Archive for the ‘Technologie’ Category

Qui a raison ?

14 juin 2008

« Mon si beau laurier rose sèche, perd ses feuilles une à une et ne fleurit plus, il est au soleil, faut-il l’arroser davantage? lui mettre de l’engrais? », se désespère « Jean-Daniel », de Courbevoie, sur un forum de jardinage comme il en existe désormais des milliers sur le web. « Cerise78 » vient à la rescousse : « Ma voisine a le même problème tous les ans, elle pulverise un produit et hop ça s’arrange, c’est une maladie de laurier, tapez « maladie de laurier » dans google et vous en saurez + «  Suivie du conseil très éclairé de « François.B », un retraité de Montluçon : «  L’année dernière le mien m’a fait la même chose, je lui avais mis un paillage en mulch de cacao et il n’a pas aimé du tout. Mais cette saison, après surfaçage avec de l’or brun, beaucoup d’eau et un max de soleil, il est reparti nickel. » Bon. Alors ? Maladie ? Arrosage mal dosé ? Exposition ? « Roi du massif » apporte son expertise : « Surtout ne pas trop arroser, le laurier est très sensible aux excès d’arrosage, surtout si l’eau est plutôt dure à très dure. Et puis ne pas traiter à cru, vous allez finir de le déplumer complètement ». Jean-Daniel s’interroge ; met une photo en ligne de son désastre végétal. Feuilles jaunies, écornées : en effet son laurier va mal. « Ah ça c’est clair c’est une chlorose, ça vient de la flotte, faut arroser moins. » certifie « Roi du massif ». « Ça ? Une chlorose ? avec ce brunissement aux pointes ? Certainement pas ! » objecte Edmonde, d’Auxerre, « je peux vous dire que c’est signé la cochenille, avec ces petits points, faut traiter tout le feuillage quand c’est comme ça. Et surtout pas au soleil cuisant, attention » . Braves conseils de bonnes gens. Que faire exactement alors ? « Il n’y a rien à faire » déclare « plantor » un peu plus bas, « il perd ses vieilles feuilles pour en produire d’autres, c’est juste un cycle. Mets-le mi-ombre, tranquille, arrose-le abondamment pour faire repartir le feuillage, c’est tout. » Pas sûr : « Arroser trop est une grossière erreur ! » reprend dix minutes plus tard « Roi du massif », l’expert de Montpellier, « le laurier rose est une plante méditerranéenne ! Surtout ne pas arroser trop ! Ici ils sont contre le mur et JAMAIS arrosés ! Pour le traitement chimique moi je me méfierais ! «  (Etc, etc.)

Jean-Daniel, épuisé, passera près de trois heures de forum en forum, à la recherche d’une réponse satisfaisante. En vain. Wikipédia, ainsi qu’un ou deux sites consacrés à l’horticulture, ne l’aideront pas beaucoup plus. (Il se résoudra alors à se rendre dans une jardinerie, muni de deux feuilles sur le déclin, pour voir. Les conseils prodigués ne sauveront pas son laurier : malgré un séjour prolongé aux soins intensifs, il est mort.)

Ce phénomène, chronophage et anxyogène, sévit sur la majorité des forums, tous sujets confondus (même les « avis » sur les hôtels-vacances…). Difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Tout semble vrai, ainsi que son contraire. La démocratisation du savoir – son illusion – et la vitesse de transmission de l’information ont l’air de poser un certain nombre de questions : Monsieur Tout le Monde est-il compétent ? Internet fait-il gagner ou perdre du temps ? Où, dans cette masse colossale d’informations, se trouvent les informations justes, pertinentes, vérifiées ? (et par qui ?) Peut-on faire confiance – et jusqu’à quel point – à Wikipédia ? (d’aucuns assurent que oui, d’autres que non, qu’il y a parfois de « grossières erreurs ».) Qui a raison ?

Il m’arrive d’être pris d’un étrange et assez désagréable sentiment de régression face au « progrès ». Pas vous ?

Aladin et la langue merveilleuse

19 avril 2008

L’intelligence artificielle fait de grandes avancées. Ça n’arrête pas. Premiers à en bénéficier (à part le Pentagone et Steven Spielberg) : les éditeurs. Voyez ce progiciel américain (évidemment) d’aide à la « décision de publication » : Aladdin Words Genius 1.0 (actuellement en version beta). Le principe est simple : On lui soumet un texte (roman, essai, etc.) et le logiciel donne son verdict quant à l’intérêt de ce texte – qu’il parvient à « lire » –, en fonction de critères pré-programmés et d’algorithmes basés sur l’analyse sémantique de grandes bases de données comparatives. Dans ces critères on a par exemple, pour les oeuvres de fiction :
– dramagraphe (diagramme du suspens)
– coefficient de pertinence socio-culturelle (pour une époque donnée)
– détection des (éventuelles) zones soporifiques
– détection de la tranche d’âge cible (avec indice de pénétration probable)
– coefficient d’intégrabilité (dans une collection, pour autant que l’éditeur nourrisse des critères pertinents)
– coefficient de traduisibilité (28 langues disponibles pour l’instant)
– indice d’adaptabilité (livre à film)
– taboumètre
– évaluation plastico-morphologique (le style, j’imagine)
et finalement,
– indice de publiabilité (en tenant compte – ou pas – de facteurs géopolitiques)

D’autres critères sont actuellement à l’étude, parait-il. Bon. Qui a dit qu’éditeur est un métier qui se perd ? Il semble en tout cas qu’il soit en mutation.

Aux dires des concepteurs, les premiers essais sont assez concluants. Sur 1000 manuscrits analysés (envoyés par la Poste), 74 exemplaires auraient un indice de publiabilité passant la moyenne de 6 (sur une échelle de 10). Par contre, sur 500 manuscrits « copinage » – et dont un tiers a été édité ! – il est saisissant de constater que seuls 11 passent la barre fatidique. Marrant, ça. Surtout quand on sait qu’un manuscrit « postal » a (en France en tous cas) grosso modo une chance sur mille de se voir publier. Bref. Les progrès de la science ne cessent de m’étonner.
Et une bonne nouvelle : Une version grand public Aladdin Words Genius light, devrait sortir fin 2011 (selon des estimations non officielles). Sympa pour les écrivains en herbe désireux d’avoir une évaluation de leur travail, avant d’envoyer leur manuscrit aux éditeurs – toujours très occupés. (Et qui vont bientôt se munir, eux, de la version pro. Attention, donc…)

Le blister de l’ipod vert

13 avril 2008

Mon formidable métier générant un revenu considérable (est-il utile de le rappeler?), j’ai tout loisir de me munir des derniers gadgets à la mode (que je suis – du verbe suivre – bien sûr assidûment). En complément de mon installation hi-fi haut de gamme, j’ai donc craqué pour cet iPod « shuffle » à 49 Euros TTC, qui désormais m’accompagne dans la plupart de mes compétitions sportives en short. Formidable compagnon printanier – et incroyable prouesse techno – que cette discrète boîte à musique de 15,6 grammes, pouvant contenir plus de 272 heures de musique concrète (en boucle). Ou de disco si l’on veut danser dans le métro.
En revanche.
En revanche, oui, là où ça bablesse, c’est au niveau de l’emballage. Les Etats-Unis si je me souviens bien, n’ont pas signé le fameux protocole de Kyoto (vous savez ce truc rapport à l’environnement, aux émissions de gaz industriels, tout ça). Désireux de conserver leur réputation de gros pollueur devant l’Eternel, ils ont jugé préférable de ne pas signer. (T’as un stylo John? (…) Désolé messieurs nous n’avons pas de stylo.) Et continuent sur leur lancée : Voyons par exemple de quoi est composé l’emballage de ce minuscule iPod : d’une boîte en plastique de dix fois son volume, entourée d’un épouvantable blister en polyvinyle triple couche (d’une dangerosité qui n’a d’égale que celle d’un Opinel n°13 dans les mains tendres d’un bambin.) Avez-vous essayé d’ouvrir un blister pareil sans vous blesser? Sans vous entamer le côté de l’index? C’est très difficile quand vous n’avez pas une lourde paire de ciseaux à disposition (car il faut bien ça). Moi j’en avais pas : je me suis copieusement esquinté. La dernière fois c’était avec une souris taïwanaise. A molette. Terrible. Le blister en coque dure est l’une des inventions les plus consternantes de l’homme moderne. Solidité, souci de « transparence produit », design. Ok. Mais quasi impossible à ouvrir sans outillage. Et extrêmement polluant. On peut difficilement faire plus écologique.
Pour cet iPod, le vert fait partie des coloris disponibles. Magnifique ce vert d’ailleurs. Comme quoi.

De ma fenêtre

1 mars 2008

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Que faire? Par où commencer? Recommencer. Reprendre oui. (Il se jeta sur le clavier, rouvrit son blog.) Mais pour changer quoi? Etre influent. Homme d’influence ok. Suis-je influent? Pour qui? vers où? Où allons nous, où va le monde? quelles dérives? quels abîmes? Quelles joies? Ces questions qui transpirent. L’économie. Tout est, réside dans l’économie. Posons ça. Les lois économiques gouvernent le monde. Voilà. La loi du moindre effort. Une goutte sur la vitre, regarde. Trajectoire physique, répondant à des lois simples. Le moindre effort ; elle se fait pas chier, elle suit. Elle coule et elle sèche. L’individu. Théorie du Flow. Bien placer le curseur. La compétence est un bonheur mais faut pas s’emmerder. Les marchés, les équilibres. La démocratie. Naissance de la démocratie. Participer au Monde. A sa confection perpétuelle. Netocratie. Tiens c’est nouveau ça, on en parle partout, t’es pas au courant? Ce deuxième monde immatériel pourtant si réel. Si influent. Si incroyablement palpable. Des blogueurs. Des voix dans la nuit mangeuse. Des milliards de mots qui s’écrivent. Qui tournent, retournent, s’échappent, s’échangent, se multiplient, au milieu de milliards d’images et de clones d’images. (Gorgée de café.) Vertige du nombre. Masse critique. Et si le monde était entièrement mathématique? Il y en a qui le prétendent. Des savants, des sommités. Qui se heurtent aux philosophes. Aux politologues. Aux sociologues. Qui n’entendent rien aux mathématiques. Aux dernières avancées. Le monde est complexe vous savez. Une complexité exponentielle. Il n’y a pas de loi pour Demain. Tout peut arriver si si. Mais non pas du tout ! Vous vous trompez ! Imbécile ! Sombre crétin ! (Claques, bras d’honneur) Fiez-vous à l’Histoire ! Tout est déjà là. Voyez ces traces ! Gilgamesh. Le premier Déluge. Le Drame Primordial. Repris partout. L’anéantissement. Noyés comme des rats, l’horreur. Le premier génocide de l’histoire de l’humanité. Eh oui. Voulu par Dieu lui-même – une invention. Virer les malpropres, repartir à zéro. D’aucuns s’en sont inspirés les salauds. En sauver quelques-uns, les plus braves, les mieux bâtis, avec des chiens, des moutons, et des girafes aussi. Noé l’Elu. Veinard. Et moi alors? Qui me sauvera du désastre? De la noyade? Hein? Non. Le monde est technologique. T’inquiète pas. Technocratie. Scientocratie. Bouées électroniques. Yeux bioniques. Ça va s’arranger. On tient la vérité. La fameuse vérité positive. Vous m’écoutez? Qui m’écoute? Qui écoute? Je veux dire : qui écoute vraiment? Merde téléphone. Allo. Non ma chérie je suis occupé. Je réfléchis oui enfin j’essaie. C’est très compliqué. Très très compliqué. Trop sans doute. Il y a des horizons partout. Sous la brume oui, avec des éclairs. Bah c’est un cycle tout ça qu’est ce que tu veux. Un cycle oui. L’important c’est de remplir le frigo. De pouvoir. C’est pas une mince affaire ça. Se lever, y aller, suer, tenir dans la tempête. Economie de marché. Les plus forts résisteront. T’avais raison Charlie. Et puis viendra le crépuscule.

Le pouvoir d’achat est-il soluble dans la technologie ?

4 février 2008
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GROS PROBLEME avec ma connexion internet, j’appelle Numéricable (…)

a) Si… tapez 1, si… tapez 2, si…tapez 3 (je tape)

b) Si… tapez 1, sinon tapez 2 (je tape)

c) Si… tapez 1, si… tapez 2, si… tapez 3, si… tapez 4 (je tape)

d) Si… tapez 1, si… tapez 2, si… tapez 3 (je tape)

e) Si… tapez 1, si… tapez 2, si…, si…, si…, si vous désirez parler à un opérateur tapez 9 (Wow ! je tape ! je tape consciencieusement !)

Boucle musicale

« Le temps d’attente est inférieur à 2 minutes. Un opérateur va vous répondre, merci de patienter »

Boucle musicale
(je mets le haut-parleur, m’éloigne du téléphone pour ne pas rester comme un imbécile l’appareil collé à l’oreille. J’attaque ma vaisselle.)

Deux minutes plus tard :

« Le temps d’attente est inférieur à 1 minute. Un opérateur va vous répondre,
merci de patienter. »

Boucle musicale (énervante)

Cinq minutes plus tard :

« Le temps d’attente est inférieur à 2 minutes. Un opérateur va vous répondre, merci de patienter. »

Boucle musicale (insupportable)

Cinq minutes plus tard :

« Le temps d’attente est inférieur à 5 minutes. Un opérateur va vous répondre, merci de patienter. »

Boucle musicale (terrifiante)
(…)

Au bout de 24 minutes de connexion (à 0,34 ct €/min), un type décroche, fait « allo? allo ? », et raccroche au bout de 3 secondes. Pas assez pour moi pour me jeter sur le combiné et lui parler. J’aurais bien aimé savoir quel temps il avait à Casablanca.

Prêts ? Fartez !

21 janvier 2008

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A l’ère de la vitesse, c’est presque enfoncer une porte ouverte que de dire que la mode est à la lubrification. Lubrifier, c’est gagner en pouvoir de pénétration (dans l’air, dans l’eau ou dans ce qui vous fait plaisir). Gagner des centimètres, des mètres, de « précieuses secondes », voilà l’affaire. Que ça glisse bien – mieux – dans l’air opaque du temps incertain. Une société britannique, la Wildfire Snowsports Ltd. a quant à elle trouvé la solution pour gagner en vitesse avec des skis alpins : un système auto-lubrifiant farte vos skis pendant la descente ! Pour éviter la perte de matière ! La fixation libère un petit jus gras sous la semelle pendant que vous slalomez… Nickel ! Une vingtaine d’ingénieurs bossent là-dessus depuis plus de cinq ans, maintenant c’est prêt. Chaud bouillant ! Désormais donc, plutôt que vous traînasser à 120 km/h dans un schuss, vous ferez du 122 ! Ils ont fait des tests en labo, on gagne facile 1 à 2%. Plutôt que faire douze descentes dans la journée, vous en ferez douze virgule deux si vous êtes équipés de cette merveille de technologie. Wildfire : le feu sauvage du Progrès ! La double fracture du péroné en prime ! Il va pour sûr faire fondre la neige dans les stations ce brevet ! Et terrasser les chronos ! De toute façon moi je m’en fous je ne fais que de la luge…
Ce qui risque aussi d’être lubrifié dans un avenir proche ? La publicité sans doute, pour qu’elle entre mieux dans le cerveau, plus vite. La politique à Sarko, pour qu’elle pénètre mieux les sondages. Quoi encore ? Les pays « émergents » ! L’A6 le matin à 8 heures ! Les CRS ! les colis postaux ! les CDD! les hotlines ! les coulisses du pouvoir ! le trou de la Sécu ! Un tas de choses! Ça va beurrer sévère ! Huiles ! Silicones ! Graisse de phoque ! Polymères ! C’te vitesse maintenant ! Le grand Tournus ! Et qu’ça saute ! Prêts ? Fartez !

Les nouveaux artistes

12 janvier 2008

C’est pour bientôt. C’est déjà là. Musiciens, jongleurs, trapézistes, rhabillez-vous. Rangez vos instruments. Installez-vous dans votre fauteuil, le Nouveau Spectacle va commencer. Bien gentiment, comme dirait l’autre.
Les images de synthèse – la « 3D » pour les intimes –, ainsi que la musique samplée (réalisée à partir d’échantillons sonores réels ou virtuels) ont fait d’énormes progrès ces dernières années, c’est peu de le dire. Ça n’arrête pas. Un monde ex nihilo existe tous les jours un peu plus. Il croît, sous nos yeux analogiques, un univers immatériel totalement constitué de bits, de lignes de codes, de pixels en furie. Pendant que vous jardinez ou que vous donnez à manger à Roro. Les écrans colonisent notre quotidien, partout, dans les sacs, sur les murs, des aéroports jusqu’à votre poignet, d’en haut des tours jusqu’au troisième sous-sol. Essayez de compter le nombre d’écrans que vous croisez dans une journée dite « normale ». Les analystes appellent ça hyperscreen society. C’est vers là qu’on va. Vertigineuse extension du champ perceptif. Par ailleurs, il est dit que dans quelques décennies, il n’y aura plus la possibilité de distinguer les « vraies » images des « fausses » (3D fakes). Celles prises en réel par une webcam par exemple, de celles conçues de toutes pièces par des opérateurs numériques virtuoses. Et le son itou. Fabriquer totalement la voix de la Bruni qui dit à son mari « Allez, fait pas la gueule et passe-moi le beurre, Mister Président », eh bien ce sera du tout cuit. The same voice. On aura le sentiment assez vif d’un « deuxième monde ». Et là c’est la société de l’information qui risque de prendre un sérieux coup dans le bide. Quand tout ça se sera mis en place. Parce que ce sera quoi finalement une information ? Hé hé.
En attendant ces réjouissances, ouvrez grand vos oreilles et vos yeux, cette vidéo est vraiment étonnante. Du tout grand art. Annonciateur de demain sans aucun doute. C’est chez Animusic et ça s’appelle « Pipe dream ». Pour une meilleure qualité vous pouvez commander un DVD. (c’est pas dans mes habitudes de faire de la pub, mais là faut reconnaître que…)


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