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Barbapapa

6 mars 2009

barbapapa

Disparaître dans la bouche du monstre vert. Petits rails fragiles. Wagonnet tremblotant. S’enfoncer dans les ténèbres. Tiens-moi la main. On sait jamais. Happé ! on est happé véritablement. Tu sens comme on est happé par le noir ? Et quelle chaleur, là-dedans. C’est intenable. Tiendrons-nous ? Je ne me sens pas très bien, déjà. Tiens-moi bien la main, hein. Ça sent le caoutchouc et… et la… la… Enfin j’aime pas ce que ça sent. Brrr. Tu entends cette chansonnette, aussi ? Ecoute… Cette ode aux pâquerettes et aux fleurs des champs… Pour nous faire croire. Nous abrutir. Nous endormir… Dormez les petits… Dormez bien dans le coton de la nuit… Il enfonça son poing dans le cul du bébé. Avec les bagues. Le cul du bébé ! Il est dix-huit heures trente-sept. Oh mon Dieu. Je viens de faire une compote de pommes. C’est bon la compote maison. Jan Akkerman est un guitariste prodigieux. Finir mon verre de thé. Reprendre un biscuit. Bourrer ma pipe. Bourrer. Etrange verbe. Violent, rugueux, pas très noble. Agricole. Est-ce que ça se dit « cul de bébé » ? Pas tellement. Cet automne, il est possible que je fasse un stage de reliure. Je ne savais pas qu’on pouvait faire des stages de reliure à Paris. Il y en a des choses qu’on peut faire, dans une grande ville, quand on est désoeuvré. Des crimes, même. Des sales choses. Tuer quelqu’un au hasard. Joue, Jan, continue à gratter, profite de la ligne de basse. Un inconnu dans une rue banale, une rue toute simple, une rue quoi. N’importe laquelle mais pas trop éclairée. La vilaine pulsion. Éclater sa face au fléau d’armes. Bonsoir, vous allez bien ? Bam ! Bram ! et Blam ! Entre une Peugeot et une Renault 5, garées loin d’un lampadaire. Cette compote gagnerait à être mangée plus froide, ce serait meilleur. On dit des fesses plutôt. Des fe-fesses. Montre-moi tes fe-fesses ! C’est fou ce que la lumière décroît. Et pourtant les jours rallongent, hein, bébé. Il y a un voyant lumineux, là sur ma gauche. Je viens de l’apercevoir, alors que mon champ de vision l’avait oublié. Téléphoner à mon père. Aller sur le blog de Léo Scheer. Pourquoi j’ai mal à l’aine depuis quelques semaines ? Pourquoi ? Et à la nuque, de plus en plus. En finir avec Jérôme, ce sale bouquin salement fabuleux. Il a dû en voir, Jean-Pierre Martinet, le pauvre. Quelle était l’idole absolue de Jan Akkerman ? Qui l’a inspiré ? Nettoyer cet écran, on voit plus rien. Et cette cervelle sur le capot. Screen & Keyboard Cleaner. Office Dépot. Flacon à « garder hors de portée des enfants ». Et que faire maintenant. Attendre. Qui a envoyé une balle a Sarkozy ? Ça doit faire drôle de recevoir une balle par la poste. Renvoie la baballe Nicolas ! Renvoie la 38 Special à tonton. Petite suée quand même sur ton front, Nico, non ?  J’imagine très bien la goutte couler entre deux rides d’inquiétude. Et tes mains moites de Président qui referment l’enveloppe, tremblantes mais chut. Chuuut. On envoie tout au labo pour analyse. Ce riff de guitare dans le ciel qui se referme. Ou qui s’ouvre à la nuit. Non, tout se referme. Les enveloppes, les ciels, les couvercles, tout. Et les espoirs, la plupart du temps. Julie qui me lisez, vous voyez, hein. Tout se referme. C’est peut-être mieux, finalement. Vous êtes cuisinière, Julie ? Il y a une, deux, trois, peut-être plus que trois Julie qui vont lire ces quelques lignes. Vous faites aussi la compote l’après-midi, vous ? Ou vous, Julia ? Et vous Juliana ? Je… Non, rien. Ça me lance dans la cuisse, à l’instant. Sans doute suis-je mal assis, sur cette banquette.
Que reste-il à écrire. Pourquoi. Que faut-il écrire. Qu’est-il bon d’écrire. Souhaitable. Croiser des regards, se faire croiser les idées. Quelqu’un a dit que j’étais nihiliste. C’est pas tout à fait faux ; mais je construis. Je n’irais pas jusqu’à dire que je bâtis, ça non, j’en serais bien incapable, mais je construis, ça oui. J’ai toujours cru que c’était Sergio Leone qui avait fait Mon nom est Personne. Eh bien non : lui il n’a eu que l’idée, c’est tout. C’est déjà pas mal. Le réalisateur, c’est un mec qui s’appelle Tonino Valerii, tombé dans l’oubli. Le produttore, Fulvio Morsella. En 1973. Prends des notes, Julia, ça c’est des infos capitales, c’est pas de la rigolade. Zaap. Parfois je me demande, comme ça, vers quatre heures du matin, pendant une insomnie, que fait Eddie Quinn, chef machiniste sur L’Exorciste, le film de Friedkin. (1974.) Je veux dire, ce qu’il fait là en ce moment, trente-cinq ans plus tard, pendant que je ne dors pas. A quoi est-ce qu’il pense ; quelle pensées – saugrenues, érotiques, s’il en est – l’habitent, à Eddie, à cette heure-ci, de l’autre côté de l’Atlantique. S’il aime la compote de pomme avec de la cannelle. S’il s’est masturbé avant de s’endormir, tout seul, dans son grand lit de machiniste. Peu probable qu’il m’entende, c’est dommage. Ne pas répondre au téléphone. Ça sonne. Non. Rester là au milieu des stridences et des odeurs de cadavre. L’idée d’un machiniste seul me rend triste. J’aimerais être une mouche et asseinir sur le bout du téton de qui ? De qui ? Imagine.  T’es là, avec tes petites pattes de mouche. Et tu te poses sur un sein. Tu asseinis juste sur la pointe. Et tu commences à danser doucement sur ce bouclier de peau marron. Domiane Hodge-Molarski ne s’en aperçoit pas. Elle, elle bronze. Elle croit qu’elle est tranquille. Que le monde lui fout la paix. Elle est à poil avec ses Ray-Ban. Elle brille d’huile, cette salope de Domiane. A poil, la girl, et toi t’es la mouche. En plein soleil, qui danse. Tu ne vois pas l’ombre qui bientôt va te recouvrir. L’ombre de la lame. Tu continues à danser, comme une mouche dansante. Tu ne vois rien arriver, sur ce sein gauche. T’es une grosse mouche naïve, un peu paumée, qui a besoin de se dépenser. Et qui va bientôt être coupée en deux par une lame pressée. Pourquoi t’arrêtes, Jan ? Pressée d’en finir avec un coeur. Continue, Jan, joue, joue. Joue contre joue ! Joue jusqu’au sang ! C’était bien, c’était kiphant, ta zique ! c’était ailleurs et c’était phort, bouleversant ! Unique. La musique. Le soleil à nouveau. Ah ! Barbapapa, Messieurs et Dames ? C’était pas trop long ce voyage d’ombres ? La lumière, il était temps. Fais-moi goûter. Je veux du sucre, maintenant.


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