Headphones

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metro-vide

7H30. Mis le casque. PLAY> …Toum Toum Toum… Quitté l’appartement et fermé à clé.  Moquette du palier, moutarde, appelé l’ascenseur. Moquette moutarde et paillassons. Portes marron. …Toum Toum Toum… Monté dans l’ascenseur, descente, 7… 6…., tout propre l’ascenseur, nickel, 5…, le miroir aussi, nickel-chrome, ajusté une mèche dans le miroir, …Toum Toum… allumé une cigarette, tiré une large bouffée, 2…, …Toum Toum Toum… , 1…, la porte, neuve, toute neuve, acier brossé, ils viennent de la changer, 0 !…, s’ouvre. Rez de chaussée. Astiqué. Concierge à chignon, à genoux, les gants roses dans le savon. …Toum Toum Toum… Des flacons jaune, orange, un seau vert. La concierge fait bonjour monsieur, sur ses lèvres pâles. Puis baisse les yeux, s’aplatit. Pas retourné le bonjour. Pas dans le rythme. Sorti par la cour fleurie. …Toum Toum Toum… Parti frais dans le matin net. Le matin net sous le soleil neuf. Magnolias, cerisiers saumon, amandiers, longé les haies géométriques sous la faïence des façades. Levé la tête au ciel roi, rien, pas un nuage, juste un oiseau, un passereau de passage, traçant une ligne sans souvenir. Le sol. …Toum Toum Toum… Le sol. Les baskets rouges filent sur le bitume taupe. Rouge, taupe, rouge, taupe, rouge, taupe, rouge, taupe. Dépassé une poussette à chérubin. Joie de la mère dans le matin net.  Marché jusqu’au métro, mains dans les poches. …Toum Toum Toum… Descendu dans la bouche-escaliers en sautillant. Bouygues en biais. Nestlé. Samsung. Surcouf. Dès 99 Euros. Tourniquet. Hop. Pas chez nous par hasard. Sony. …Toum Toum Toum… Happé par l’urine. Vous en rêviez. Flaque de pisse. Saw 6. Jeté la cigarette dans la flaque de pisse. SFR. Sourires crétins. Das Auto. Thaïlande en papier. 999 Euros. Faux sourires. Forcés. Singapore Airlines. Fragrances cologne, ça plane, avec l’urine, vite il arrive, le métro, …Toum Toum Toum… Ouverture des portes, visages nets qui s’engouffrent. Les nuques, les mise en plis, les french manucures, les bijoux en toc, fermetures des portes, les costumes, les mallettes, Marc Lévy à la gueule, les motifs des costumes, les mains potelées aux ongles nets, page 64, …Toum Toum Toum… les plis, les coudes, se serrer contre une dame, tenir la barre, se coller complètement, à un centimètre, le collier de la dame, le fermoir du collier, une boucle d’oreille, les poils dans l’oreille, les miettes de cire, serrés serrés, ces corps pleins du matin, un pinsher nain qui baille, sorte de rat pelé, la rame elle qui s’ébranle, …Toum Toum Toum… regards fixes, fixes et nets, Guillaume Musso, les rides qui trahissent les âges, sous le cruel des néons au-dessus des lisants. Desserré le foulard, mis le morceau suivant. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Presse quotidienne. Ralentissement. Plus de 1 000 milliards de dollars pour la relance et l’aide aux institutions financières. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Ecrase un pied, pardon. La dame au collier. Je sors à la prochaine. L’homme au rat pelé. Moi aussi. Pardon. Pellicules sur le tergal. Excusez-moi. Aqua Velva. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Les membres du G20 se sont mis d’accord pour mettre en œuvre des contrôles accrus des agences de notation et des fonds spéculatifs, sans préciser lesquels. Sans préciser lesquels. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Coup de frein brusque. Choc des corps qui s’entrechoquent. Masse renversée marmelade. Mélange de sacs. Quoi ce bordel. C’est à moi. Vous m’avez écrasée. Pardon. …Tonk Tonk Tonk Tonk… C’est à vous. Alarme. Le pinsher mord une main. Relevé sans problème. Un coup de poing part. Attente. Regards ahuris dans la rame à l’arrêt. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Un cadre saigne à l’arcade, s’agite vainement. Cous dressés, impossible de voir, de savoir. Attendu cinq minutes sans pouvoir sortir. Surchauffe. …Bom Bom Bom Bom… Pompiers sur le quai. Affairés. Corps couché ensanglanté sur le quai. Sans tête.  Portes qui s’ouvrent sur l’effroi. Agents de la RATP. Vu des gens descendre, le visage tétanisé. …Bom Bom Bom Bom… Mains sur les bouches, sur les yeux pour ne pas voir. Pas qui se pressent, vent de stupeur. Emprunter les correspondances, merci. Effervescence maîtrisée.  …Bom Bom Bom Bom… « Incident voyageur ».
Resté dans la rame vide. Couché sur une banquette. Attendu une heure, deux heures, peut-être plus, que la rame reparte. Dans l’autre sens. Dans l’autre sens sans arrêt. Descendu au terminus dans la nuit. …oh my lovely babe… Voie technique. Personne. Enfin si. Contre une grille. Une vieille femme sans nez, par terre dans la graisse noire, jupe relevée. Manque une jambe. Actionne lentement un mandrin métallique dans son tréfonds intime. …oh my lovely babe… Pas bien regardé, mais vu des chairs sombres et spatiales. Des liqueurs violacées se répandre. Mis une pièce d’un Euro dans sa coupelle d’huile. Merci de la tête. …oh my lovely honey… Le sol. Le sol. Pas des cafards. Bien plus gros, qui courent sur le sol gras. Pas des rats non plus. Des élytres indiquent bien des insectes. Carapace brune à six pattes, des centaines devant, des centaines au moins, des milliers en tapis. …oh my lovely baby… Essayé de quitter l’endroit, mais comme attiré par le fond de l’endroit. Peine à respirer, soudaine. Voulu regagner l’air libre mais trouvé bloqué. Voulu demander conseil à la vieille, la gardienne de l’endroit, retourné donc vers la vieille. Actionnait encore son mandrin, encore et encore. A fond la chagatte. …oh my lovely honey… Sur le sol, des débuts d’intestins le long de sa jambe unique. Assisté au régal des blattes venues en nombre. Géantes et voraces. Voulu ôter le casque pour questionner la vieille qui vidait tranquillement ses viscères. Discuter trou noir. Pas pu. …come into my heart… Casque polymère collé, comme soudé aux oreilles, impossible à ôter. Volume augmenté. Bouton stop bloqué. Décibels de concert. …OH MY SWEETY BABY… Tympan perforé, conduit explosé, nerf détruit. Détruit. Douleur-volcan. Agenouillé devant la vieille. Respect la vieille. Respect dans la douleur-volcan. Baisé les tripes fumantes de la vieille et léché sa jambe bleue. L’insatiable agonisante sans nez. Et avec, maintenant, un trou énorme. Une béance qui attire. …COME INTO MY MIND… S’engouffrent mille bestioles dans le Padirac de la vieille. Descendu la moitié en rappel. Respecté les consignes de sécurité. 100% d’humidité relative. Eté prudent avec les baskets rouges sur les parois moussues. A partir du col. Suivi la pancarte : « Duerf, 45 minutes ». Sentier difficile. Prévu un petit bivouac dans le silence des limbes. Quand même. Sandwich au pâté. Sectionné le fil pour arrêter la musique. …OH MY. Ouf. Vue imprenable sur. (((7H00))).

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15 Réponses to “Headphones”

  1. Sophie K. Says:

    Vrai cauchemar bien oppressant, Nicolaï. Et bien rythmé.
    (Pour sortir du néant, prenez la première à droite, et entrez dans l’inconnu…)
    :-)

  2. Marie Says:

    Le métro c’est moche et ça pue. Faut pas s’étonner que des âmes sensibles se réfugient en province;)
    Sinon, la Singapore airlines, c’est vraiment top: les hôtesses sont ravissantes et souriantes; pas de mauvaises odeurs, on vous donne même à chaque collation de chaudes serviettes parfumées. Et l’aéroport de Singapour est d’une propreté et d’un confort étonnants. C’est cher d’aller en avion en Asie? Oui, je n’ai eu la chance d’y aller qu’une fois, en classe touriste. J’en garde un souvenir nostalgique même si passer treize heures dans un avion peut aussi ressembler à un cauchemar; la vie réelle n’est pas faite pour les âmes sensibles.

  3. Yolande Says:

    Cauchemardesque, le métro. Oui, non, ça dépend. En tout cas, une source inépuisable quand on aime regarder pour écrire (moi, j’adore). Un vrai bonheur, ce texte!

  4. Vinosse Says:

    « Casque polymère collé »

    Comme d’habitude je lis un peu vite, et que lis-je ???

    « Casque Polyphème… » Tiens, le Cyclope, me dis-je…

    Y portait un casque ??? Collé ???

    S’il l’avait mis à l’envers, ça l’aurait protégé…

    (la prochaine fois, on parlera de Dagobert)

  5. Manuel Says:

    Moi, qui adore le métro (aboutissement pour un andalou); pas besoin de headphones, il y a des violons, accordéons, guitares furtifs. Mais oui, comme dit Yolande, ça dépend. On est rassuré d’être dévoré sans objections par ce labyrinthique intestin, faut tout simplement un tiquet ou savoir sauter des obstacles, et on a été dedans. Le point est de rien attendre, de sortir au moindre signe.

  6. Leo Nemo Says:

    c’est très bon

  7. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Yolande. Bienvenue en ces boyaux (pas toujours aussi cauchemardesques, rassurez-vous) et merci à vous.

    @Vinosse. Un casque-culotte, tiens, pourquoi pas.

    @Manuel. Ne rien attendre que la sortie, oui. Et profiter du labyrinthe, toujours.

    @Tous. Merci TOUM de votre passage TOUM TOUM…

  8. Gaël Says:

    Que du tout bon Nicolaï. Et quel rythme ! Encore !
    PS : les gants roses de la concierge, vous êtes vraiment sûr ?

  9. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Gaël. Welcome. Et merci. Rose ? Si je me souviens bien oui, ils sont rose(*) vif. Et en caoutchouc. Mais elle m’a confié récemment – ma concierge – qu’elle allait en acheter des bleu ciel « pour avoir l’impression de respirer un peu », a-t-elle ajouté.

  10. christian Says:

    rose vif, les gants rose vif de la concierge… sans s à rose… (désolé, tic de relecteur :)

    • Nicolaï Lo Russo Says:

      Je sais bien Christian, I saw it. Mais WordPress est en panne, ce con, impossible de corriger les comm pour le moment. Et je traque les fotes d’ortograffe moi oçi. Merci tout de même.

      (20h41 : ça y est, c’est réparé, mais j’ai laissé une trace exprès…)

  11. christian Says:

    J’me disais aussi, ça vous ressemblait pas…
    Merci pour votre contribution sur mon blogue, d’autres questions se profilent, le sujet se creuse, cet après-midi au MacMahon, conférence sur le design de la presse en ligne (Peter Gabor http://paris.blog.lemonde.fr/), la suite à venir donc… ;-)
    Bien cordialement,
    Christian

  12. Gaël Says:

    Oui pour l’absence de « s » au « rose » des gants. « Une de moins » comme dirait M6…

  13. Loésie Says:

    Ambiance Terry Gilliam, entre Brazil et Tideland, je dirais !
    J’adore !
    On est littéralement englué dans le rythme…

  14. Stéphane Says:

    J’ai du vous recevoir sur le pied à7h30 à le 3 avril, à moins que ce ne soit sur ma jambe de pantalon et me demandais si je retrouverai jamais l’autiste au Tonk Tonk. C’est fait.

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