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De la démocratisation

30 avril 2012

ÈRE ANALOGIQUE (jusqu’en 1990 environ)

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ÈRE NUMÉRIQUE (depuis 1990…)

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Jean-Daniel ralluma un vieux bout de Havane, s’enfonça dans son fauteuil et se détendit. Avec cette démocratisation, songea-t-il un peu triste, un premier prix de Conservatoire, un excellent photographe, un écrivain hors-pair, peuvent à peine survivre dans leur art. Alors qu’autrefois, avant la révolution numérique, une fille quelconque qui chantonnait, un photographe muni d’un « reflex », un plumitif besogneux, pouvaient prétendre à une carrière tout à fait acceptable ; ils pouvaient sans problème remplir le frigo, avoir des gosses, avoir une vie normale.

En vérité, le « star system » à étoiles uniques s’effondrait, érodé sur tous ses flancs par le sel de l’ère numérique et de la « mondialisation ». Outre les stars vieillissantes à l’éclat un peu terni, ne résistaient que ceux qui avant tout bénéficiaient d’un solide réseau et d’importants moyens financiers. Sans compter qu’il fallait beaucoup d’énergie pour durer au-dessus des flots — position dominante et toujours convoitée. Durer n’était pas donné à tout le monde ; la concurrence était plus rude que jamais, il y avait en grand nombre des gens de talent « venus de nulle part » (notamment des « tréfonds du web ») et il fallait défendre sa place avec férocité.
Malgré tout, cette situation sans précédent comportait quelques aspects plaisants. Par exemple Francis, le meilleur ami de Jean-Daniel, avait pu équiper son fils d’un matériel informatique très performant qui lui permettait de créer, seul et avec une relative facilité, des courts-métrages amusants, des musiques de films, de jolies photographies retouchées, tout un tas de choses passionnantes ; ils avaient même conçu en famille les plans du nouveau salon avec la partie bar et la véranda. C’était très pratique ; nul besoin de faire appel à un décorateur professionnel ou un architecte d’intérieur (en tout cas pour la phase idées/conception) ; ainsi pouvait-on faire de substantielles économies, toujours bienvenues.
D’autre part, chacun pouvait désormais, avec un peu de persévérance et une bonne poignée d’amis, devenir une starlette régionale dans le domaine qui la faisait rêver, le temps d’une saison ou deux. Il fallait tâcher de créer sa « niche » et s’y accrocher bec et ongles.
Ainsi le star system d’antan se vit émietté en une constellation de niches artistiques plus ou moins scintillantes qui recouvraient la surface du monde occidental – monde physique, ou monde virtuel (où les régions correspondaient à un nouvel espace topologique sans dimensions autres que celles déterminées par les « contacts » et leur adresse mail).
Les artistes et les « stars » – enfin ce qu’il restait de cette notion désuette – étaient partout. Avec à leur ceinture leur petite notoriété éphémère qu’ils chérissaient jalousement et défendaient sur les « réseaux sociaux », attendant,  on peut dire naïvement, la « consécration internationale ».

Pendant ce temps, Pascal Pécheux, boulanger à Cormeil, confectionnait croissants, miches savantes et tartes aux fruits. Loin du numérique.

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Xénophobe?

5 juillet 2008

Cocktail de fruits de mer, marque « générique ». Composé de :

– Saint-Jacques pêchée en Atlantique Sud, par un chalutier panaméen ;
– Calmar pêché dans le Pacifique, par une jonque vietnamienne (une grosse sans doute) ;
– Crevette du Groenland, hissée dans des filets islandais ;
– Moule de Mer du Nord, cultivée au large du Danemark par des fils d’immigrés polonais.

Conservé en frigorifiques fabriqués aux États-Unis.
Transporté et centralisé par des avions-cargos russes.

Emballé en France dans du polyvinyle allemand, par des machines-outil montées au Portugal.
Surplombé d’une étiquette imprimée en Italie avec de l’encre suisse constituée de pigments africains.

Distribué par un géant de l’agro-alimentaire hollandais.

Vendu dans un hypermarché belge racheté par un groupe japonais.

Cuit, hier soir, dans une poêle taiwanaise en fonte d’aluminium canadien, dessinée par un Sri-Lankais.

Agrémenté d’ail corse, d’huile d’olives du Péloponnèse, et d’un tour de poivre de Cayenne.

Dégusté dans des assiettes suédoises avec une Bordelaise amoureuse de la cuisine méditerranéenne.

Evacué, un peu plus tard, dans des sanitaires conçus en Autriche et installés par un plombier ougandais. (Qui utilisa en outre une clef anglaise.)

Filtré, beaucoup plus tard, par une station d’épuration sous brevet israélien.

Traité et compacté – selon une technologie brésilienne – pour l’engraissage des prés bressois, sur lesquels caquettent des gallinacés de race hongroise.

Voilà pour le « Cocktail de fruits de mer ».

La prochaine fois, nous parlerons de la « Brochette fermière ».
Celle qui finit dans la mer.


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