendent leur tour… Que je les hume, que je les parcoure, que je les juge ou que je les aime…
Et moi je suis là comme un imbécile heureux, à vouloir aller m’acheter les nouvelles nouveautés… Les tout derniers auteurs à la mode… Les essayistes incontournables… avec leur prétentieuses cent-vingt-trois pages… Alors que j’ai plein d’indémodables, ici… Bien au chaud… Des immensités que j’ai à peine reniflées… Qui sont prêts à m’enthousiasmer pendant des années… Un tas de philosophes importants… de dramaturges indispensables… de poètes à mille feux…  Hein, qu’est-ce que tu ferais, toi, Béru ?… C’est pas toi qu’a couiné tout à l’heure ?… Des souris et des hommes ?…  tu crois ?… Bon… Comment je vais la gérer cette rentrée dis-moi ?…  cette rentrée littéraire de janvier ?… plus de cinq cents bouquins nom de Dieu… de nouveaux maîtres du thriller… de jeunes faons prometteurs… qui écrivent tous avec une « rare maîtrise »… — pas comme avant… — Comment je vais le gérer ce torrent de cellulose, moi ?… Moi le grand lecteur mes couilles… Ces tonnes de papier… de magazines…. J’en ai déjà des wagons…

Allez, hop ! à la librairie ! Y a sûrement un bon bouquin qui va m’expliquer !…

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14 Réponses to “Le cri des livres”

  1. Manuel Montero Says:

    Le plus important c’est le foie gras dont tu parlais tout-à-l’heure (celui qui fait flash): et deuxièmement, selon le Philosophe, avoir une femme.

    La meilleure librairie c’est celle ou le libraire pleure d’avoir à vous vendre son meilleur livre. Parce que, disons-le, on ne doit entrer dans une librairie qu’une fois dans la vie.

  2. Loïs de Murphy Says:

    Excellent réflexe ! C’est ce qu’il y avait de mieux à faire :o)

  3. Stéphane Says:

    Suis assez d’accord avec l’idée de ne lire que des auteurs bien morts. Cela préserve leur égo, le temps décante ou évente c’est selon.
    Le problème des vieux auteurs c’est qu’ils puent, une question pratique que ne règle pas l’image 16012009001.

  4. F.Piglet Says:

    Comme c’est bien décrit
    C’est exactement ça
    Parfois je trouve des livres dans la rue
    le dernier est « Rencontres avec des hommes remarquables » de Gurdjieff.
    J’aime bien aussi trouver un petit mot griffonné sur un bout de papier entre deux pages, ou une recette sur un bout de feuille dans un livre de cuisine.

  5. Désirée Says:

    Ah mais, André Rieu la posologie exacte c’est deux cuillères à soupe le matin pour bien démarrer sa journée, et deux louches le soir pour faire un bon dodo. Sinon, j’ai beaucoup moins de livres que vous mais je me suis servie plus d’une fois. Me gratte de me retaper une part de Dune tiens, pour le dépaysement. Pour ce qui est des San-A, mon favori reste « Si ma tante en avait ».

  6. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Manuel. T’es un expert en aphorismes, y a rien à dire. A part ça, j’ai lu ta dernière livraison sur M@nuscrits. C’est très bon.

    @Loïs. Chaque fois que je vous vois apparaître, je ne sais pourquoi, j’ai l’image d’une pub pour des jeans qui me vient. Avec Lucky Luke dans un nuage de poussière. Étonnant, non ?

    @Stéphane. Bah, heureusement, dans ceux que je lis, il y en a qui bougent encore. Ce serait quand même un tout petit peu triste, sinon.

    @Frozen. Ah les « petits mots griffonnés », anonymes fragments, frileux instantanés, moments qui furent : la poésie, souvent, est là. Immense dans le pli.

    @Désirée. En fait, je préfère Jean-Luc Ponty. Moins hollywoodien mais plus racé. Non ? :) Pour San-A j’ai pas tout lu, mais il y a de quoi piocher, surtout dans les premiers (les meilleurs à mon avis)

  7. Manuel Montero Says:

    Cher Nicolaï, merci, on vous trouve plus jeune, en 2009. Couvez-vous, par le truchement des passions, un nouveau roman ?

  8. Manuel Montero Says:

    Si oui, ne dites rien, surtout, et vivez-le. La littérature est une question presque intestinale.

  9. Coryphée Says:

    Bien vu, votre billet! et très bien « senti »! Je me disais la même chose a propos de magazines de jardins que je garde depuis plus de dix ou quinze ans… Quand je les relis au hasard , a part l’outillage peut-être, j’ai l’impression de les lire pour la première fois et ils sont souvent mieux que ceux qu’on trouve maintenant… J’achète peu de romans actuels et sinon uniquement en poche (moins de place et moins cher)

  10. Marie Sophie Says:

    J’ai enfin pris le temps d’admirer les photos sur le site du collectif; la série « Noir et blanc » est de loin ma préférée; Les autres sont très belles aussi , mais elles me « parlent moins ». Trop modernes, je suis passéiste;)

  11. Marie Sophie Says:

    PS. Ulysse me tombe des mains: est-ce grave Docteur?

  12. Sophie K. Says:

    Tiens, « La fin des haricots », je l’ai en édition originale (c’est à dire qui part en poussière, hélas) avec la couverture dessinée par Gourdon… « Du plomb dans les tripes », aussi.
    (En revanche, j’avais jamais entendu parler du docteur Ronald Viagra.)
    Moi, c’est « Les Bienveillantes » qui couinent de ne pas avoir encore été lues. Entre autres (mais les autres couinent moins fort, à cause de la poussière, probablement)…
    :-)

  13. Nicolaï Lo Russo Says:

    @ Sophie K, Marie Sophie. Désolé je réagis tard, j’ai été pris par quelques complications ces derniers temps. Me revoilà.
    Ulysse et les Bienveillantes, comparables par leur volume plus que par leur contenu sont tous les deux, pour moi aussi, restés des romans à la lecture inachevée. Partielle. L’époque doit y être aussi pour quelque chose, je me dis.

  14. corbi Says:

    les tres gros livres, surtout dans les nouveautés, ce n’est pas trop ce que les gens demandent car on n’a plus le temps de lire, il faut etre connu et encore… moi non plus j’ai a peine lu la moitié des Bienveillantes, pourtant Goncourt.
    Autrement, excellent votre billet, une écriture vivante et juste, je tombe chez vous par hasard, merci!

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