Posts Tagged ‘Attendre son heure’

Que les bêtes se croisent

3 février 2010

L’étouffer. Avec un sac en plastique bien maintenu sur la tête. Jouer de l’effet de surprise. Peut-être l’assommer d’abord, ce serait plus sûr. Dans un endroit tout à fait tranquille, où l’on ne serait que tous les deux. C’est difficile de tuer en assommant, sans s’acharner, d’un coup net. C’est difficile de tuer tout court, quand on n’a pas l’habitude. Quand on n’est pas un tueur. Mais là, à ce point de non retour, il n’y a pas d’autre moyen. Il est nécessaire d’agir. Définitivement. Tragiquement. Aucune discussion n’est plus possible. On a tout essayé. La gentillesse. La rigolade. Le ping-pong. Ça ne sert à rien. Je ne vois que l’élimination sans autre forme de procès. Que meure la bête et je serai guéri.
Avec un couteau le sang gicle, c’est gênant. J’ai pensé à l’incendie, bien sûr. Mais comment être certain qu’il n’y ait personne d’autre à ces heures ? Il y a toujours un quidam qui traîne. Une visite impromptue. C’est trop risqué. Et puis un incendie c’est le bordel, ça manque de précision. Les meubles, les objets, les murs, tous ces innocents, pourquoi ? Non, ça n’aurait aucun sens. Il faut être juste.
On l’attendrait. Ses amis. Ses collaborateurs peut-être. Son réseau. Personne au bout du fil. Pourquoi ce retard sans avertir. Pourquoi cette disparition soudaine. C’est pas du tout son genre. Ah son genre. Son petit genre à la con.

Et son corps étendu.

L’inviter à dîner dans un grand restaurant. Si si si : un très grand restaurant, pour l’occasion. (Eh bien ! Si j’m attendais !…) Puis, plus tard, dans la nuit, la petite promenade digestive. Le petit rot partagé, après son dernier repas. Son tout dernier dessert. (Une merveille cette crème brûlée !) Le problème c’est qu’il y aurait des témoins. On les a vus sortir vers 23 h, ils étaient deux. Non, arrêtons, c’est trop compliqué cette histoire de restaurant. Trop m’as-tu-vu. Et puis ça revient cher pour une simple nuit de meurtre. Beaucoup trop cher, malgré la réelle beauté du geste.
L’attendre sur son chemin. Voilà. Son trajet. Il y a bien un moment calme sur son trajet, si j’en crois mes investigations. Oui oui, c’est juste : il y a un moment de vraie tranquillité, de solitude, même. Une grosse minute bien abritée des regards. Il me faut juste être là à ce moment-là. (Ha tiens !… Ça va ?… Si c’est une surprise !… Euh…  on fait un bout ensemble ?)
Si ça va. Quelle question. Tu vas voir si ça va. Si on va faire un bout ensemble. Ça va aller mieux en tout cas. Dans quelques instants. Un bout ensemble, ok.
Tonk ! derrière la tête. Et puis le sac et voilà.
Des gants bien sûr, et un bonnet. Le cheveu témoin plein d’ADN c’est pas pour moi. Vous me prenez pour qui. Non : rapide, net et sans traces, la seule manière.
On lui cherchera des ennemis, on cherchera des mobiles, on remontera loin. Ennemis, mobiles, territoires. Le jeu est vaste. C’est parfait.
Il faut juste attendre son heure. Que les agendas concordent et que les bêtes se croisent.


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