Intermède

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Il est question de vendre des livres. C’est bien beau de les écrire, ces livres, chacun y va de sa petite histoire, mais après il faut les vendre. Comment faire ? Une fois n’est pas coutume, inversons le point de vue : pour qu’un livre soit acheté, que faut-il ? Que doit-il se passer dans la tête de Françoise Dussol, fleuriste à Toul, pour qu’elle achète L’hypothèse de Zhorg, livre « vachement bien » de Pierre-Alain Signac (aux éditions de La Queue de Cerise, 38 boulevard de Sébastopol, 75004 Paris) ?

Déjà, il faut que Françoise Dussol soit une lectrice potentielle. Que ce soit une femme qui lise après avoir rangé ses glaïeuls (« au moins trois romans dans l’année », comme 54,7% de femmes selon HP-JKD Institut). Ou, à la rigueur, qui aime offrir des livres. Bon.

Ensuite, il faut, c’est mathématique, que Françoise Dussol croise L’hypothèse de Zhorg. Que ce livre se trouve sur le chemin déjà tortueux et encombré de sa vie de « femme active ».

Comment cela est-il possible ? Par quels mécanismes – quel miracle – va se produire le très attendu « acte d’achat » ?

C’est assez simple.

Il faut que ce livre ait une visibilité multiple. En librairie. Dans les journaux. A la radio. A la télévision. Sur la table de salon des copines de Françoise Dussol. Partout. (Au pire, sur internet, où Françoise Dussol ne se rend que peu, mais bon.)

Que ça martèle sec, quoi.

Françoise Dussol, comme la plupart de ses contemporains, est une femme qui a besoin d’être un brin rassurée quand elle dépense une vingtaine d’euros (d’autant que la lecture reste pour elle une activité de détente et de loisir vaguement inessentielle).

Or les livres qui ont une visibilité susceptible de stimuler la rétine prudente de Françoise Dussol (ou d’agacer doucement ses oreilles) sont relativement peu nombreux. On parle, en moyenne, de un sur cent qui bénéficie véritablement d’un « large écho ». Echo qui parviendra plusieurs fois, c’est nécessaire, jusqu’au cortex préfrontal de notre chère lectrice type (chez le coiffeur, en vitrine dans la librairie, sur France Inter, dans Marie-Claire, etc.), et activera sans tarder son incontournable « centre de décision ».

Françoise Dussol commence d’être conquise. L’hypothèse de Zhorg semble un livre « bien ». D’ailleurs il y a des preuves irréfutables : on en a aussi parlé sur TF1. L’hypothèse par-ci, L’hypothèse par-là. Bla-bla-bli. Bla-bla-bla. Ça buzze sévère autour de Madame Dussol – qui, même si elle n’écoute que d’une oreille distraite ces journalistes qui discutaillent, avait justement dans l’idée d’acheter un livre ! (Du reste, Gisèle aussi, vient de se le prendre !)

Françoise Dussol, d’un pas décidé, pousse la porte de « sa » librairie. Et voilà : en effet, des piles de L’hypothèse sont sur les tables, à l’entrée, trois grosses piles bien parallèles, impeccables. Vibrantes.

Un livre formidable, sans aucun doute. La lecture rapide de la « quatrième de couv » pose un léger trouble dans l’esprit maintenant enfiévré de Françoise Dussol – encore un amour « contrarié » ? décidément… – mais qu’importe : c’est un livre super, c’est évident. (Tout comme les livres de Dan Brown, Victor Hunfray, Marc Lévy, Guillaume Musso, Frédéric Beigbeder, Bénédicte Huc, Amélie Nothomb, Jean D’Ormesson, Lucien Bompoil, etc.)

A la caisse, hop !

C’est vraiment tout simple de vendre des livres, finalement. Tout simple.

(Bravo aux éditions de La Queue de Cerise, dotées d’un service marketing hors-pair. Et à Pierre-Alain Signac, assurément un auteur à suivre les yeux fermés.)

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8 Réponses to “Intermède”

  1. Chutney Says:

    Succulente caricature. Mais il en va de même pour toute marchandise, quand madame Dussol achète un aspirateur ou une caisse de pinard c’est les mêmes principes. La Pub quoi…. pas toujours pour les meilleurs produit, certes.

  2. Nestor Burma Says:

    La Pub n’est pas la seule méthode,
    Il y a d’autres méthodes,
    J’ai passé le million d’ouvrages vendu (en temps qu’auteur) il y a déjà qq années,
    Je n’ai jamais fait de pub.
    Je n’ai pas fait fortune non plus, et il ne s’agit pas de roman.

    RLZ

  3. Nicolaï Lo Russo Says:

    Heureusement qu’il y a d’autres méthodes, oui. Plus lentes, beaucoup, mais il y en a d’autres. Estomacs, bouches, oreilles. Par exemple. Puis s’enfoncer dans le maquis.

  4. Sophie K. Says:

    Moi, j’y suis, dans le maquis. Si jamais tu décides de devenir maquisard, et si tu veux t’arrêter près de ma cabane, y’aura du feu, un bon pinard et du sauciflard.
    Parce que bon, flûte quoi.

  5. Nicolaï Lo Russo Says:

    Si je veux devenir maquisard ? mais je suis NÉ maquisard ma caporale ! quasi ! Sans quoi je serais mort depuis longtemps. Enseveli sous des montagnes de bêtise.

    Mais pour le pinard et le sauciflard, oui, toujours ! :)

  6. Sophie K. Says:

    All right (moi itou chus tombée dans la marmite petiote, j’crois bien…) !
    Sauciflard pinard bavardages après les fêtes bling bling bling ?

    :)

  7. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Sophie. Oui avec plaisir. Après les blings wow shiny gifts.

  8. Leo Nemo l'invendu Says:

    Moralité, pour résumer…Pour qu’un livre soit vendu, il faut qu’il soit acheté, c’est irréfutable… comme l’éléphant qui lui-même etc

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