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Intermède

17 décembre 2009

Il est question de vendre des livres. C’est bien beau de les écrire, ces livres, chacun y va de sa petite histoire, mais après il faut les vendre. Comment faire ? Une fois n’est pas coutume, inversons le point de vue : pour qu’un livre soit acheté, que faut-il ? Que doit-il se passer dans la tête de Françoise Dussol, fleuriste à Toul, pour qu’elle achète L’hypothèse de Zhorg, livre « vachement bien » de Pierre-Alain Signac (aux éditions de La Queue de Cerise, 38 boulevard de Sébastopol, 75004 Paris) ?

Déjà, il faut que Françoise Dussol soit une lectrice potentielle. Que ce soit une femme qui lise après avoir rangé ses glaïeuls (« au moins trois romans dans l’année », comme 54,7% de femmes selon HP-JKD Institut). Ou, à la rigueur, qui aime offrir des livres. Bon.

Ensuite, il faut, c’est mathématique, que Françoise Dussol croise L’hypothèse de Zhorg. Que ce livre se trouve sur le chemin déjà tortueux et encombré de sa vie de « femme active ».

Comment cela est-il possible ? Par quels mécanismes – quel miracle – va se produire le très attendu « acte d’achat » ?

C’est assez simple.

Il faut que ce livre ait une visibilité multiple. En librairie. Dans les journaux. A la radio. A la télévision. Sur la table de salon des copines de Françoise Dussol. Partout. (Au pire, sur internet, où Françoise Dussol ne se rend que peu, mais bon.)

Que ça martèle sec, quoi.

Françoise Dussol, comme la plupart de ses contemporains, est une femme qui a besoin d’être un brin rassurée quand elle dépense une vingtaine d’euros (d’autant que la lecture reste pour elle une activité de détente et de loisir vaguement inessentielle).

Or les livres qui ont une visibilité susceptible de stimuler la rétine prudente de Françoise Dussol (ou d’agacer doucement ses oreilles) sont relativement peu nombreux. On parle, en moyenne, de un sur cent qui bénéficie véritablement d’un « large écho ». Echo qui parviendra plusieurs fois, c’est nécessaire, jusqu’au cortex préfrontal de notre chère lectrice type (chez le coiffeur, en vitrine dans la librairie, sur France Inter, dans Marie-Claire, etc.), et activera sans tarder son incontournable « centre de décision ».

Françoise Dussol commence d’être conquise. L’hypothèse de Zhorg semble un livre « bien ». D’ailleurs il y a des preuves irréfutables : on en a aussi parlé sur TF1. L’hypothèse par-ci, L’hypothèse par-là. Bla-bla-bli. Bla-bla-bla. Ça buzze sévère autour de Madame Dussol – qui, même si elle n’écoute que d’une oreille distraite ces journalistes qui discutaillent, avait justement dans l’idée d’acheter un livre ! (Du reste, Gisèle aussi, vient de se le prendre !)

Françoise Dussol, d’un pas décidé, pousse la porte de « sa » librairie. Et voilà : en effet, des piles de L’hypothèse sont sur les tables, à l’entrée, trois grosses piles bien parallèles, impeccables. Vibrantes.

Un livre formidable, sans aucun doute. La lecture rapide de la « quatrième de couv » pose un léger trouble dans l’esprit maintenant enfiévré de Françoise Dussol – encore un amour « contrarié » ? décidément… – mais qu’importe : c’est un livre super, c’est évident. (Tout comme les livres de Dan Brown, Victor Hunfray, Marc Lévy, Guillaume Musso, Frédéric Beigbeder, Bénédicte Huc, Amélie Nothomb, Jean D’Ormesson, Lucien Bompoil, etc.)

A la caisse, hop !

C’est vraiment tout simple de vendre des livres, finalement. Tout simple.

(Bravo aux éditions de La Queue de Cerise, dotées d’un service marketing hors-pair. Et à Pierre-Alain Signac, assurément un auteur à suivre les yeux fermés.)


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