Posts Tagged ‘gourmandise’

Joyeuses Pâques !

10 février 2008

09022008.jpg

Devant la caisse d’un supermarché, dans le 7ème.

– Ah vous avez déjà les lapins en chocolat ??
– Ben oui madame…
– Non Kevin, tu reposes ça ! … J’ai dit NON !
– Ouiiiinnn…
– C’est pas un peu tôt?…
– Vous savez, on met en place ce qu’on reçoit, on n’a pas le choix c’est comme ça.
– Kevin tu reposes ce lapin j’ai dit ! T’as même pas fini la galette des Rois…
(…)

Pour la P.H (petite histoire) Kevin aura quand même droit au petit modèle (Bunny,160g ; 50% de cacao)

Il fut un temps où le consommateur pouvait encore compter sur des plages de repos. Quelques semaines salutaires, par ci par là, entre Noël et la Saint-Valentin. Entre La Fête des Mères et la fête à Toto. Où il mettait un peu ses élans en veilleuse. Où il attachait sa gourmandise à un pied de table. Sans qu’elle souffre trop. Où il pouvait respirer deux minutes.
Cette époque est terminée.
Désormais donc, pour peu que vous soyez vaguement affaibli, sous l’hypnose de la publicité, sous les coups de boutoir du marketing SLV (sur le lieu de vente), vous avez le portefeuille constamment ouvert. On appelle ça überconso (avec ce préfixe germanique qui n’est pas sans rappeler le surhomme Nietzschéen, sa volonté de puissance, de dépassement, etc.)
C’est très efficace.
Nous avons depuis quelques années des cerises en janvier, février, mars, etc. (exit le Temps des Cerises)
Nous avons également les rentrées littéraires. Depuis peu il y en a deux, mais bientôt il en aura probablement trois ou quatre. Voire plus (la rentrée poche, la rentrée « bronzage », la rentrée « thrillers » avec les sempiternels « nouveaux maîtres du suspens », la rentrée « love stories », la rentrée des essais, la rentrée des enfants, des animaux, etc.
Il serait question, chez Coca Cola, de proposer bientôt un Père Noël en maillot de bain pour Juillet-Aout. (Où la dinde du 25 sera remplacée par des steaks d’autruche texane, avec séquoia nain à la place du sapin…)
Bref, nous allons tranquillement vers le « Tout, tout le temps ». On n’aura même plus le temps de désirer, de se réjouir de : ce sera déjà là. A dispo 24h/24. (PayPal et hop !)
En fonction de votre fameux « pouvoir d’achat » vous aurez deux alternatives : baver ou acheter. Au moins, vous n’aurez pas à réfléchir, c’est déjà ça.

Publicités

Trente minutes avant !

2 septembre 2007

photo-0669.jpg

C’est la nuit qui ronfle sur la ville. Un immeuble silencieux cependant, au fond d’une rue. Au quatrième étage une lumière, petit carré jaune dans le presque noir. Une cuisine. Avec un frigo et un homme nu devant. L’homme a faim. Il est beau dans sa faim d’ailleurs. (avez vous remarqué combien un homme qui a faim est beau ? Non ? Tant pis, continuons, revenons à la scène qui s’annonce tragique.) En effet il y a un problème : le frigo est vide. Ou presque. Quelques citrons secs, une laitue fatiguée, un poivron, un demi-yaourt transformé en roquefort ainsi qu’un tube de pâte d’anchois feraient presque oublier la présence réconfortante d’un tombapique paquet de jambon. Du Speck d’Italie. Yesss se dit l’homme. Qui, fébrile, l’estomac gargouillant de vacuité, avance la main en vainqueur. Il va pouvoir manger quelque chose. Mais, mais, mais. Attention. Le Speck d’Italie ne se laisse pas avoir pas comme ça le salaud. La fringale en pleine nuit, vous oubliez avec le Speck : il faut ouvrir le paquet trente minutes avant consommation. C’est spécifié sur l’emballage (qui ricane dans la main tremblante de l’homme déconcerté, évidemment). Drame. L’homme va-t-il désobéir ? Y aura-t-il combat avec les forces velues ? Et si, en attendant, l’homme se confectionnait un petit poivron farci au roquefort, de derrière les fagots? Hein?! Judicieusement citronné ! Trente minutes c’est pas bien long. Si ?
Quel impertinent ce Speck, quand même. Comment peut-on, en 2007, à l’ère du tout-tout-de-suite-vite-fait-bien-fait, imposer un délai de mia-miam outrageusement aussi LONG, violemment contre nature ? Les marquéteux du jambon ne feraient-ils pas mieux de réviser leur coppa? De nous fabriquer un jambon mangeable aux premiers contacts avec l’air ambiant ?
L’homme, dépité, s’est rassis sur le rebord de son lit. Il pense. Il souffre ; son ventre est au supplice. Reste plus que 13 minutes.


%d blogueurs aiment cette page :