Archive for the ‘Littérature & Edition’ Category

Ecrire (1)

4 mars 2013

A.Martin

                                                                                                          (Oeuvre d’Alicia Martin)

QUELQUES CONSTATS A L’ATTENTION DE CELUI, OU CELLE, QUI VOUDRAIT SE LANCER, AUJOURD’HUI, DANS L’ECRITURE D’UN OUVRAGE DE « LITTERATURE FRANÇAISE ».

D’abord, un paradoxe, accablant : Frénésie d’écriture versus Temps de lecture réduit. Tout le monde écrit, se rêve en « écrivain » : du retraité qui veut raconter sa vie, à l’étudiant(e) qui veut partager ses fantasmes – ou ses peines (souvent les deux, pour le pire).

L’augmentation des titres suit une courbe exponentielle (d’un facteur x4 depuis 1975 ; « chiffres clés du livre », INSEE 2008). Alors que le temps de lecture, autrefois voué qu’aux livres, aux lettres et aux journaux, s’est progressivement vu éclaté parmi de multiples nouveaux supports  : blogs, SMS, Twitt, tchats, forums, news en ligne, etc.) ; condamnant bien souvent la « lecture profonde » au profit de la « lecture superficielle » et du zapping hystérique.

Dans les années 70-80, pour un auteur, vendre 5000 livres était considéré comme un cuisant échec éditorial ; en vendre 10.000, une « déception ». Aujourd’hui, des chiffres pareils, c’est plutôt un « conte de fées ». Un peu plus de 10.000, c’est quasi un « best seller ».

Si un simple chroniqueur de journal national a plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de lecteurs par article, un auteur de roman a, lui, en moyenne, un petit millier de lecteurs ; et encore, quand ceux-ci finissent – voire commencent – le livre qu’ils ont acheté – ou qu’on leur a offert.

Si c’est pour être lu, soyez plutôt chroniqueur. Ou journaliste.

Vers la fin du XlXe, le top des ventes c’étaient Flaubert, Maupassant, Hugo, Zola…

Aujourd’hui, le top c’est Lévy, Musso, Gavalda…, et bientôt Iacub ; (suivent quelques auteurs anglo-saxons type EL. James, auteure de « Cinquante nuances de gris », sorte de Harlequin vibro/latex). Houellebecq, le « plus grand écrivain français contemporain », est loin derrière. On peut donc parler, sans trop se tromper, de littérature sous « respiration artificielle ». D’ailleurs, pour éviter cet accablant constat, d’aucuns parlent plutôt de littérature-s. Avec un S. Ouf, sauvés.

Aujourd’hui, – et c’est enfoncer une porte ouverte –, pour vendre des livres, il vaut mieux passer à la télé. Or pour passer à la télé, un écrivain doit être beau, propre et net ; si possible assez jeune. Si cet écrivain est une femme, c’est encore mieux. Une jolie femme, mieux mieux mieux.

Sur dix lecteurs de romans, huit sont des femmes. L’inverse des jeux vidéo. Sur ces huit femmes, la moitié sont coiffeuses, masseuses ou prof de fitness. Ajuste ton tir, camarade.

Avant la « mondialisation », et le « phénomène Amazon », une librairie lambda proposait environ 70% de romans français, pour 30% de romans étrangers (traduits). Aujourd’hui la tendance est inversée. Soyez Américain, Norvégien ou Japonais. Prenez un pseudo : Ingmar Söderström, ou Yoshiko Okumi, c’est parfait.

Le ratio moyen « manuscrit envoyés par la poste/manuscrit publié » est de 1/1000, voire 1/1500. Le taux de refus est énorme. Normal, c’est souvent « très mauvais » – j’ai pas dit toujours. La tendance irait vers 1/2000 pour ces prochaines années. Face à cette sidérante avalanche de cellulose, certaines maisons d’éditions, sous apoplexie, commencent à accepter des « versions numériques », moins dommageables pour les forêts. Et pour les nerfs.

Si vous ne bénéficiez pas de passe-droit, votre manuscrit sera lu par une personne du « service manuscrits », c’est à dire un ou une étudiant(e) constamment branché sur Facebook et Twitter, pour qui l’avenir de la littérature est aussi important que l’avenir d’un jambon de Bayonne pour un Taliban végétarien. Quant à votre avenir tout court, il s’en fout royalement. Et puis vous êtes qui d’abord.

90% des auteurs de « premiers romans » sont journalistes ou ont, d’une certaine façon, un « pied dans la place ». Inutile de dire que ce ne sont pas ceux qui envoient leur « Manuscrit par la poste® ».

(Autrement dit si vous êtes vieux, moche, que vous n’êtes pas journaliste et que vous ne « connaissez personne », ça va être très difficile. L’auto-édition en numérique peut être une voie à étudier.)

Heureusement, ces données et autres lois souffrent parfois quelques exceptions. A vous d’en croiser une un soir de pleine lune, ou mieux : d’ÊTRE une exception.

Bonne chance.

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Le poteau

14 janvier 2012

Dans les yeux clairs du grand Buddy il y avait le ciel pâle, voûte immense, embuée, il y avait des arbres aussi, des résineux noirs et inquiétants, dansants comme des diables, dansant et scintillant dans les larmoiements de froid ; c’était en décembre ; (le tableau tremble sous les paupières rougies, chavire et disparaît dans un cillement ralenti).

Buddy Stanton, soixante-quinze ans maintenant, était un homme de force, un roc sec et sans faille, et puis, il faut le dire, un self made man, un vrai comme les Turtle Mountains savent encore en produire quelques fois par siècle. Stanton Supplies, les tracto-pelles, les tronçonneuses, les équarrisseuses et tout le bordel, c’est lui. Bud, mon vieux père, mon séquoia. Je vois sa vue se troubler, alors qu’on vient de quitter la véranda pour aller faire « sa marche » avec maman. Ses yeux fatigués de lutte, mais pleins d’espoir encore, de détermination. Le docteur avait dit : c’est normal que les yeux coulent, c’est les effets secondaires, ayez toujours un petit mouchoir, ça ne devrait pas être trop gênant. Pas être trop gênant. Est-ce qu’ils se rendent seulement compte les docteurs.

Marcher jusqu’au poteau. Le Saint Graal de la résistance, de la volonté. Un poteau électrique peint en vert, à 400 mètres au bord de la route St John, le dernier avant le carrefour de la 281. Faire de l’exercice. C’est important avait dit le docteur, de faire de l’exercice, de rester en mouvement. Au début, avec maman, ils allaient beaucoup plus loin, presque jusqu’au réservoir, ils faisaient le tour par Greenfield, s’arrêtaient même parfois chez les Harrison pour prendre quelque chose. Ça allait. Puis, à l’automne, c’est vite devenu plus difficile, plus douloureux surtout. Le souffle s’est mis à manquer, Bud avait des pointes il disait. Les jambes, amaigries, ne portaient plus assez loin. Mais comme il fallait bouger, activer les flux absolument, il a décidé – oui, décidé – qu’il fallait aller jusqu’au carrefour. Tout tranquillement. Et retour. C’est plutôt plat, il n’y a pas de circulation ou presque, que le bruit du vent dans les sapins. Mais c’était dur. Maman le poussait, le poussait, lui disait allez, allez, encore un peu, on y est presque, ça va aller, courage Bud. Mon Dieu. Voir ce solide gaillard marcher si lentement, si péniblement, comme s’il devait gravir une pente sévère, retenu par une main invisible. Mais il y arrivait. C’était magnifique. Chaque fois, en arrivant à la 281, il disait « c’est bon ! ». Le retour était plus serein, car le but était atteint ; ses yeux brillaient, il souriait. Victoire.

Et puis début novembre ses yeux se sont mis à tourner jaune, le foie n’allait pas très bien. L’état général s’est détérioré. Il ne mangeait plus grand chose, restait dans son relax. Il a quand même dit à maman qu’il voulait garder la marche quotidienne, au moins jusqu’au poteau, même si c’était affreux. Que tant qu’il y aurait cet objectif dans la journée, c’était une journée de gagnée. Une sacrée saloperie de journée de gagnée. Enfin, que tout n’était pas perdu. Maman, aimante comme jamais quoique anéantie par tout ça, restait positive, confiante, l’habillait, l’encourageait, lui mettait ses rangers, ou même ses raquettes, ses gros gants, son écharpe ; et départ dans le froid, tous les deux bien serrés. Un demi mile à faire : le tour du monde. A bout de force mais la distance conquise, il touchait alors le poteau  :  « c’est bon ! »,  « c’est bon ! ». Deux fois des voisins sont allés les récupérer. Cette volonté. Cette inaltérable volonté de se battre. Réussir jusqu’au poteau, mètre après mètre. Mais il s’est éloigné le poteau, il n’y a plus eu de poteau. Ce n’était plus possible.

Moi j’ai raté ma vie. Pour des raisons que je ne vais pas développer ici, oh non. Et là je suis en souffrance. La vraie. Je bois, je suis en sur-poids, (moi le sportif ! Le marathonien !), je ne sais plus quoi faire de mes journées. Tout m’échappe et se détourne de moi, même mon fils. Je vis désormais seul à Vancouver, dans la banlieue – quelle idée, aussi, d’avoir échoué ici ! C’est le nom qui m’attirait ! – ; hier on m’a coupé internet, que je ne pouvais plus payer, ah les salauds, clac, direct ; plus de réseau, plus rien. Autrement, il m’arrive de réparer des pneus pour pouvoir manger chaud, voilà, de gratter trois notes dans le SkyTrain, aussi ; et le soir j’écris. Enfin j’essaie. Des petits trucs, que je range sitôt faits dans un tiroir. Je lis parfois des romans, quand je ne suis pas trop assommé ; des écrivains qui vivaient dans des cabanes, isolés, alcooliques ; ça m’aide. C’est qu’il faudrait que je me relève, que je poursuive, que je remonte vers la lumière. Que j’en remette une couche. J’ai quitté le Dakota pour faire mon chemin, avec ma guitare, comme un grand con, et n’y suis revenu que pour les derniers jours de mon père, le téléphone n’y suffisant plus.

Quand je l’ai vu mon Buddy, à Bismarck, tout le monde était là à la clinique, maman, Claudia, Jeoffrey, Jamie, oncle Chet et les mômes. Tout le monde était réuni. On se relayait. La chambre était claire, silencieuse, virginale comme une combe à neige. Et mon pauvre Bud là au milieu du coton, le grand, le beau Bud, si maigre dans son pyjama tout propre, si définitivement condamné. (Je peux bien me plaindre, moi le bien vivant.) Un soir, juste avant Noël, le docteur nous a dit, en aparté et avec chaleur, c’est bientôt fini, c’est une question d’heures. Alors, pour la dernière fois, chacun d’entre nous est venu parler à Bud, en tout cas écouter sa respiration tout près, on peut dire religieusement. Je ne sais pas ce qu’il a dit exactement aux autres, ce qu’il a pu dire avec sa voix dont ne subsistait qu’un souffle rauque, mais à moi, à moi dont il savait les défaillances et les échecs, les tentatives vaines depuis tant d’années, les espérances déçues, les volontés détruites, à moi il m’a dit, il a eu la force incroyable de me dire, en me prenant la main, les yeux soudain grands ouverts : Le poteau… Tu sais… Tu te fixes un poteau… quelque chose… C’est ça l’important… Tenir jusqu’au poteau…

Leurs mots oubliés

15 septembre 2011

Dans les dictionnaires, les ouvrages érudits, il est fréquent de trouver quantité d’aphorismes, de citations, de formules, de pensées brillantes distillées par des personnages plus ou moins célèbres, et dont on leur reconnaît en général une fameuse intelligence. Mais c’est oublier les propos pour le moins étonnants, parfois truculents, qui ont pu sortir de la bouche sagace de ces même personnages et que l’histoire, pour de sombres raisons qu’on évitera de discuter, n’a pas jugé bon de retenir.

Après quelques recherches assez laborieuses sur les rivages les plus reculés de l’Internet, et ceux tout aussi lointains de ma mémoire, il m’est apparu un florilège de ces remarquables paroles.

En voici quelques unes, parfois brèves, mais – espérons que vous en conviendrez –, savoureuses :

(Par facétie, je me suis accordé deux ou trois permutations (pas plus !). Saurez-vous, joueurs que vous êtes, rétablir les quelques attributions erronées ?)

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« Rien de tel qu’une bonne nuit de sommeil. » (Abraham Lincoln)

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« Il y a la main, puis le coude, et enfin l’épaule. » (Le Corbusier)

 *

« Par l’escalier ! Par l’escalier ! » (Gaston Gallimard)

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« Pensez au lecteur qui pourrait interrompre sa lecture. » (Jacques Mesrine)

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« C’est à vous, je crois, cette écharpe. » (Victor Hugo)

 *

« Le steak haché se garde moins longtemps. » (Stanley Kubrick)

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« Un accident ça peut arriver comme ça, n’importe quand. » (Louis Pasteur)

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« On reçoit toujours le courrier un peu avant midi. » (Agatha Christie)

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« En 43, le gros orteil touche. » (Fabrice Lucchini)

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« Leur nombre a explosé ;  terrible cette odeur. » (Michel Houellebecq)

 *

« Les feuilles mortes bouchent la grille et ça ne s’écoule pas. » (Karl Lagerfeld)

 *

« Je n’ai jamais cru à cette histoire de raviolis. » (Albert Einstein)

 *

« L’ammoniaque est la solution aqueuse du gaz ammoniac. » (Estelle Lefebure)

 *

« Ça risque de péter, rentrons les poufs. » (Haroun Tazieff)

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« Faut se détendre. » (Gérard Depardieu)

 *

« On n’imagine pas la taille que ça peut avoir un chou-fleur. » (Jacques-Yves Cousteau)

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« J’aime bien la musique. » (Zinedine Zidane)

 *

« La fourchette se met à gauche. » (David Guetta)

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« Un bon tiens vaut mieux que partir à point. »  (Jean-Philippe Dussol)

 *

« L’ampoule du frigo, ça se change. » (Neil Armstrong)

 *

« Fait chier ces moustiques. » (Jacques Chirac)

 *

« Pendant la cuisson du saumon, on peut téléphoner. » (Liliane Bettencourt)

 *

« En ouvrant la bouche ça irait mieux, déjà. »  (Edouard Manet)

 *

« Le ciel est bleu. » (Charlotte Gainsbourg)

*
(…)

HYROK, Edition Spéciale

13 décembre 2010

Les histoires d’amour finissent bien en général, jugez plutôt : Ayant cet automne sauvé des eaux Louison Rascoli, Violette Vance (dite Vio), Hope Rascoli-Vance et Luciolo Badalamenti, valeureux protagonistes de HYROK — roman édité par la maison Léo Scheer du 18 septembre 2009 au 29 septembre 2010 —, j’ai tout loisir désormais de faire ce que bon me semble de ces personnages, de cet ouvrage déjà « culte » selon certains nez creux — très en avance sur leur temps, est-il utile de le préciser. J’en ai récupéré 67 exemplaires neufs et fringants, de ce pavé. On dit « racheter le stock ». C’est très émouvant d’avoir cette petite montagne de cellulose à la maison, d’entendre ces respirations, ces petits cris étouffés, ces étranges retrouvailles (parfois ça me réveille la nuit). A quoi vais-je maintenant les destiner ? vers quel horizon ?
Je pourrais couler tout ça dans du polyméthacrylate de méthyle, en faire un pouf design, un hyroking-chair, symbole tranquille d’un désastre éditorial (où, je le rappelle pour ceux qui n’auraient pas suivi, on a tenté de vendre le premier livre d’un inconnu sans attachée de presse, sans promotion d’aucune sorte, sans s’en occuper ; en somme : dans le silence navré des limbes ; ce qui est difficile — et c’est un euphémisme). Mais j’ai des doutes sur l’innocuité du plastique (voir post précédent).
Je pourrais en faire des confettis pour l’An Nouveau, joyeuse poussière, faire table rase de cette affaire, repartir « sur de bonnes bases coco ». Mais la petite Vio en hachis Parmentier ça ne me plaît guère — à elle non plus, déjà qu’avec le « pilon » des « retours » elle hurlait comme une sirène belge ! Non, pas les confettis alors. Promis, tite Vio.
Je pourrais en faire une tapisserie géante, ou mille abat-jour (sans « s » à jour, bien sûr), faire danser ce petit monde dans la lumière en attendant la suite de HYROK (je n’ai pas de date mais c’est prévu) ; ce serait déjà plus pertinent. Le jeu avec lumière.
Je pourrais aussi donner suite aux demandes incessantes — au harcèlement — des vingt-trois éditeurs qui me cassent les dattes depuis le matin du 30 septembre pour rééditer ce « chef-d’oeuvre » dans des conditions « fantastiques ! idéales ! sans précédent, monsieur ! Vous allez voir ! ». En profiter pour leur demander 35% sur les ventes (énormes, on n’en doute pas un instant), plutôt que 10.

Mais non. C’est trop tôt. (Et les enchères ne sont pas assez intéressantes ; voyons Messieurs, vous n’y êtes guère…)

Pour l’heure, je vais me contenter de mettre en vente 50 exemplaires numérotés de ce que j’ai pu sauver de cette première édition. Avec mes petits muscles et mes dix doigts glacés. Au prix de vingt-cinq euros l’unité, envoi compris (en France, courrier normal), et selon le protocole suivant :

– dédicace personnalisée en page de garde ;
– timbre à sec bas-relief de mon logo et signature ;
– numérotation croissante 1 à 50 « Collector » ;
– ajout de la mention « jusqu’au 29 septembre 2010  » suivie d’un paraphe NLR, à la suite des mots Editions Léo Scheer en couverture. (Procédé qui évite le fastidieux, assez laid, et surtout devenu inutile « caviardage du nom de l’éditeur » — secret de Polichinelle à l’heure du web…)

Voilà m’sieurs dames. Je me marre. La vie est belle, I am free. D’ores et déjà : BON NOËL !

PS :
Pour lire la quatrième de couverture, c’est ICI. Des avis et .
Pour me contacter par mail (et obtenir mes coordonnées postales, commander en envoyant un chèque…), l’adresse se trouve en haut à droite de la page principale de ce blog (brossegherta@…)

HYROK, les chiffres

12 octobre 2010

©Jim Shaw

Certains ont pu voir, ces derniers temps, que je m’intéressais aux nombres, aux chiffres (à leur représentation). C’est qu’ils sont comme les images, ils parlent, ils signifient. J’aime beaucoup les chiffres. Or je viens de recevoir, de mon cher éditeur – un moment que je l’attendais –, le premier arrêté de comptes pour mon roman, HYROK, paru il y a un an précisément. J’en ai profité pour faire un petit bilan – chiffré donc – de cette expérience humaine riche en enseignements que fut l’aventure, totale et stupéfiante, de la rédaction et de la publication de ce « grand premier roman » – je reprends ici l’expression d’une des mes peu nombreuses (mais ô combien fidèles) admiratrices. C’est donc avec une réjouissance non feinte, presque fébrile, que je m’empresse ci-dessous de vous faire partager ces données « chiffrées »… (D’autant qu’on aborde, selon certains observateurs drôlement perspicaces, l’ère de la « transparence ». Soyons précurseurs.)

Vous avez tout loisir de commenter après lecture, bien entendu. Voici :

ÉDITEUR :

Ouvrage : HYROK (roman) ; 516 pages. Prix public : 19 euros.

Éditions Leo Scheer, collection « M@nuscrits ».

Dernière version du tapuscrit remise à l’éditeur : fin mai 2009

Début des corrections : fin août 2009

BAT (Bon à Tirer…) : 17 septembre 2009

Sortie imprimeur : 23 septembre 2009

Exemplaires imprimés : 1000

Exemplaires « presse » envoyés aux journalistes et blogueurs : 89 (dont une bonne moitié avec un mot perso de l’auteur).

Sortie publique : 7 octobre 2009

Exemplaires  « pour l’auteur » : 20 (j’en ai gardé 4, le reste a été distribué, offert.)

Exemplaires « mis en place » par les libraires (près de 4000 points de vente en France, Suisse, sites en ligne…) : 724

Ventes nettes au 30 juin 2010 : 216 exemplaires.

Retours : 508 (la plupart, un peu abîmés donc invendables, seront envoyés vraisemblablement au pilon.)

Dans les « mouvements d’inventaire » : 61

Stock neuf chez le distributeur au 30 juin : 106

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TRAVAIL :

Temps de prises de notes, plan, documentation, réflexion, etc (pour autant que ce soit quantifiable en heures, la nécessité d’écrire HYROK étant intervenue pour moi début 2005) : 1h par jour, soit environ 400 heures.

Temps d’écriture effective de la version 1 du manuscrit : 4h/jour exactement, du 1er mars au 26 octobre 2006, dimanches non compris, soit environ 960 heures.

Temps de réécriture et travail des versions suivantes (2 à 9 – cette dernière apparut en ligne sur le blog des Editions Leo Scheer de septembre 2008 à juin 2009, occasionnant plus de 500 téléchargements) : environ 400 heures.

Temps de corrections avec Julia Curiel, éditrice aux éditions Léo Scheer : environ 30 heures.

Temps de fabrication des tapuscrits initiaux, envois, lettres manuscrites à 26 éditeurs, puis dépôt en personne à 20 d’entre eux : environ 25 heures.

Total : 1915 heures (soit 239 journées de travail d’un ouvrier, quasi une année calendaire).

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COÛTS de PRODUCTION (pour l’auteur) :

Frais de fabrication de 17 tapuscrits (à dos collé) envoyés à 26 éditeurs (en plusieurs vagues, donc avec réutilisation possible des tapuscrits retournés en bon état) ; 28 euros x 17 =  476 euros

Frais d’envois de 6 tapuscrits (les autres ayant été déposés par mes soins, comme j’habite Paris) : environ 40 euros

Frais personnels d’envois du livre publié : environ 50 euros

Buffet/boissons pour la Soirée HYROK du 11 mars 2010 organisée par moi-même : 517 euros

Frais divers :  env. 100 euros

Total : 1183 euros

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RÉSULTATS DES EFFORTS :

Nombre d’articles parus dans la presse « papier » : 3 (deux courts articles en presse périphérique, dus à la bienveillance d’une connaissance perso ayant sincèrement aimé le roman ; plus un « confetti » dans le Service Littéraire, qui m’a fait plaisir malgré ses deux lignes top chrono.)

Nombre de blogs ayant rédigé une critique ou un avis sur le roman : 9

Nombre d’ouvrages vendus (voir plus haut) : 216 (autant dire : aux amis, amis d’amis, à la famille, pour une grande part.)

Montant du chèque établi à mon nom par l’éditeur le 29 septembre 2010, suite au relevé de juin : 302 euros.

Emissions de radio/télé, parlant de HYROK : zéro

Lectures / Salons du livre / Signatures librairie : zéro

Prix littéraire : 1 (le Prix Léo Némo 2010, de l’Université Méditerranéenne de Pataphysique – très grand honneur. Si si !)

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DIVERS :

Amis véritables (de longue date…) perdus lors de l’aventure : 2 (une femme, un homme). Jalousie possible, incompréhension, déphasages divers, doivent absolument être pris en compte lors des processus abyssaux d’écriture/publication (et plus globalement de création). Créer isole. Et c’est indépendant de la réussite (ou de l’échec) de l’oeuvre. Bon à savoir.

Relations virtuelles sympathiques (sur le web, les blogs divers) engendrées pendant l’aventure, un peu moribondes depuis (ben oui, tout passe) : environ 10 (faudra songer à réactiver hein, à l’occasion…)

Relations réelles, et intéressantes, avec suivi IRL, engendrées pendant l’aventure : 3 (ouf ! quand même. Ils se reconnaîtront.)

Animosités déclarées, personnes haineuses à mon endroit, engendrées pendant l’aventure : 8 (Eh oui, la littérature est un sport violent.)

Personnes chères qui, par leur silence, leur peu de soutien, leur absence totale d’intérêt ou leur hypocrisie, m’ont déçues : 27 (mais je ne leur en veux pas, c’est la vie.)

Personnes inconnues ou peu connues de moi, qui, par leur lecture attentive, leur enthousiasme, leur mots, leur implication, m’ont apporté de la joie : 11. Venez là que je vous embrasse.

Poids (en kilos) pris par l’auteur entre le printemps 2006 (début de l’écriture) et l’été 2010 : 10. La station assise, les soucis, l’état semi-dépressif, peuvent chez certaines personnes engendrer une nette prise de poids. C’est bien connu.

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Voilà pour un premier bilan chiffré, que j’ai souhaité le plus exact possible, le plus proche de la réalité des faits.

Chacun tirera les conclusions qu’il voudra, selon son expérience, ses propres souhaits, et aussi ses fantasmes. Je lui laisse aussi aussi le soin, s’il aime étonner ses amis, de jouer à l’arithmétique amusante (argent dépensé vs argent gagné, productivité du travail, quotient psycho-énergétique, coefficient de plaisir net, etc.). C’est trépidant vous verrez.

(J’entends à l’instant les derniers chiffres d’audience de « Secret Story », dingue ! : vous avez été plus de 3,5 millions à regarder l’émission ! Oui : millions ! Mille fois mille ! Comme dirait un vieux copain ufologue : « c’est phénoménal !… »).

Tiens, en parlant de MILLIONS, j’y retourne

1/1000

28 juin 2010

Représentation (en vert) de la probabilité moyenne d’être publié par une maison d’édition, en envoyant son manuscrit par voie postale. Un manuscrit sur mille reçus connaîtra une vie – courte – en rayons. (Cliquer pour agrandir.)

Oui, ça peut décourager. Mais bon travail quand même, amis du verbe ! L’essentiel étant d’y croire…

(powered by Processing & the Numbers Drawing Machine (V3). Coded by Pierre-Emmanuel Huc & NLR)

L’ivre de Z.O.B

20 juin 2010


Septembre 2012. Paris VIe arrondissement, Saint-Germain-des-Prés, vers 17 heures.
Dans le silence capitonné d’un bar d’hôtel, un homme seul, petite soixantaine étriquée, est assis à une table, un peu à l’écart. Il mange avec lenteur des oeufs brouillés.
Son iPhone 6G se manifeste discrètement au fond de son veston. Dans un geste mesuré, il prend l’appel.

– Allo.
– …
– Allo ?…
– …
(Bruits de respiration, à l’autre bout du fil…)
– Qui est à l’appareil ?
– …
– Je vais raccrocher. Allo ?
– … Mickael ?
– Oui, qui est–ce ?
– … Je viens de finir votre livre…
– Mon livre.
– Oui !
– Z.O.B ?
– Oui !
– Et ?
– C’est inadmissible !
– Inadmissible. Bien. Qui êtes-vous, je vous prie ?…
– …vos théories ! Tout ce fatras humain ! qui souffre !… Et ce sexe, partout ! Quel désastre ! La fin du Monde !… C’est terrifiant !…
– Ok, ok… Comment avez-vous eu mon numéro d’abord ?… Vous êtes critique littéraire ?
– …
– Allo ?…
– Je suis Dieu.
– Allons donc. Vous êtes Dieu et moi je suis un vilain pécheur, c’est ça ?
– …
– Bon… Ça vous a pas plu ce livre… C’est fort possible, remarquez… Pardonnez mes offenses Seigneur !… (Il étouffe un rire bref…)
– Vous allez entendre une déflagration.
– Une déflagration ?
– … Une déflagration et puis plus rien…
– C’est à dire ?…
– Plus rien vous entendez !
– Mais…
– Plus rien après la déflagration !
– Ecoutez monsieur… Vous allez déjà me dire qui vous êtes… D’accord ?
– …
– Et… qui vous a donné mon numéro… Je… J’aimerais d’abord vous situer vous comprenez… Vous…
– Vous êtes un dangereux mécréant Monsieur Wallbook ! Un envoyé de l’Enfer !
– Allons, allons… En plus vous tombez mal j’ai une séance de signatures dans un quart d’heure, j’allais m’en aller…
– … Salaud ! Suppôt de Satan !…
– Oh là, oh là… On se calme… Vous me paraissez bien agité… Voyons… Euh… Qu’est ce qui vous tourmente comme ça ?… Vous l’avez vraiment lu ce livre ?… Jusqu’au bout ?… Il y a un peu de lumière à la fin quand même… Une lueur d’espoir… Non ?
– …
– Vous trouvez pas ?…
– …
– Dites-moi quelque chose, je vais devoir raccrocher… C’est une farce ?… Non, franchement, c’est stupide ce petit jeu…
– J’ai un Glock.
– Un Glock ?… Qu’est-ce que c’est que ça encore ?…
– … avec une 9 millimètres Parabellum dans le canon… pas loin de la tempe…
– Ecoutez cher monsieur… Si vous êtes Dieu, vous allez parfaitement maîtriser la situation n’est-ce pas ?.. et tout va s’arranger, vous allez voir… Je…
– On va rien voir du tout !… Vous êtes un fumier, voilà l’histoire !… Un
fumier qui a complètement anéanti mes projets !… C’est abominable ce que vous écrivez sur le sexe ! Abominable et… et… et dégueulasse !
– Comme vous y allez… Non, vraiment… Je vous en prie détendez-vous! … Je suis très ouvert au dialogue vous savez… Je vous assure… Je… J’ai pas beaucoup de temps là mais je vous promets…
– Ha ha ha ha ha !… Eh Mickael !!!… Eh man !… Rilax!… Cool ! …. On s’décontracte !… Tu vas bien ?….
– … !!!…
– C’est MOI, Mickael !…
– … François ?… T’es con toi alors…. je reconnais pas ta voix…
– …
– C’est toi François ?…
– … Comment qu’elle va ta chemise à carreaux ? Bien repassée ?
– … ?!?…
– Hé Mickaeeeeel ! …
– J’apprécie pas du tout… Qui que vous soyez !… C’est quoi ces conneries ??
– Ben quoi ? Tu t’es fait opérer du sens de l’humour, fils ?
– Je trouve pas ça drôle. Vraiment ! C’est même tout à fait déplorable… Je ne sais pas qui vous êtes… Ni qui vous envoie… Vous m’insultez… C’est facile. (…) (Il entend des gémissements de l’autre côté, comme des sanglots étouffés…) (…) Allo ?… Vous êtes là ?… Allons… remettez-vous, quoi… Je suis désolé si…
– Vous en avez dans le pantalon en tout cas !… Rien ne vous fait peur Mickael !…
– Qu’est-ce que vous lui voulez à Mickael, merde à la fin !…
– T’en as une grosse ?…
– Je vous demande pardon ?!…
– Comment elle est ?…
– …
– Allez dis!…
– Bon… Là ça devient grotesque. Je vais vraiment raccrocher…
– Minute ! c’est pas fini… Tu connais le nitrate d’ammonium, fils ?
– … Pas plus que ça… Pourquoi ?
– Tu veux plastiquer l’Islam… la guerre sainte, tout ça… et tu sais pas ce que c’est le nitrate d’ammonium ?… Ben dis donc, fils !… Faut te renseigner !
– QUI est à l’appareil ??? Dites-moi au moins qui vous êtes, enfin !
– Y a un pote à moi, Farid, dans ta librairie à la con… y s’balade au milieu des chefs-d’oeuvre de la rentrée littéraire… Wha ha ha ha… Paraît qu’y a un monde fou qui t’attend… des belles gonzesses… jeunes… J’suis en contact direct avec lui…
– Et ?…
– Et y a deux trois kilos de nitrate qui traînent dans son costard à Farid !… Suffit d’un rien pour que ça pète ce truc… Une petite contrariété… Enfin ch’te dis ça, fils… c’est toi qui vois !…
– C’est des conneries ou quoi ? Qu’est-ce que vous voulez putain ? (Il sort un mouchoir, s’éponge le front…) Ça commence à bien faire je vais appeler la police…
– Avec quoi, fils ? Tu raccroches, tu fais un faux pas, et ta librairie elle  est pulvérisée.. comme à la page 340 tu te souviens ?… Et arrête de faire des grimaces au barman… arrête de bouger !…
– Ça va, ça va… Vous êtes où, là ?… C’est quoi le deal ?… (Il se lève, éprouvé, scrute les alentours, cherche une aide improbable, un regard…)
– Y’a pas de deal, fils… Allah négocie pas avec les intellos dans ton genre… J’ai dit bouge pas, tu bouges pas !…
– … Qu’est-ce qui me prouve que vous…
– Attends, fils, j’te passe une admiratrice, attends… (…) Allez parle salope !… (Une voix féminine, apeurée, remplace celle de l’inconnu…)

–…Mi…Mi..ckaeeeel !…. Je vous en priiie !… Faites… faites ce que…

– Oui ??… Dites-moi !… (Un coup de feu, à l’autre bout du fil, le fait sursauter…) Allo ??? Qu’est ce qui se passe bordel ?!! Qu’est-ce que vous foutez putain de bordel ?!! (L’inconnu reprend le combiné.)
– Y s’passe que la cervelle… Je viens de changer la moquette… Ça m’embête ces taches, fils… Ça me désoblige un petit peu… Tu vois ?
– Mon Dieu !… (Il se rassoit, livide, se tenant à la table…)
– Comme tu dis, fils… Ton Dieu… Tu m’as pas répondu tout à l’heure…
– Comment ça ?…
– Got a fuckin’ big ?… T’en a une grosse, fils ?
– Une grosse ??… Vous voulez dire…
– Oui…
– Euh… ben… ça va…
– Plus grosse que tes p’tits bras ?
– C’est quoi ces questions…
– Tu peux nous montrer ça ?
– Hein ? Comment ça ?… Ah !… j’ai un double appel… excusez-moi un instant…
– Stop fils ! Réponds pas !… Tu’m prends pour un bouffon ?…. Sors-la !…
– Quoi sors-la ?
– Ta queue. Tu la sors ta queue de branleur et tu commences à te branler…
– … Je suis dans un bar !
– Je sais. Justement !… Sors-la j’ai dit !
– Mais…
– Y a pas d’mais… Elle est comment ?
– Euh…
– Tu bandes ?
– Non.
– Allez !
– Pas facile.
– Fais un effort.
– Non mais c’est quoi ce délire franchement ?… Où êtes-vous ?
– Ferme-la et bande, fils !
– Je peux pas… Enfin… si.. ça commence…
– Te fous pas d’ma gueule ! Tu vas sortir de ton hôtel la queue à l’air, vu ? Si je vois rien, BOUM !!!… T’as quoi comme pantalon ?
– Un velours côtelé bleu marine.
– Parfait, ça va bien contraster. Je veux une massue t’as compris, fils ? Une massue rose sur fond bleu marine…
– Je vous garantis rien…
– Qu’est-ce que j’ai dit Mickael ?…
– Je ferai ce que je peux…
(Il ouvre sa braguette, en extrait à grand peine une verge totalement flasque…)
– Et pas de geste brusque ou quoi que ce soit… j’t ai à l’oeil… Tu sors, tu traverses la rue en t’astiquant le chibre, ok. Direction la librairie…
– Vous êtes vraiment….
– Aggrave pas ton cas, fils… Allez z’y va ! tous tes fans t’attendent… Et raccroche pas surtout ! T’écoutes mes instructions !… Autrement ?!…
– …
– Autrement ?!…
– … Ben euh.. Boum ?
– C’est ça !!! BOUM !!! Tu vois quand tu veux !… Et mets l’oreillette…
(Mickael Wallbook se lève, s’exécute, visage tendu, sexe un peu moins… Il se dirige vers la sortie, comme téléguidé, ignorant les rares clients hébétés… puis se lance sur le trottoir, parmi les passants…)
– Je… je continue jusqu’à la librairie ?…
– Ch’te dirai…. Marche, fils… marche ! C’est bien… T’es dans la Lumière d’Allah… (…)
– (…) Je traverse au feu, là ?
– Ouais… traverse… mets bien le bassin en avant… voilààà !… Magnifique !… Ha ha ha…
(Un peu plus loin, Wallbook se fait interpeler par un gardien de la paix.)
– Attendez y a les flics !… allo ?
– …
– Je fais quoi ?
– C’est bon tu peux ranger ta murène, fils, on a ce qu’il faut… Allez… Bonnes dédicaces et merci pour le scoop !
– … Allo ?… Allo ??… Merde…
(L’inconnu coupe la communication. Mickael Wallbook adopte instinctivement une posture plus décente… Quelques instants plus tard, un véhicule de la police s’arrête à sa hauteur…)

* * *

LA NOUVELLE FRANCE, 11 septembre 2012
(édition du soir)

Mickael Wallbook arrêté jeudi à Saint-Germain-des-Prés.

Alors qu’il s’apprêtait à se rendre à une séance exceptionnelle de signatures au milieu de ses plus proches fidèles pour fêter la sortie européenne de « Zéphyr, Ombres, Bonheur », son dernier opus–evènement, Mickael Wallbook, le sulfureux et cultissime auteur franco-irlandais de « La Tartelette méritoire » (Prix Méditerranée 2010), a été appréhendé par la police hier en fin d’après-midi, non loin du fameux Café de Flore. L’écrivain, de toute évidence ivre, déambulait dans le quartier – un des plus animés de la capitale – « la bite au vent », pour reprendre la jolie expression d’un témoin effaré. En semi-érection, le visage cramoisi, il semblait aux dires de certains « pas entièrement maître de lui-même, bizarre », « comme soumis à une étrange force… ».
Les images du délit, prises par des badauds et immédiatement diffusées sur le net, ont rapidement fait le tour des rédactions et, évidemment, de la planète – est-il nécessaire de souligner que Wallbook, traduit en soixante-neuf langues, connaît une admiration et une influence grandissantes.
Refusant d’obtempérer aux injonctions d’un agent qui se trouvait sur place, c’est manu militari que l’interessé à été emmené quelques instants plus tard par les forces de l’ordre ; non sans avoir tenté de justifier les raisons de son comportement erratique – érotique diraient certains –, notamment en hurlant qu’un kamikaze néosalafiste allait faire sauter la librairie La Hune, où il était attendu quelques dizaines de mètres plus loin. Poussée délirante qui semble bien confirmer la thèse de la consommation immodérée d’alcool, voire d’une autre substance psychoactive.
Une enquête a été ouverte, mais il est vraisemblable que l’attentat à la pudeur sera le principal chef d’accusation retenu, d’autant que de nombreux enfants se trouvaient sur les lieux, ainsi qu’on peut l’observer sur les édifiants clichés en circulation. A l’heure où nous imprimons, Mickael Wallbook serait encore en garde à vue, ainsi que nous l’a annoncé Jean-René Abdelaoui, son avocat.
Kinésithérapeute de formation, Wallbook commet en 1994 un premier roman remarqué, « Les tensions du dos mènent à la chute », puis obtient la reconnaissance du public quelques années plus tard avec « Articles épars et mules austères », objet très vite culte, mêlant subtilement essai gastronomique, science-fiction, et misère sexuelle. Suivront « Flat Porn », ode aux grands voyageurs musulmans, tout de délices et d’espièglerie, « l’Impôt ciblé du Nil », qui marqua moins les esprits, puis « la Tartelette… » il y a deux ans, qui emportera alors l’adhésion internationale à l’unanimité, malgré le courroux de la consternante “Collégiale des Fils de Phébus”. (Le film éponyme, Palme d’Or à Cannes en 2011 et que l’auteur réalisa lui-même avec un téléphone portable – après l’échec de l’adaptation de son livre précédent –, n’eut pas moins de succès.)
Wallbook nobélisable ? Telle est la question qui fait couler beaucoup d’encre et de fiel ces temps-ci, autour de la parution de son fort courageux dernier roman. Espérons que la sottise de notre burlesque héros national, dont on ne compte plus les facéties, ne mette pas en péril cette ultime consécration.
Quoi qu’il en soit – et à l’instar des provocations d’un Gainsbourg ou d’un Bukowski – l’incident de jeudi saura faire parler de celui qui, non content d’être considéré comme un écrivain de génie, peut d’ores et déjà se réjouir d’être intronisé Roi du néomarketing.

(Article signé : Allison Orioscu.)


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