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Plastic life

8 décembre 2010

© Chris Jordan

Ça commence assez abruptement, par des images de laboratoire. Nous sommes en présence, en gros plans, de pénis de bébés, affreusement malformés, dont on imagine sans forcer que leur petits propriétaires aux joues roses, encore innocents, en feront les frais plus tard – et quels frais : pénis HS, circulez les filles !…
Il s’agirait de « perturbations hormonales » nous dit une voix off, calme et nette. Ben ça alors, pas de chance les mouflets… On nous parle ensuite de diabète infantile « alors que rien n’y prédisposait », de baisse de la fertilité chez l’adulte, de cancers inexpliqués, d’obésité anormale, d’allergies étranges, de troubles du comportement, etc. Que des réjouissances, quoi.

Non, ce n’est pas un documentaire sur Tchernobyl. Aucune zone sinistrée post soviétique peuplée de malheureux freaks sous dioxine. Aucune trace de vilenies génétiques dans le propos (on verra ensuite que pourtant si, et même jusqu’à trois générations ça se transmet…) Non : Il s’agit simplement du début du premier volet de l’émission « Pièce à convictions » passé lundi soir sur la 3 : « Plastique : menaces sur la santé » (réal : Elise Lucet). On est en France.

Tu parles d’une menace : selon une étude à grande échelle, il y aurait du plastique dans les urines de 90% de la population mondiale. Et le plastique dans le corps ça peut être dangereux.

Je ne vais pas refaire ici le déroulé exact de cet excellent documentaire, aussi alarmant qu’effrayant ; il faut juste le voir d’urgence (des rediffs sont prévues sans doute, ou alors peut-être sur YouTube). Bref, le coupable de ces maux terribles est le plastique, au sens large, et tout particulièrement les phtalates et le « biphénol-A » qu’ils contiennent dans leur grande majorité. Parce que voyez-vous, grands buveurs d’eau en bouteille (plastique), biberonneuses contrexophiles à sac stylé, ces deux substances qui passent lentement (mais sûrement) du contenant au contenu liquide sont, selon de toutes récentes études américaines et canadiennes, « hautement toxiques à faible dose ». Eh ouais ! Ça diffuse méchant dans les bouteilles, ils l’ont mesuré il y a quelques mois. Le thé de la mort dans ton Longchamp, chérie. En douce et en toute impunité… (Une édifiante démonstration à base d’escargots qui se multiplient selon un schéma erratique semble l’attester – entre autres expériences édifiantes).

Et comme hélas les études françaises (surtout dans l’agro-alimentaire) sont soit en retard d’un train de marchandises, soit complètement bridées par les industriels européens et leurs lobbies surpuissants, qui c’est qui trinque ? Qui c’est qui s’envoie les molécules délétères par grappes de douze ? Ben nous. Pas que les bébés. (Bébés pour qui l’Assemblé nationale, vaguement alarmée par les USA, vient de décréter l’interdiction de commercialiser les biberons « pouvant présenter des risques », tiens tiens… Des risques. Plus de biberons en plastique sur le territoire. Finito subito. On applique vite le « principe de précautions », en espérant que ce ne soit pas trop tard.) Y’aurait donc de l’eau dans le gaz, docteur ? Euh oui, j’en ai bien peur.

Mais pour les bouteilles, les canettes, les boîtes de conserve à revêtement interne, les bouilloires, tout un tas de trucs en plastoc vendus par mégatonnes dans les magasins, on fait quoi alors ? Rien. On continue. On s’enfile à chaque gorgée des micro-particules « hautement toxiques », mais on continue. On accumule. A chaque bouchée aussi d’ailleurs – pour les aficionados du « tout préparé » et des « barquettes micro-ondes ». Cool ! A nous les palettes de yaourts aux phtalates (et, tout à fait accessoirement, au bifidus). C’est très sympa le cancer, vous verrez. Ce qu’il fera à l’intérieur se verra aussi à l’extérieur, c’est garanti.

C’est que c’est complexe, tout ça. Très. Je veux dire les intérêts en jeu. Il y a d’un côté les puiseurs d’eau, Maîtres de Sources, Grands sorciers basaltiques, qui disent que l’eau « du robinet » c’est grosso modo de la merde chlorée (ils ont tort, évidemment), et qui vendent de l’eau mille fois plus cher, « meilleure parce qu’elle vient du fond du tréfond de la Terre, coco, pas d’un simple robinet ! » ; d’un autre côté le consommateur un peu benêt qui veut voyager léger et va pas s’embarrasser d’une lourde bouteille en verre dans le métro (manquerait plus qu’ça !) ; d’un autre encore, l’emballeur industriel, expert es-plastiques hi-tech depuis des lustres (et son pote le designer sur polymères), qui a compris le marché à investir – à inonder –, qui s’en porte fort bien, et qui est un peu en retard sur la conception de bio-plastiques non toxiques (surtout qu’il a de sacrés stocks à écouler, des études à rentabiliser, etc., alors on va se calmer sur le sanitaire pour l’instant…). Et d’un dernier côté (en face) l’Instance… Sanitaire ! et le Législateur, qui font des grosses teufs à Deauville, Thonon-les-Bains, avec leur potes de chez Nestlé et Danone, le tout avec des conseils d’administration infiltrés (c’est le mot), des commissions lobbyées aux petits oignons, et j’en passe. Le Saint-Pognon mon neveu, voilà le vrai coupable ! Halala.

Parce qu’à cent lieues de ce polygone dantesque et plein de côtés opaques où nous, pauvres quidams, y voyons aussi clair que dans une narine de gorille – mais où il se boit énormément de Champagne pour fêter « les chiffres en hausse » –, il y a les petits labos indépendants. Qui bossent tranquille, à leur rythme, et avec un amour visible du travail bien conduit. Américains pour la plupart (le mec barbu avec ses wagons d’escargots, par exemple.) Parfois français, soyons fairplay ; il y a bien un ou deux nutritionnistes gaulois sur le coup, c’est vrai, mais c’est encore trop rare (et ça n’a pratiquement aucun poids). Ensuite ils publient leurs chroniques dans des revues scientifiques, naturellement, et dans l’indifférence générale. (Quoique quelques cols blancs toussent un peu, mais bon ça va : Greenpeace et consorts c’est de toutes petites structures hippies, minoritaires, pas de quoi s’inquiéter pour l’instant.)
Que cette émission documentaire passe à une heure de « grande écoute » c’est presque un miracle, une sorte de dysfonction économique, une faute de goût. Profitons-en, c’est comme un vendeur de parapluies dans le Sahara, c’est rarissime.

J’ai beaucoup aimé le dernier volet du docu (qui en comporte trois), plus généraliste, où on voit l’estomac éclaté d’une tortue marine rempli de brosses à dents, de bouchons divers, de sacs poubelles déchiquetés, de bouts de pneus… Le visage du biologiste surtout, consterné devant le cadavre ouvert du reptile. C’est à se demander si de temps en temps ça lui arrivait de croquer un poisson, à cette pauvre bête. J’entends : un poisson qui n’aurait pas lui aussi absorbé du plastique… Ça nous vient du Pacifique cette image, océan sublime qu’on nomme maintenant « La soupe de plastique » dans les milieux autorisés (pas dans le catalogue Kuoni, par contre, pas déconner !). Non c’est vrai, je ne plaisante pas. La chaîne alimentaire marine est vérolée par le plastique, de A à Z. L’alpha et l’omega du fief de Neptune sont reliés par un filin de PVC meurtrier. Quand on trempe la main dans l’eau du Pacifique, paraît que c’est un peu gras désormais, huileux ; car le plastique, à part les gros morceaux, s’est dissout (en même temps que les dérivés du pétrole et les crèmes solaires des surfeurs…). Par ici la bonne soupe. La Méditerranée, on y arrive gentiment. Des montagnes de plastique devant les murs de béton des chaînes d’hôtels… C’est parfait. Vive les vacances. Et les vacanciers.
Hé, Trenet ! Reviens Charlie, avec tes golfes clairs… Reviens !

Non franchement, merci France 3 et bravo, vous avez fait du bon boulot ; je prends note de toute cette merde, des détails que j’ignorais ; désormais je vais boire que du pinard, moi. Dans une bouteille en verre soufflé, avec un bouchon en liège sauvage. Et quand j’irai aux ordures, je ne mélangerai plus le chlorure de polyvinyle avec les autres polymères sulfurés non recyclables, promis. C’est pourtant pas compliqué le tri.

Santé la Planète !

Le blister de l’ipod vert

13 avril 2008

Mon formidable métier générant un revenu considérable (est-il utile de le rappeler?), j’ai tout loisir de me munir des derniers gadgets à la mode (que je suis – du verbe suivre – bien sûr assidûment). En complément de mon installation hi-fi haut de gamme, j’ai donc craqué pour cet iPod « shuffle » à 49 Euros TTC, qui désormais m’accompagne dans la plupart de mes compétitions sportives en short. Formidable compagnon printanier – et incroyable prouesse techno – que cette discrète boîte à musique de 15,6 grammes, pouvant contenir plus de 272 heures de musique concrète (en boucle). Ou de disco si l’on veut danser dans le métro.
En revanche.
En revanche, oui, là où ça bablesse, c’est au niveau de l’emballage. Les Etats-Unis si je me souviens bien, n’ont pas signé le fameux protocole de Kyoto (vous savez ce truc rapport à l’environnement, aux émissions de gaz industriels, tout ça). Désireux de conserver leur réputation de gros pollueur devant l’Eternel, ils ont jugé préférable de ne pas signer. (T’as un stylo John? (…) Désolé messieurs nous n’avons pas de stylo.) Et continuent sur leur lancée : Voyons par exemple de quoi est composé l’emballage de ce minuscule iPod : d’une boîte en plastique de dix fois son volume, entourée d’un épouvantable blister en polyvinyle triple couche (d’une dangerosité qui n’a d’égale que celle d’un Opinel n°13 dans les mains tendres d’un bambin.) Avez-vous essayé d’ouvrir un blister pareil sans vous blesser? Sans vous entamer le côté de l’index? C’est très difficile quand vous n’avez pas une lourde paire de ciseaux à disposition (car il faut bien ça). Moi j’en avais pas : je me suis copieusement esquinté. La dernière fois c’était avec une souris taïwanaise. A molette. Terrible. Le blister en coque dure est l’une des inventions les plus consternantes de l’homme moderne. Solidité, souci de « transparence produit », design. Ok. Mais quasi impossible à ouvrir sans outillage. Et extrêmement polluant. On peut difficilement faire plus écologique.
Pour cet iPod, le vert fait partie des coloris disponibles. Magnifique ce vert d’ailleurs. Comme quoi.


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