Que les bêtes se croisent

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L’étouffer. Avec un sac en plastique bien maintenu sur la tête. Jouer de l’effet de surprise. Peut-être l’assommer d’abord, ce serait plus sûr. Dans un endroit tout à fait tranquille, où l’on ne serait que tous les deux. C’est difficile de tuer en assommant, sans s’acharner, d’un coup net. C’est difficile de tuer tout court, quand on n’a pas l’habitude. Quand on n’est pas un tueur. Mais là, à ce point de non retour, il n’y a pas d’autre moyen. Il est nécessaire d’agir. Définitivement. Tragiquement. Aucune discussion n’est plus possible. On a tout essayé. La gentillesse. La rigolade. Le ping-pong. Ça ne sert à rien. Je ne vois que l’élimination sans autre forme de procès. Que meure la bête et je serai guéri.
Avec un couteau le sang gicle, c’est gênant. J’ai pensé à l’incendie, bien sûr. Mais comment être certain qu’il n’y ait personne d’autre à ces heures ? Il y a toujours un quidam qui traîne. Une visite impromptue. C’est trop risqué. Et puis un incendie c’est le bordel, ça manque de précision. Les meubles, les objets, les murs, tous ces innocents, pourquoi ? Non, ça n’aurait aucun sens. Il faut être juste.
On l’attendrait. Ses amis. Ses collaborateurs peut-être. Son réseau. Personne au bout du fil. Pourquoi ce retard sans avertir. Pourquoi cette disparition soudaine. C’est pas du tout son genre. Ah son genre. Son petit genre à la con.

Et son corps étendu.

L’inviter à dîner dans un grand restaurant. Si si si : un très grand restaurant, pour l’occasion. (Eh bien ! Si j’m attendais !…) Puis, plus tard, dans la nuit, la petite promenade digestive. Le petit rot partagé, après son dernier repas. Son tout dernier dessert. (Une merveille cette crème brûlée !) Le problème c’est qu’il y aurait des témoins. On les a vus sortir vers 23 h, ils étaient deux. Non, arrêtons, c’est trop compliqué cette histoire de restaurant. Trop m’as-tu-vu. Et puis ça revient cher pour une simple nuit de meurtre. Beaucoup trop cher, malgré la réelle beauté du geste.
L’attendre sur son chemin. Voilà. Son trajet. Il y a bien un moment calme sur son trajet, si j’en crois mes investigations. Oui oui, c’est juste : il y a un moment de vraie tranquillité, de solitude, même. Une grosse minute bien abritée des regards. Il me faut juste être là à ce moment-là. (Ha tiens !… Ça va ?… Si c’est une surprise !… Euh…  on fait un bout ensemble ?)
Si ça va. Quelle question. Tu vas voir si ça va. Si on va faire un bout ensemble. Ça va aller mieux en tout cas. Dans quelques instants. Un bout ensemble, ok.
Tonk ! derrière la tête. Et puis le sac et voilà.
Des gants bien sûr, et un bonnet. Le cheveu témoin plein d’ADN c’est pas pour moi. Vous me prenez pour qui. Non : rapide, net et sans traces, la seule manière.
On lui cherchera des ennemis, on cherchera des mobiles, on remontera loin. Ennemis, mobiles, territoires. Le jeu est vaste. C’est parfait.
Il faut juste attendre son heure. Que les agendas concordent et que les bêtes se croisent.

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66 Réponses to “Que les bêtes se croisent”

  1. Cécile D. Says:

    « Que la bête meure et je serais guéri »… oui , moi aussi j’y pense , comme vous Nicolaï et de la même manière… pour d’autres raisons… même l’attendre au coin d’une rue… me demande si c’est la solution! l’empoisonner plutôt, non? l’empoisonner en douce avec des comprimés dont la composition serait fatale ou plutôt efficace: estimatol de lector à 80%, composé dunenouvelbellehistoire à 10%, amidon de toujourecommessé à 5%, et saccharose de foiensoi à 5% , le tout à faire boire dans un verre à whisky empli d’enthousiasme ,mais sans glaçon.. La bête agonisera, lentement, certes et dans d’atroces souffrances mais ce poison là est sûr à 100%. *_*

  2. Nestor Burma Says:

    J’aime beaucoup,
    Il m’en faudrait des pages.

    Et j’ai décidé de ne plus boire de Whisky.

    A+

  3. Chutney Says:

    Ça va comme vous voulez… Louison? (sourire)
    Texte efficace… Comme on a tous + ou – des envie de meurtres en ce moment (re-sourire), on se l’approprie presque, ça c’est pour le côté pervers. L’absence explicite de genre, F ou H dans la « victime » est dans ce but, non?…

    Sans rire, Nicolaï, vous écrivez votre prochain roman?

    >NestorB, des pages comme celle-ci vous avez l’embaras du choix dans les 500 de Hyrok (si vous ne l’avez pas lu bien sur)

  4. Nestor Burma Says:

    Nestor voulait et veut toujours lire Hyrok mais je ne l’ai jamais vu chez mon libraire ni à la Fnac.
    Faut-il que je passe par Amazon ?
    Ce livre existe-t-il vraiment ?

    A+

  5. Marie Says:

    Une écriture efficace, avec un humour « louisonesque » sur la fin, pour un petit conte amoral. « Aucune discussion n’est plus possible »: c’est souvent à ce moment là, quand on s’aperçoit que deux lignes parallèles ne pourront jamais se croiser, qu’il vient comme un goût d’irréparable. ^^

  6. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Cécile. Votre coquetèle me semble cruel à point. (Un truc de femme, l’empoisonnement.) Mais je me demande si je suis cruel. Je ne suis pas sûr. Rester sur le sac me semble plus viril. Remarquez : suis-je une femme ou un homme ? Qui le sait vraiment ? Et qui suis-je, au fond ? (se méfier des apparences, toujours…)

    @Nestor Burma. Ce livre n’existe pas : c’était une farce ! Plus sérieusement : il existe, peu dans les librairies, mais il existe. Vous pouvez le commander à votre libraire, ou aller sur Amazon, ou encore le commander en cliquant directement sur la couverture (à droite en haut, sur la page d’accueil de mon blog). Ou encore ici, chez mon éditeur.

    @Chutney. Ça va plutôt pas mal, pour un coeur d’hiver. Je tâte doucement de l’écriture d’un autre roman, oui, mais chez moi les processus sont longs. Là, je sors d’un boyau, je prends un peu ma respiration et, si les astres veulent de moi, je me replonge. (Mais je n’ai pas que ça non plus comme projet…)

    @Marie. Les lignes parallèles se croisent toujours, mais à l’horizon. Et vu d’ici…

  7. Cécile D. Says:

    Votre dérision, (dépit? rancoeur? colère?), me touche et me chagrine… Nicolaï … pardon, mais je « m’empathise » aisément … Cela dit, il y a , en ce moment, pour des raisons différentes connues ou inconnues, une contagion de grippes « spleenales » qui s’étend sur la blogosphère littéraire…
    Ce que vous écrivez est fort, partout où vous passez… et suis heureuse de constater que vous sortez peu à peu du boyau… ce petit conte nous le prouve… on y sent une sacrée énergie! alors bonne chance pour la suite et ds ts vos projets! *_*

  8. Nestor Burma Says:

    Bonjour à NLR,
    J’ai fini par trouver Hyrok sur Amazone et d’occasion ?!?
    Déjà des occasions ?
    Curieux monde.
    Mais je vais le lire comme un neuf.
    A+

  9. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Cécile. Changement d’état, tout simplement. Le monde est cruel, cynique, le monde ne vous attend pas. Pour survivre, pour avoir envie de vous lever le matin, de deux choses l’une : ou vous partez taquiner la truite dans le Jura (avec option biscuiterie artisanale l’hiver) ou vous essayez de vous hisser à la hauteur de cette cruauté. Sans forcément être cruel vous aussi, mais il faut présenter des lignes de force, autrement c’est foutu.

    @Nestor Burma. Lisez-le surtout comme un oeuf. Vous verrez, c’est nutritif HYROK.
    Et pour les occasions, comme le roman est paru il y a peu, il s’agit sans doute de « services presse », ces livres que les auteurs (dans l’espoir d’avoir un article) envoient à des journalistes qui, pour la plupart, ne les lisent pas et les revendent illico (chez Gilbert Jeune ou sur Amazon…). Pour ces journalistes, souvent mal payés, c’est un « complément de salaire » (ou de pige), ils reçoivent des tonnes de livres, et comme ils ont déjà du mal à lire ceux des potes et ceux qu’il « serait bon d’avoir lu », ils ne peuvent que se débarrasser au plus vite du reste. C’est aussi ça le marché du livre.

  10. Sophie K. Says:

    N’oublie pas de mettre des gants, les empreintes marquent bien le plastique…
    C’est pas super écolo, le crime au sac plastique, en fait. Tu me diras, avec un sac en papier recyclé, ça le fait moyen.
    Non, le crime parfait, y’a pas, c’est la falaise. Il ne passe pas sur une falaise, ton type ? (Tu vas me dire, si c’est à Paname… Enfin. Evite de quai de métro, c’est trop chiant pour les autres, ceux qui devront nettoyer, et ceux qui attendront des plombes dans les rames.)
    Je sais pas.
    Compliqué, le crime parfait. Compliqué.

    (Boyau pour moi itou, mille excuses pour le manque de news… )

  11. Leo Nemo (gratuit) Says:

    Tuer un homme de réseau, tiens, tiens, tiens, ça sent quand même son vécu, cher Nicolaï, PRIX LEO NEMO, je vous le rappelle, tudieu, 2010.

  12. C, approchant de A et B sans être vu Says:

    Texte dérangeant,prenant,asphyxiant… j’aime ça, lire pour être secoué , c’est ce que j’attends. A la lecture de votre texte, j’ai eu l’impression de me retrouver avec Hubert Selby Junior dans son dernier opus « Waiting period », (délirant et dérangeant)! Je ne sais pas si je dois attendre la suite de ce texte, attendre un prochain roman (clap clap pour HYROK un roman qui a du nerf , contemporain et dérangeant, reviendrai plus tard sur HYROK , quelques mots ne suffisent pas pour ce roman là!)….donc j’attends la suite patiemment mais surement et avec intérêt.

  13. Pandora et sa ribambelle Says:

    Mais Ciel ! qu’est-ce que ce NRL a déjá pu me/nous faire rire ! Cet humour, par l’absurde, un « gros tantinet » ours, a peut-être un petit-je-ne-sais-quoi de « belge », finalement ?

  14. Grenouille Says:

    Consternée…..je redescends au fond de la mare…sous les nénuphars,
    moi,je n’ai plus envie d’être « secouée ».

  15. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Sophie. Le crime parfait n’existe pas. (Et c’est pas ce que le narrateur cherche, remarque…) Pour qu’il soit rigoureusement parfait, en plus — règle importante — de ne pas avoir de mobile, il faudrait que le meurtrier soit amnésique. Qu’il ne se souvienne plus de rien. Qu’il n’y ait juste que la mort et le hasard, entre deux personnes, l’une ayant tué l’autre — et que ce ne soit pas un accident.

    Pas de souci pour les news, Sophie, je n’en donne pas beaucoup non plus, faute de temps, mais t’inquiète pas, la roue tourne dans la cage :-) Et demain c’est l’été.

    @Leo Nemo. Ne sommes-nous pas tous des hommes de réseau ? Qu’on le veuille ou non, je crois bien que si. Vaste territoire… Va pour le bandeau…

    @C approchant… . Wow… Hubert Selby Jr. ! Eh ben … Très flatté de la comparaison, j’aime bien ce grand monsieur de la littérature. Un homme aux yeux clairs, très doux, gentil, extrêmement sensible et plein d’attentions. Mais avec une écriture noire, tordue, monstrueuse, d’une puissance de feu rarement égalée. (Se méfier des apparences, toujours…) Merci à vous, et pour HYROK, vous pouvez laisser un commentaire, une remarque, ce que vous voulez, en haut à droite du blog en passant par le lien ad’hoc.

    @Pandora. J’aime beaucoup la Belgique oui. Mais je suis franco-suisse, chère Pandora.

    @Grenouille. Je peux comprendre votre désarroi face à ce monde-là. La jolie mare sous le soleil riant n’est plus ce qu’elle était, le monde change, il faut fuir, oui. Si l’on a peur. Mais attention au fond de la mare, petite grenouille, ne pas vous faire prendre dans la vase où chassent les carpes. Être (un peu) secoué, asphyxié, ou mangé en silence, il faut choisir.

  16. Yolande Says:

    Le crime parfait, oui évidemment mais encore faut-il être sûr d’avoir le dessus! Et parmi les bêtes à qui on ferait bien la peau il y en a de vraiment féroces…
    Et pour votre nouveau roman (en gestation si je comprends bien), attendons donc VOTRE heure!

  17. Leo Nemo (gratuit) Says:

    mais oui, cher Nicolaï, nous sommes tous dans le réseau, encore faut-il s’en servir à bon escient…
    vive la vie, vive Hyrok, le signe de ralliement des rescapés…

  18. Nicolaï Lo Russo Says:

    Ha oui, ça pour des rescapés, regarde-moi ces hordes hagardes… Dingue !

  19. Pandora et sa ribambelle Says:

    Moi cela – le début – me rappelle la mémorable prise de bec entre Stalker et Ferraille (?), et le rendez-vous á la place de la Bastille… Deux ans plus tard, je ne sais toujours pas s’il s’agissait d’un FAKE ou pas. Je le jure sur mes deux yeux !

  20. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Pandora. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un « fake », comme vous dites. Mais, pour plus de sûreté, je demanderai à Juan, on doit se voir un de ces jours pour faire de la balançoire. J’attends juste qu’il s’achète des gants.

    (Bien le bonjour à la ribambelle…)

  21. christiane Says:

    J’aime beaucoup les dates des commentaires, cela ouvre une faille dans le réel.
    Vous me faites penser par ce fantasme aux enfants qui torturent leurs jouets et parfois des insectes . Vous vengez-vous du trop sucré des choses dites avec beaucoup d’innocence et de calme, presque par inadvertance un peu l’étranger de Camus ? Ce décalage entre l’horreur et ce chemin de surprise qu’elle creuse en nous. Il faut du temps pour comprendre qu’un jour on ne peut plus dire. Bon, on change de jeu. Tu ne serais plus mort ! allez lève-toi, fais pas semblant d’être mort en vrai…Nous ne sommes plus des enfants mais nous pouvons encore jouer avec la mort et pulvériser les masques grotesques des apparences. Vomir la banalité du mal. Se rassurer à l’idée de faire souffrir « pour de faux » en tressant les mots. Tuer en nous ces pulsions de mort et de sadisme tellement encombrantes. Mais le mal absolu n’est-il pas la bêtise comme l’a si bien piégée Flaubert ! Et puis comme vous l’esquissez, il faut toute une vie pour se débarrasser de la chape de culpabilité et d’interdits d’une éducation religieuse. Ce n’est pas tant défier Dieu que la morale compassionnelle et horrifiée des « bien pensants » L’écriture est alors une parodie. Ce monde est cruel.Et la société est perverse.
    Il reste que rien n’est plus beau qu’un champ de coquelicots , un soir d’été…

    • Nicolaï Lo Russo Says:

      @Christiane. Merci pour votre commentaire. Il évoque bien des points intéressants en ce qui concerne le rapport que nous avons à la mort, à la violence, à la disparition. Et à la réalité. Alors oui, dans un sens, je me « venge » un peu de cette « société d’adoration mutuelle », où tout le monde il est beau, tout le monde il a du talent ; société basée, je le rappelle, sur le principe de réciprocité où s’estiment et se frottent les egos. S’invitent les « membres du club ». On se méprise, mais chuuut… publiquement on s’adore, on s’embrasse, on fait mine ! C’est assez terrifiant d’en être arrivé là. Il y a aussi ce calme, en effet, cette sorte de distance à la violence, à la vraie violence, la violence dont on oublie — on enfouit — la vraie réalité. La mort toute simple. C’est vrai : rien n’est plus simple que la mort : c’est juste fini. Or dans la réalité ça n’est pas comme dans les jeux videos : on n’a pas trois vies ; une seule, qui tient à rien. Comme on le voit. Un taré dans une rue, hop. D’aucuns jugeront ce texte provocant, gratuit. Provocant, oui — quoique ça va : on a vu pire. Gratuit, certainement pas. N’est-il pas utile de provoquer… la pensée ? de chatouiller l’anesthésie et les vues lénifiantes ? Je vous ferai grâce de « l’exutoire par la littérature » (ou par toute autre forme de création d’ailleurs). On a tous nos violences, nos démons. Qu’il est nécessaire d’exprimer, comme les enfants oui. Casser les jouets, en reconstruire d’autres avec les morceaux. Que fait Pierre Soulages quand il cherche dans le noir ? Que font Boltanski ? McCarthy ? tous les autres ?… Ils évitent.
      Pour le champ de coquelicots, ha je suis bien d’accord avec vous. Rien n’est plus beau. Cependant : rappelez-vous ce film de Granier-Deferre, « Le toubib », la fin de ce film, dans un champ de coquelicots en plein été justement… Une mine anti-personnel éclate, une sale bombe à dispersion, qui, explosant, vient maculer la jolie robe blanche de Véronique Jannot… comme un champ de coquelicots…

      Allez, relevons-nous, c’est du cinéma…

  22. christiane Says:

    oui, je me souviens de cette bombe-là et d’autres…. j’aime beaucoup ce point d’appui que vous avez trouvé pour vous désengluer de cette tiédeur mortifère des apparences.
    Deux questions :
    comment lire -si livre il y a- plus de votre création ?
    comment suivre les dialogues sur votre blog ? Rien compris (en anglais) aux injonctions de wordpress !
    mais j’ai quand même trouvé un chemin entre les bombes , pour rejoindre vos herbes folles. (ça c’est vivifiant , votre regard sur les plantes au garde-à-vous !)

    • Nicolaï Lo Russo Says:

      Réponses à vos deux questions :

      A) Oui, livre il y a, c’est un roman : en haut à droite du blog. Vous cliquez sur la couverture de HYROK, et vous arrivez chez Léo Scheer pour lire la « quatrième de couv » entre autres… Disponible en librairies ou en ligne. Si une critique du « monde des apparences » vous intéresse, vous devriez y trouver quelques pistes de reflexion, je pense.

      B) Suivre les dialogues ? Eh bien s’abonner au flux RSS des commentaires (ci-dessous tout en bas), ou venir de temps en temps voir où ça en est :-)

      Bien à vous, chère Christiane.

  23. christiane Says:

    Voilà ! tour complet ! la vidéo, la commande , la 4e de couverture. J’aime bien comme vous êtes incapable de parler de votre livre ! C’est un bon signe !

  24. Zarmo Says:

    Christiane me fait dire qu’elle a reçu HYROK, cher Nicolaï, et je m’éxécute (c’est une façon de parler bien sûr), vous voyez que c’est utile & agréable le PRIX LEO NEMO 2010…

  25. christiane Says:

    Oui, ça me plaît ! Plus que ça ! Ma traversée est pour l’instant sur la berge de la page 144 et je sais que ce roman je ne le quitterai pas. Roman ? non c’est autre chose … autopsie d’une âme, d’un corps, d’un sexe d’homme, d’un désir d’homme. Une marche dangereuse sur le fil, comme vous l’écrivez « l’écriture est un vertige », lire aussi.
    J’entre dans un corps d’homme, dans sa façon de désirer les femmes, de se faire des bonheurs fugitifs et nauséeux en solitaire. Et puis je reviens à ce qui se passe en moi, femme , en lisant ces lignes. C’est étrange… parfois je sors , je vais marcher un peu puis je reviens, le livre est là, pesant d’attente.
    C’est souvent méchant, c’est bien que ce soit souvent méchant. ça décape les yeux. ça met à vif. Les mots sont drus ça fait champ d’herbes folles. Jouissance des odeurs d’herbes.
    J’aime les « images sépia » du passé, des « souvenirs qui ne vieillissent pas ». Les moments où « ça se casse la gueule » et où il accentue la vitesse de désintégration.
    J’ai besoin que ces mots continuent à se lire. J’aime ce livre.
    Je ne sais pas parler d’un livre, pardon !
    Il y a tant de pages et c’est écrit tout petit, cela va durer longtemps, tant mieux !
    J’en connais un qui a un trou blanc dans le coeur, je lui ai conseillé de lire votre livre en urgence. Vos mots vont gueuler dans sa douleur, peut-être qu’il ira mieux après. La douleur on la rarement écrite avec ces mots-là. Des mots chrysalide, tout juste sortis de la gorge, des mots comme des cris avec plein de points de suspension pour le silence, la respiration difficile, la cuite, le blanc (de la page… peut-être de la photo). Je ne sais où ça me mène mais je suis, je suis, je me laisse portée par ce courant puissant de l’encre. ça dérive fort, ça tangue. Mais ouahhh, quel voyage !
    A plus loin dans le livre.

  26. christiane Says:

    J’ajoute (pause café) que c’est « juste » ce livre, il met de la lumière dans les zones sombres de la vie : la sexualité, le désir, l’échec, l’image de soi… Cela coûte cher de le lire car nous y devenons doubles : nous et nous. On entre dans ce qui va mal car tout n’est pas beau et facile et heureux. Avec ce livre on entre dans l’autre monde, celui du réel. C’est un livre tellement honnête, tellement sain. Il est redoutable comme un miroir le matin… exigences de la conscience avant les menteries du refoulement. Fébrile, il l’est aussi. Il consume, il brûle.
    Je viendrai de temps à autre, déposer des mots-algues, vous savez ceux qu’on trouve à marée basse sur la grève quand la grande houle des mots est repartie au large, ces mots que l’on ramasse avec une herse pour les jeter à la benne pour que la page soit propre. Faites ainsi et ce sera être digne de votre écriture…

  27. Nicolaï Lo Russo Says:

    Que dire ?… Je sens comme une chaleur à lire vos lignes, Christiane. Ça me fait un bien, vous n’imaginez pas à quel point.
    Bon voyage, alors et… venez quand vous le souhaitez (je ne dirai plus rien avant la fin, c’est gênant, j’ai l’impression de troubler votre lecture…).

    Si vous permettez, après, je mettrai vos commentaires dans la rubrique « Ils l’ont dit » (en haut à droite, sous HYROK). Sorte de livre d’or où peuvent s’exprimer les lecteurs qui le désirent. J’aime cet échange que permet le net. Ne manquerai pas de faire un copier-collé sur le site de Léo Scheer aussi, ça leur fera plaisir aussi une lectrice comme vous, vraiment…

  28. christiane Says:

    Oui, c’est comme une tempête, un grand vent qui délivre, une fureur tellement attendue. Bien des livres sont trop beaux, trop bien écrits, écrits pour être lus, pas le vôtre . Vous avez su écrire contre cela. Je comprends maintenant dans le génial « Seymour, une introduction » ce que Salinger avait écrit. Il parlait de cela : cette maladie de l’écriture qui se regarde en gestation. Oh, c’est bien embrouillé, je ne suis pas écrivain. Je pioche dans mes mots pour que ça fasse au plus près de ce que je ressens. C’est un travail de vous lire, un travail qui permet d’approcher la langue sortie de la naphtaline. Il y a de la beauté, des espaces pour se reposer. Ainsi cette photographie toute blanche et ces blancs qu’elle dépose ça et là comme un grand repos.
    Heureuse de pouvoir déposer mes mots de quatre sous ici. J’ai enfin retrouvé le lien pour le faire. Internet c’est redoutable pour moi. J’écrivais sur le suivi des interventions (automatique) et tout revenait. Puis « les bêtes se sont croisées » , enfin.
    Merci d’avoir osé ce livre. ça doit être terrible de se séparer d’un tel manuscrit. Je comprends que le froid vous gagne. Quel don !

  29. christiane Says:

    bas de page 181. vous écrivez : « Il y a encore de l’espoir, encore de la vie. Bientôt de la joie ! allez ! Rien n’est jamais fini ! ». j’en profite pour glisser une enveloppe aimée qui me sert de marque-page, là, entre ces deux pages. Entre-deux… et je vais aller marcher avec vos mots en bandoulière, marcher et respirer l’odeur de la ville quand l’air est plus doux. Ces marches sont propices à la joie des mots . Ils sont là entre les choses et nous. Tantôt les nôtres , tantôt ceux de nos livres aimés. Quelque chose en votre écriture me relie à Pavese. un air lourd des senteurs de l’été donc des souvenirs. Juste je viens de lire l’escale à Lausane et cet engourdissement éphémère de la douleur dans la quiétude de la maison familiale. Et maintenant ce glissement du paysage à vous dans l’entre-deux du voyage.
    Petard, comme c’est beau ce livre ! bon, je sors.
    J’allais dire à tout à l’heure et je me surprends à parler à votre livre !!!

  30. Sim Says:

    Nicolaï, j’ai laissé un commentaire sur votre site, mais vous êtes partout ma parole, je lirai votre blog plus à fond un de ces jours(ce récit de meurte cadre assez bien avec hyrok même en plus froid….) Je suis content pour vous de voir que vous avez des lecteurs en direct! Félicitations pour ce que vous faites (de très belles photos entre autre qu’on retrouve dans votre roman me semble t- il.)

    Christine, comme vous, mais sans l’exprimer aussi bien, je ne suis pas un « lettré »…. et ne vous pressez pas trop pour déguster, la fin arrive plus vite qu’on croit car on est aspiré.

  31. christiane Says:

    Oui, Sim, je ralentis tant que je peux. Bois un thé entre deux chapitres , reste sur une phrase, pensive. Il faudrait lire un livre au rythme où son auteur l’a écrit, regarder une photo après avoir fait la même marche , entrer dans un tableau au temps de pause entre deux touches. Mais la faim de connaître nous entraîne (comme vous le dîtes si bien) à oublier toute prudence et à se laisser saisir, marteler par les mots. Le lecteur est vulnérable. Peu à peu la pensée de l’auteur entre dans sa pensée et il voit le monde avec ses yeux. Certaines lectures (dont celle-ci) ne laissent pas indemne. C’est une mue-tation , une métamorphose le temps de lire. Il me faut marcher entre deux chapitres pour reprendre mon moi, la distance nécessaire à la modestie du lecteur hors du livre.

  32. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Sim. Merci pour votre lecture et votre amabilité. Juste vous dire que le « site » où vous avez laissé vos mots n’est pas mon site mais celui de mon éditeur Léo Scheer (peut-être avez-vous cru que c’était le mien à cause du même fond gris ? c’est déjà arrivé…). Pour plus de cohérence je vous réponds là-bas sur la question de l’édition.

    @christiane. Je ne dis rien, je vous laisse avec Louison pour le moment…

  33. christiane Says:

    oui, chut, l’ami…

  34. christiane Says:

    page 218
    Il se passe là quelque chose d’important. Juste après l’échec de l’exposition et en pleine lutte contre les pensées vénéneuses. Vous écrivez et c’est tellement essentiel :
    « …il faut laisser des traces dans le néant ; donner consistance au vide, le cerner, le décrire, lui donner matière à ce vide, l’enrichir, ne pas en avoir peur car il n’y a que lui comme nouvelle matière. Le vide – notre vide- est la matrice des temps futurs. La nouvelle origine. L’Autre Monde ne pourra tomber que sous le feu nourri des Armées du Vide.
    Notre seule chance. »
    C’est sidérant ce face à face.
    Là, tout pourrait basculer. Tout est possible. Le livre peut basculer. Je m’arrête dans la lecture. Je reconnais cela. Comme c’est difficile la vie, bien plus que la mort même si après la mort, on ne sait pas, mais le vide lui, on sait. On connaît ce vertige qui efface les contours de toute pensée.
    Ce livre…
    Mais qu’avez-vous donc vécu de grave pour savoir écrire ces choses-là ? Vous devez avoir mille ans comme ce fantôme qui errait de vie en vie et qui n’avait pas trouvé la réponse.

  35. christiane Says:

    Merci pour ce cadeau (page 228)qui a dû vous coûter bien plus que les scènes de cul :
    « Il paraît que cette nuit-là le thermomètre est descendu à -17°C. J’ai pu observer qu’à cette température l’eau salée gèle rapidement sur le visage. »
    C’est fragile et beau un homme qui ose cela.
    Je comprends qu’en 4e de couverture l’éditeur déclinant vos talents, ajoute  » cosmonaute ». C’est exactement cela, voyageur de l’espace du rien… de l’éternité…d’un cri.

  36. Sim Says:

    Désolé pour la confusion, Nicolaï, j’ai cru que c’était l’espace commentaires de votre site, je n’ai pas pris garde (mais je crois que ce n’est pas grave….) merci pour vos réponses claires. J’avais lu la note éditeur mais sans faire très attention et je n’y suis pas revenu, ceci explique celà.

    christiane, (excuses pour christine…. ) , c’est très interessant de lire vos impressions à mesure, comme vous j’ai noté des phrases que je trouvais belles ou frappantes. Je suivrai ce blog avec plaisir.

  37. christiane Says:

    Oui, Sim, c’est la première fois que je peux offrir à un auteur une traversée de lecture de son livre. Je trouve cet accueil extraordinaire. Ce livre me remue. Je trouve cette aventure d’écriture incroyable.

  38. christiane Says:

    22:30
    quelle surprise ! le net qui prend la place de la vie. J’avais oublié être venue à ce livre par le net. J’étais dans un livre loin de l’écran et des touches du clavier. Et je réalise dans le parage des pages 250 que je suis à nouveau dans cette pieuvre virtuelle. Pourtant j’ai un vrai livre de papier entre les mains. Mais c’est par le net que je raconte à cet auteur « virtuel » la progression de la lecture de son livre papier.
    Il y avait bien cette conversation sombre page 237 : « …ils pouvaient s’exprimer dans des territoires véritablement inexplorés !… i-nex-plo-rés monsieur !… Mais ce sont des supernovas d’un temps révolu, l’ère des pionniers !… Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant… »
    Il y avait cette quête de l’usure de l’angoisse par la masturbation comme la recherche d’un anesthésique… pour fuir la douleur.
    Je sens qu’il se trompe , je sens qu’il va s’exploser contre un mur, un mur du son, un mur blanc.
    Ah, il suffirait pourtant de presque rien… C’est encore possible mais je crois que Nicolaï veut aller jusqu’au bout de son défi… ça va être terrible ! Ce livre me fait peur soudain mais je veux savoir, je veux savoir. Je ne dirai plus rien de l’histoire. Il faut que les autres lecteurs l’affrontent eux-mêmes.
    Ce livre est passionnant. Les pages sont pleines de reflets. Je crois que l’écran est à ce moment plus fort que le papier. Mais que peut-il faire ?

  39. Zarmo Says:

    Nous en avons de la chance, hein, mon Nicolaï, d’avoir une lectrice aussi généreuse que Christiane, ça fait du bien quelqu’un comme elle, dans cette toile infernale.

  40. christiane Says:

    Extraordinaire la voix off de Fleur ! Quand ces deux plaques tectoniques vont de rencontrer vraiment il va se passer quelque chose de noir…
    Merci d’accueillir ces petits morceaux de rien. (de rien, Zarmo !)

  41. Nicolaï Lo Russo Says:

    @Zarmo. C’est peu de le dire. Joie est un euphémisme. Quel cadeau !

    @Sim. Oui, le net est infernal, mais parfois il permet ce genre de petit miracle sensible. Précieux.

    @Christiane. (en passant et sur la pointe des pieds…) Pavese, dîtes-vous. J’ai longtemps eu « Le métier de vivre » sur ma table de chevet ; réconfort inouï.

  42. Cécile D. Says:

    Zarmo a raison! Christiane est une bénédiction, un régal, un délice *_*

  43. christiane Says:

    Eh bien, christiane, nulle de nulle, n’avait plus accès à internet : énorme douleur ! j’avais tapé (d’un doigt comme d’hab) un commentaire où je mettais plein de morceaux de Pavese en résonance avec ce merveilleux Hyrok et là catastrophe : écran pétrifié ! plus d’internet ! le fiston appelé à la rescousse m’a -par téléphone- accompagnée dans une opération de survie. Et que je débranche et que je rebranche (en glissant entre deux une prière au saint de ma mère, le saint-Antoine trouve-tout) je branche et …et…ça remarche ! ouf !
    c’est donc devenu si important ce cordon ombilical ? Voilà qui devrait faire sourire Louison que j’ai laissé dans une mélasse épaisse comme le fog, à la page281 ! christiane sauvée des eaux comme Boudu ou Noë ou Jonas revient en ligne ! je vais essayer de retrouver ce que je voulais dire à Nicolaï à propos de Pavese mais je ne promets rien, l’émotion a été forte !

  44. christiane Says:

    Donc Pavese. Ma plus belle rencontre littéraire de ces dernières années. Il y a deux ans je n’avais jamais lu une ligne de lui. C’est grâce à Paul et Angèle qu’un jour j’ai ouvert le Quarto Gallimard. Et cette écriture m’a bouleversée. Il est si près de la peau du coeur, si près de tomber avant de tomber. Parfois je pose la main sur le livre et je sens son coeur qui bat : tac tac…tac tac. Comme la statue à la fin des visiteurs du soir. Alors j’ouvre et je lis. Il se met à nu comme vous, Nicolaï.Comme vous écrit ses rêves inassouvis. Le dur « métier de vivre » c’est aussi le dur pari d’écrire. On habite un autre lieu celui de la langue, de sa parole. Et je déplie cette chose douloureuse et belle, suavement belle : l’écriture, son écriture. Il parle comme Louison , écoutez :
    « Je me gémis à moi-même une pensée, incarnée dans un rythme ouvert, toujours le même… »
    Je ressens cela aussi quand je lis votre livre. Votre personnage est comme l’homme des sables, celui qui retombe toujours au fond du trou. Il prend la pelle et tente de jeter le sable au loin comme vous, les mots. Et le sable des mots retombe et l’enfouit à nouveau. Une sorte de Sisyphe qui ne cèdera pas sauf à lui envoyer son caillou en pleine gueule avec un cri de fin du monde. Alors sa mort ce sera comme un pied de nez de clown blanc.
    Il écrit encore :
    « L’avenir viendra d’une longue douleur et d’un long silence… ». C’est votre photographie blanche n’est-ce pas ? ça fait mal.
    Je ne vais pas copié tous les passages que j’ai souligné. Mais voilà votre livre, il est du même sang d’encre.

  45. christiane Says:

    Voilà, je viens d’entrer dans la haute mer de votre livre, cher Nicolaï. Je ne vois plus la côte, ni vous. Vous vous effacez comme l’auteur d’un livre qui devient par la lecture le livre du lecteur. Je suis en plein dedans, là où l’épine s’est plantée dans votre peau d’écrivain, là où ça fait vraiment mal : louison contre louison. Que m’importe pour l’instant la fin du livre, tant cette profondeur est souple aux yeux. Je n’entends même plus le bruit des pages quand je les tourne, une sorte de lévitation au-dessus du texte tant la chaîne des mots est solide. Je la tire maillon par maillon des grands fonds où la nef s’était arrêtée le temps de mon après-midi vagabonde et nous sommes maintenant tout l’un à l’autre le livre et moi. Je crois que je ne reviendrais pas écrire sur votre blog. ça voudrait dire que le livre est fini et que ce sera trop tôt pour en parler parce qu’il me manquera et que j’aurai eu mal en le refermant et que j’aurais débarqué en pleine mer sur un ilet inconnu et que le bateau livre (ivre) sera parti vers d’autres lecteurs. Je vous souhaite de nombreux lecteurs car c’est vraiment un très beau livre, un livre qui marque qui laisse son sillage dans le coeur. Merci de l’avoir écrit avec cette longue patience de celui qui ne force pas les mots, qui attend qu’ils soient là, justes, pour les cueillir avec sa plume. Votre livre ça fait un trou dans mes mots, ça efface mon langage, ça fait du silence, le bruit de l’âme. Je me suis habituée comme votre héros à la présence envahissante de ce sexe insatiable et et à ces séances de pauvreté. Il est tellement plus grand que ces petites misères qui le soulagent. Il a un coeur gros comme la planète la plus grande là-haut mais il ne sait pas quoi en faire tant il aime et désespérément. Comme c’est beau !
    merci d’être vous et d’avoir écrit ce beau livre, très beau livre. Au revoir cher auteur.

  46. Nicolaï Lo Russo Says:

    Chère « christiane »,

    (j’ai hésité à vous écrire un mail, ayant votre adresse en back office, mais je préfère cet espace-là, finalement, soyons ouverts.)

    On ne m’a jamais écrit de tels mots sur mon livre. Avec un tel enthousiasme empathique, une telle passion sincère. Et ceci, sans même savoir qui vous êtes. Vous ne dites pas qui vous êtes. Je ne sais rien de vous, vous ne vous mettez pas en avant, n’attendez rien.

    C’est très très rare.
    C’est sublime.
    Vous êtes sans nul doute une personne rare et bonne.

    C’est Kiergkegaard je crois qui disait que tout auteur au fond, tout livre, idéalement, cherchait un « lecteur unique ». Qu’à tout livre s’il pouvait correspondre un lecteur, — LE lecteur — c’était gagné. Le lecteur unique qui entre, qui comprend tout de suite. Lecteur-miroir en quelque sorte.
    Avec vous, j’ai le sentiment très troublant, enivrant, d’avoir trouvé ce lecteur-là. J’ai eu globalement de bonnes critiques sur ce livre, de bons mots, de ceux qui font du bien, de belles envolées qui ravigorent, qui vous font dire : tout cela n’est pas vain.

    Mais des lecteurs comme vous, loins mais si proches, dans le texte à ce point, jamais. C’est un immense cadeau.

    HYROK, quoique plutôt fluide à lire, est un livre « difficile ». Déjà il est long, il est sombre, et comme vous le dites bien : pour peu qu’on y soit entré, on n’en sort pas indemne. Ce qui veut dire qu’il faut oser s’y plonger. Avoir ce courage-là. Et j’en avais parfaitement conscience en l’écrivant. Que ce ne serait pas exactement un « livre de plage », disons.

    J’aimerais célébrer vos commentaires en en faisant un billet pour mon blog, dans quelques jours. Rendre hommage à ce lecteur — lectrice que vous êtes — idéal, plutôt que de laisser vos mots perdus dans les plis de cette zone-ci. M’autorisez-vous à mettre en exergue ces beaux mots sur mon livre ? (je les mettrai déjà dans la rubrique « ils l’ont dit », ça c’est certain). Je vous demande ceci aussi parce que HYROK, sorti dans une petite maison d’édition, n’a bénéficié d’aucune publicité, aucune promo, rien de toutes ces choses qui aident les livres à exister un peu. Sorti à peu d’exemplaires (pour l’instant), il ne fonctionne que sur le bouche à oreille, et son « chemin » sera très long. (Ce qui lui correspond finalement assez bien.) Loin des bruits et des hurlements, de l’empoignade. Mais ce genre d’évènement, évènement que vous créez là, que seul le net permet, ne peut que lui être bénéfique je pense. Quoi qu’il en soit, de tout coeur, merci « christiane ». (mon adresse courriel : nlrcontact{at}noos.fr, au cas où.)

  47. christiane Says:

    Ces mots vous appartiennent, Nicolaï, puisque je les ai posés ici. C’est tellement fragile d’entrer dans la lecture d’un livre. Il vient de si loin et nous aussi. Il se peut que nos deux univers ne se rencontrent jamais. Et puis parfois cet arrêt du temps. Le livre vous attendait. Et dès les premiers mots il fait mal et il fait du bien. Il s’insinue dans tous les renoncements, toutes les peurs qui pèsent en notre mémoire. Il met à nu parce que l’auteur a pris le risque de l’écrire avec le profond de lui, ses peurs aussi, ses renoncements, ses lambeaux de rêve. Alors on s’assied à la table du livre et on se repose car lisant on se sent accueilli. Le miracle de votre livre c’est de mettre noir sur blanc les remous profonds de notre conscience et de faire la lumière sur les exigences du corps, sur les désirs, sur cette recherche éperdue de la jouissance comme un musèlement du désir. Mais le désir est là, intact, têtu comme une bourrique, à chaque page parce qu’il a à exprimer plus haut que la jouissance, le chemin, le chemin de vie, ce qui nous fait nous relever après chaque épreuve, ce qui fait que nos rêves même avec du plomb dans l’aile s’arrachent à la mort. Peut-être la mort attend-elle Louison ? Je ne sais pas encore mais si cela était ce serait un envol, cela j’en suis certaine. Un envol vers le blanc d’une autre lumière. Votre livre m’est arrivé à un moment où j’interroge la vie, ma vie et celle d’êtres proches. Est-ce qu’un jour on se dit « assez », c’est « assez » ? et ce combat d’une âme est proche de ceux écrits par Bernanos. Il ne peut y avoir que deux couleurs à la fin : blanc ou noir. On dit que Soulages, enfant, peignit un paysage de neige à l’encre noire. Je pense aux poèmes de Roubaud « Quelque chose de noir » et à la mort de Pavese et à celle de Pasolini. Je pense à Camus, à la plus belle scène qu’il ait écrite dans « L’exil et le royaume » : « La femme adultère ». Cette femme qui s’ouvre à la nuit, dont le corps ne tremble plus, cette femme qui s’emplit de l’eau de la nuit et qui gémit. Elle est ce rêve d’amour de Louison, un rêve inaccessible dans sa vie déchirée.
    Qui je suis ? cela n’a aucune importance. Disons une lectrice qui est entrée dans le silence de ce livre difficile…comme la vie.
    Merci d’avoir accueilli ces mots tout maladroits comme des premiers pas dans le dialogue après l’immense silence de la lecture. Mettez-les où vous voulez. Je vous laisse car…Hyrok m’attend !

  48. Nicolaï Lo Russo Says:

    Soulages n’a jamais fait autre chose que de chercher la lumière dans le noir. Une vie. Quant au blanc, il est de votre variété : celui des anges qui passent. Rien n’est jamais fini, christiane, rien.

  49. christiane Says:

    C’est étrange que vous écriviez ces mots alors que je lis les dernières pages de votre livre. J’aurais tant de choses à vous dire sur Vio, admirable personnage et sur le narrateur qui apparaît entre deux lignes, insolite, créant une troisième dimension dans le temps du récit. Celle de l’enfant devenu l’héritier et ô combien de cette histoire-là.
    Je sais que rien n’est jamais fini sauf peut-être si un ou une casse en route le fil de l’histoire et qu’il ne peut plus sortir de la grotte où il a affronté son minotaure. Avez-vous déjà perdu un ami. La mort elle met un silence dans les mots, un silence qui dure tout le reste de la vie. Heureuse que ce soit un livre. A un moment j’étais tellement dans votre histoire que j’ai oublié que c’était une fiction. Ô Prométhée. Qu’allez-vous faire de vos créatures ? Il me reste une trentaine de pages à lire. J’imagine que le livre devienne inaccessible et sur le papier et sur le net et que ça s’arrête là. Ça serait terrible, terrible car il me manquerait le dernier morceau du puzzle, celui qui donne le sens à la première page du livre et à toute cette histoire. Je me demande, arrivé à cette page ce qui se passait en vous. Tout allait dépendre de votre plume. Le romancier, à l’égal d’un dieu, droit de vie et de mort sur ses créatures. Et eux vos personnages si vous les rencontriez… Que vous diraient-il ? Seriez vous leur créancier ou l’inverse ? Magnifique ! vraiment. Bon je le veux à moi toute seule cet épilogue. Silence… net !

  50. christiane Says:

    Ô, j’ai trouvé, Nicolaï, vous aviez raison : rien n’est jamais fini. Je n’ai pas pu refermer le livre alors j’ai relu la première, la deuxième, la troisième… et je ne peux plus m’arrêter car maintenant il y a de la lumière partout sur tous les mots. C’est bourré de tendresse ce livre parce que vous avez été jusqu’au bout de la souffrance, vous n’avez pas flanché. Oh c’est trop beau ! je recommence ! Bon, je vous laisse !… HYROK !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    (ah, encore une toute petite chose « A FLEUR DE BLOG » j’ai adoré – dont l’inénarrable avalanche du mobilier de la voisine du dessus ! et ces sessions MSN entre « Jonnny_John » et « Flower_the_bee » : incroyable décalage.
    Une belle fugue où il y a un cheveu d’ange entre le malheur et le bonheur….)

  51. christiane Says:

    Nicolaï j’ai tenté de vous envoyer quelques mots sur nircontact@noos.fr et le courrier m’est revenu ! tant pis !

  52. christiane Says:

    Voilà c’est rectifié ! c’était juste pour ne pas rester anonyme tout en le restant sur le blog mais c’est la même parole de lectrice tellement ravie de cette rencontre autour de ce si étrange livre qui me passionne .

  53. christiane Says:

    il manque un mot cher à Shakespeare, désolée pour l’oubli d’être !

  54. =§ :o)= fanfreluche Says:

    moi ca me rappelle dahlia quand elle a lu 500 pages pendant toute la nuit, chez leo mais ici j’aime pas trop quand quelqu’un m’oblige de lire comment il faut lire sinon il y aURA même plus la surprise, donc je boude paske. ;)

    • Nicolaï Lo Russo Says:

      Oui, c’est tout à fait exact chère =§ :o)= fanfreluche, Dahlia c’était très captivant, personne n’avait lu ce texte (encore manuscrit) mais vous conviendrez qu’il y a là, outre le fait que je ne connaisse pas du tout « christiane », une analyse de mon roman, un ressenti, que je trouve particulièrement sidérants d’acuité, de générosité aussi. Pour moi c’est très significatif. Et c’est une grande joie.
      J’en ferai jeudi certainement un billet spécial, aussi pour annoncer la soirée du 11 mars…

      Et puis personne n’oblige quiconque à lire quoi que ce soit, hein :)

  55. =§ :o)= fanfreluche Says:

    mais oui, cher colia, vous savez bien que c’était pour du rire et je ne sais rien de la soirée que vous annoncez. vous savez les poupées de chiffon n’ont pas toujours un sort enviable. ma meilleure amie d’enfance se nommait christiane, alors… je sais qu’elles sont rares.

  56. christiane Says:

    Fanfreluche,
    Je comprends ce que vous ressentez. Je n’essayais pas « d’expliquer » un livre mais d’offrir à son auteur des réactions d’une lectrice en cours de lecture. Les mots que nous écrivons les livres refermés sont différents car nous avons parcouru tout le livre. Ici, quand je posais ces petits posts de rien du tout , je ne savais pas comment allait évoluer le roman et c’est cela qui me paraissait intéressant, être sur une piste et la suivre, et avoir la chance de pouvoir vivre cela avec l’auteur. Je crois que le lecteur crée le livre au moment où il le lit, que chaque lecture est différente, que nous ne recevons pas de la même façon les mots, l’histoire, le style de l’auteur car un livre se glisse dans notre mémoire, la réveille, dans nos questions, les modifie ou les amplifie.
    Un monde de livres sans lecteur ce serait comme un homme seul sur une île perdue au milieu de nulle part. Je crois que les artistes, les écrivains cherchent aussi un dialogue, un écho de l’impact de leur oeuvre. Comme vous avez pu le remarquer ce n’est pas mon métier (la critique littéraire) juste, j’aime lire et les encouragements de Nicolaï m’ont conduite à continuer ce partage.
    Et vous comment avez-vous traversé ce livre, si ce n’est pas indiscret ?
    amicalement de lectrice à lectrice.

  57. Zarmo Says:

    C’est vraiment passionnant ce qui se passe, on voit vraiment arrive par/dans la lecture, re-création du livre, je vous remercie Christiane, car la solitude est grande de celui qui se risque à écrire & encore plus quand il crée carrément en direct, que des centaines de personnes lisent et que seulement trois ou quatre se risquent à commenter, enfin bon, c’est moins dur que d’aller à la mine tous les jours, bon, à propos de mine le titre du recueil de poèmes de Roubaud, après le deuil de sa femme, morte très jeune, c’est « Quelque chose noir » et non « Quelque chose DE noir », enlever un mot rend parfois le texte plus fort…De la musique avant toute chose…
    Merci de nous accueillir Nicolaï… et à bientôt, peut-être.

    • Nicolaï Lo Russo Says:

      Merci à vous Zarmo voyons ! C’est bien grâce à vous tout ça. (Et oui : totalement d’accord avec ce « quelque chose noir »…)

      Un courage, un risque certainement, que de commenter comme le fait Christiane. Mais elle passe l’obstacle avec panache.

  58. christiane Says:

    Oui, Zarmo. Je m’en suis rendue compte trop tard. J’écris souvent si instinctivement que les mots jouent à saute-mouton. Je me sens bien dans l’écriture de Roubaud, un taiseux de génie.
    Tout cela vient de vous ! Je me souviens de cette banderole en haut de votre page d’accueil et de ce chemin de combattant pour arriver jusqu’à cette page ! Vous, les auteurs intrépides, vous êtes nécessaires sur la toile car combien de manuscrits refusés, renvoyés avec des lettres laconiques par des maisons d’éditions. Combien de livres n’auront jamais la chance d’être lus ? Alors, cet accueil inouï de Léo Scheer aux manuscrits qui cherchent lecteurs, c’est épatant ! L’écriture trouve de nouvelles filières par le net. Mais c’est terrible ce face-à-face avec des centaines de lecteurs inconnus… Il faut un sacré courage ! mais quelle chance aussi pour nous lecteurs.
    J’ai vécu sur cette page une expérience fantastique : lire à mon rythme, m’arrêter, m’interroger sur ce que ces pages éveillaient en moi. Jamais je n’ai eu autant l’impression de sentir le roman se construire. La proximité de l’auteur y était pour beaucoup même s’il restait silencieux mais encourageant. Je luttais parfois pour regarder les mots qui me faisaient peur, tout ce langage très cru pour parler du sexe et qui parfois mettait la femme plus bas que terre. Et puis ce langage d’homme me faisait rougir mais m’intéressait. Enfin je comprenais ce qui se passait quand un homme est habité d’une recherche effrénée de jouissance et je découvrais que c’était une sorte de libération mais pas un bonheur, pas une joie. Il fallait que ce personnage marche plus loin, différemment. Il fallait que la femme devienne belle. Que la méchanceté affronte l’amour, la grâce. La langue de Nicolaï me faisait pressentir que le voyage valait le coup : pas de concession, pas de mièvrerie, pas de sadisme ni de voyeurisme. Le boeuf écorché de Rembrandt…Cette fascination devant ce que vous écriviez : « l’alliance du sublime et du sordide ».
    Ces rencontres littéraires sur le net c’est une chance infinie. Des moments de communication sur le mystère du livre dans le grand silence de la lecture et de l’écriture.
    Il faut juste se réserver car la toile est immense et beaucoup écrivent et beaucoup veulent être lus. Mais l’écriture est une ascèse, une éthique qui rend minimes les textes à retenir dans cette moisson infinie.
    J’ai aimé pouvoir tenir ce livre de papier entre les mains. C’est parfois frustrant de lire, ne lire que sur l’écran, un peu fatigant aussi mais il y a les liens (chez vous, surprenants) et la possibilité parfois, sur certains blogs, de laisser un commentaire.
    Oui, je crois qu’il y a création dans l’acte de lire comme dans celui de contempler une oeuvre d’art. Ce n’est pas facile de lire, encore moins d’écrire. J’ose penser que ce ne sont pas deux activités naturelles. Je crois que c’est une douleur, un manque qui mènent aux deux.
    Parfois un texte ouvre une porte et deux paysages se rencontrent le lecteur et l’auteur. Et la vie en est transformée, habitée, moins difficile… Bonsoir Zarmo

  59. Iris Says:

    Christiane,

    Je suis en train de me demander si vous ne venez de créer ce que tout écrivain doit rêver en secret sans oser jamais le demander ? Oui, un lecteur séduit qui, si j’ose dire, lui livre de l’oeuvre mille et un nouveaux visages de lui sans doute encore inconnus ? Je ne me souviens plus qui disait qu’un livre c’est comme une bouteille qu’on lance à la mer. C’est un réel bonheur de lire vos commentaires.

  60. christiane Says:

    Ah, c’est très beau, Iris, ce que vous écrivez là. C’est un travail de Pénélope : tisser les mots de la même et fidèle tapisserie jusqu’à la rencontre de l’auteur. Allez, intuitivement entre chaque ligne de laine entrecroiser nos mots aux siens pour que vienne cette toile fiable et ne pas hésitez à défaire, à refaire, le travail de lecture jusqu’au sens enfoui, celui-là même que les mots cachent encore comme suivre un chemin initiatique.
    Une bouteille à la mer…
    Quand j’étais enfant j’ai rencontré un vieux monsieur qui, patiemment, construisait avec de minuscules morceaux de bois, un bateau dans une bouteille. Le monde était inversé. J’étais perplexe. A quoi pouvait bien servir un bateau dans une bouteille ? et qu’adviendrait-il du bateau quand la bouteille serait jetée à la mer. Cela devenait l’histoire de Jonas. Les bateaux étaient-ils enfermés dans des bouteilles qui, elles-mêmes étaient enfermées dans le ventre de la mer ? Et si un poisson avalait la bouteille .
    Le livre ? N’est-ce pas un bateau enfermé dans une bouteille et le lecteur, intrépide Aladin, débouche lea bouteille et un grand voilier surgit de ce minuscule habitacle pour cingler vers la haute mer et nous emporter à son bord…
    Ecoutez ce que dit Louison à la page 141 :
    « Je m’efface du monde. Quand la vraie cassure, irréversible, va-t-elle se produire ? Impossible de répondre. Je ne sais quelle force intérieure me fait résister à tant d’adversité, me fait supporter ces banderilles, cette lente agonie… »
    Un livre c’est comme un « bateau coulant dans l’eau fermée… » les voiles et le grand vent c’est le lecteur qui les lui donne…

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