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Gastéropodes

14 mars 2010

(Lecture de la première page d’HYROK, par Giacomo Manfredi, le 12 mars 2010, en la cathédrale de Zvovsk.)

On me demande, on m’envoie des messages : Alors ? Alors Nicolaï ? C’était bien ta soirée hein ! Non ? Tu dis rien ? Allo ? T’es là ? Tu nous fais pas un petit compte rendu, toi ? T’as bien lu en tout cas. Et l’autre aussi il a bien lu, génial. L’acteur-peintre Xavier Devaud. Quels talents. Regarde y a des photos par là-bas.  Allo NLR ? Y a quelqu’un ?

Oui, pardon, bonjour. J’étais un peu ailleurs. Me revoilà.

MERCI à tous d’être venus. Chaud au coeur, vraiment, chouette soirée. J’en ferai d’autres.

Mais, si j’ai bien eu une sensation de chaleur, de convivialité voire même de fraternité, je n’ai pas véritablement d’avis. Je préfère ne pas en avoir, disons, rester dans le flou ; sur cette « soirée HYROK », étrangement, je suis peut-être le seul à ne pas avoir d’avis. J’ai comme un flottement, une mollesse. Une soirée où, semble t-il, — et à en croire quelques échos — « apparence » n’était pas un vain mot : un mot pour le moins hyrokien. Apparence. Un de mes mots préférés. Un terrible mot.

Donc, comme moi je n’ai pas d’avis, comme moi j’étais tellement dans la soirée, dans la lecture, dans ces quelques textes qui tournaient en moi, que je ne l’ai pas vue passer cette soirée, que je ne me suis rendu compte de rien, ou presque, je vais juste retranscrire quelques petits flashes sans prétention, quelques éclats de voix, des trucs qu’on m’a dits. Je suis photographe, bien sûr, mais ce soir-là j’avais pas mon appareil, moi. Et j’ai pas vu grand chose en fait. Alors voilà.

***
Bon, tout est prêt Nico, le buffet, l’éclairage… Il va y avoir assez de vin tu penses ? En rouge on est pas un peu juste ?
Non non, ça va, c’est bon, là… Vingt bouteilles ça devrait aller. Pis y a de la bière et du Coca sinon. J’ai tout prévu. Même dix kilos de clémentines.
Tu voulais une soirée HYROK, tu l’as, mon vieux ! T’as plus qu’à assurer tes lectures.
Pas si facile de se détacher d’un texte qu’on a écrit, encore si frais, mais je ferai au mieux.

***

C’est quoi ces bouquins, là ?…
Quels bouquins ?
Ben ça… Séditions…  Unplugged… La Fêlure…  on dirait la même collection, toutes ces piles de livres…
C’est toute la collection M@nuscrits, oui. Au complet.
Ah bon… Mais ça te gêne pas ?
Comment ça ?
Ben chais pas, c’est la soirée HYROK non ?
Oui mais j’ai aussi proposé à Léo de parler de  M@nuscrits, donc il en a profité pour envoyer toute la sauce, le connaissant c’est normal… Ça ne me choque plus… C’est même bizarre qu’il ait pas mis quelques exemplaires du dernier Nabe avec… — ça j’aurais préféré, remarque… nettement…
T’as pas l’impression d’être un peu dépossédé de ta soirée, là ?
Moi ? Noooon ! Non non. Je suis un mec cool. Très ouvert.
Tu savais qu’il allait envoyer tous ces bouquins ?
Non, du tout. Paquet surprise. C’est arrivé ce matin par coursier.
Putain comment je me serais énervée moi, tu m’fais halluciner avec ton calme… Il prend le CENT pour une librairie ou quoi ? il vient vendre ses bouquins à TA soirée ! C’est hyper cavalier ! T’as pas l’impression de te faire enfiler à sec, là ?
Détends-toi Sylvie, détends-toi. Tout va bien. Relax. Zen. Pas d’enculade, non. Léo est parfois un peu spécial, certes, un peu taquin, mais il est très sympa. Un vrai bon vivant. Le seul des ELS, quand même, qu’est resté quasi jusqu’à la fin et qui m’a dit au revoir, m’a remercié. Tout comme Julia d’ailleurs, une fille formidable, mon éditrice, la toute première arrivée. A l’heure.

***

C’était qui le rouquin au milieu de la table ?
Rouquin ? Blond plutôt. Le directeur littéraire.
Mais il foutait quoi ici ? j’ai pas compris…
Ben.. euh… il présentait mon livre…
Ah bon tu trouves ? Ha ha ha laisse-moi rire…
Je sais pas… T’as pas aimé ?…  Moi tu sais j’avais la tête dans ma lecture…
Il a lu la quatrième de couv’ dans le taxi tu veux dire ! Aucune préparation, rien. Tu parles d’une présentation… Mon pauv’ Nico… t’as vraiment rien vu toi… De l’extérieur c’était à se demander si ces mecs-là sont tes éditeurs… Si même ils ont lu ton bouquin ch’te jure !… Jamais vu ça…
Ah bon tu crois ? T’exagères, quand même…  Ils sont sympas d’être venus déjà… Faut pas leur demander la lune non plus… Les remercier pour leurs efforts plutôt… Ils sont véritablement débordés…
Ouais… C’est à ta fameuse lectrice, Christiane, que t’aurais dû demander de présenter ton livre !
Ben oui, c’est ce qui était prévu mais bon. Comme je l’ai dit, elle a eu une tuile à la dernière minute, c’est pas sa faute, ça arrive. Crois-moi qu’elle aurait mis le livre au centre de la soirée, elle. On en aurait un peu parlé. Je pouvais pas faire ça tout seul.
T’auras vraiment eu de la chance jusqu’au bout toi hein, avec ce bouquin…
Dis pas ça Greg, je suis publié mec, c’est déjà pas si mal… C’est un privilège de nos jours tu sais… un luxe rare… Tu te rends pas compte…
Mouais. Je sais pas que te dire, Nico…

***

Il est venu avec sa petite nièce ?
Qui ?
Ben votre éditeur…
Ah, non, je crois pas… ça doit être une stagiaire sans doute…
Ils arrêtaient pas de parler et de se marrer près de la porte, au début de votre lecture… C’était très pénible… j’ai failli leur dire quelque chose, non franchement…
Ah bon ?
Oui, j’ai trouvé ça très moyen. Ce manque absolu de respect.
Je me suis pas rendu compte vous savez…  J’étais plongé dans mon texte… Mais ça m’étonne de lui quand même, lui si près de ses auteurs, si à l’écoute, si papa poule… Non vraiment je comprends pas. Vous êtes sûr que c’était lui ?
Vous voulez mon avis ? Il en a rien à faire de votre roman, ça se voit.
C’est vrai ça Nico, il a raison : tu m’étonnes de pas t’en apercevoir, toi qu’es si observateur d’habitude, si lucide…
Tu crois ?
Mais c’est clair ! Tiens, t’as qu’à voir comme il se tenait, tout au bout de la table pendant le débat, en arrière, aucune implication, rien. Le mec imperméable, extérieur. Aucun avis sur ton texte, sa saveur, son contenu. Il parlait que de chiffres de vente t’as pas vu ? Bonjour la soirée littéraire !… Il s’est un peu animé quand il a commencé a parler de son truc M@nuscrit là… Et qu’un type posait des questions… Mais ton livre, il l’a pas lu comme il faut, c’est pas possible autrement… Dingue que même toi il ait réussi à t’enfumer…  Même toi !
Dis pas ça, dis pas ça… Il a dû le lire… au moins une partie… Vous savez, c’est pas facile le monde de l’édition, faut les comprendre ces gens-là… Ils peuvent pas être partout, s’occuper de tout le monde comme ils voudraient…
Arrête. T’es un écrivain toi. Un vrai. En un seul bouquin. Boum, l’évidence. Pas besoin d’en « écrire dix », comme il dit si bien… Et ça il doit pas trop avoir l’habitude…
Oh je sais pas… Je sais pas… J’essaie de me faire petit moi tu sais… maintenant j’ai compris…
En tout cas moi vais aller laisser un message sur son blog, dire un peu ce que j’ai ressenti. Non mais merde !
Laisse tomber.
Pourquoi ?
Ton message passera pas, il modère tout ce qui dépasse. Tout ce qu’il ne trouve pas « agréable ».
Ah bon ?
Ben oui. Une façon comme une autre de lutter contre le monde hostile des internautes et des auteurs pas très contents. Si tu veux laisser un message, faut que ce soit un message de remerciements, dire que c’était très sympa, que tout le monde était beau, drôle, sentait bon, etc.
Un blog pare-balles quoi… Dommage.
C’est comme ça. Faut le comprendre, il a beaucoup donné tu sais… Alors là il se recroqueville, il dégage tout ce qui le gêne…  Voilà.
Bon, ben tant pis. Allez, on boit un coup à ton bouquin, plutôt !
A la tienne ! à HYROK !
A la suite de HYROK aussi !
Ah bon, t’en fais un autre ?
Ben qu’est-ce que tu crois Bastien ? Que j’vais m’arrêter là ? A ce premier pavé dans la mare ? Ha ha ha ha ha… T’as rien vu encore…
J’espère que ça parle pas de politique.
Non non. Pourquoi ?
T’es nul en politique.
Tu crois ça ?…

***

(Si vous avez d’autres flashes, d’autres petites bribes intéressantes à transcrire, la parole est à vous, chers invités ! Désolé si vous m’avez trouvé un peu « absent » ce soir-là, à part lors de ma lecture. La soirée continue… maintenant que je suis bien réveillé…)

En tout cas merci encore de votre présence. Frédéric de Beauvoir, le directeur du CENT — que je remercie pour son accueil et son dynamisme —, a estimé quant à lui cette soirée « tout à fait réussie ». Je pense qu’il faut être de son avis.


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