Posts Tagged ‘Psychanalyse’

Headphones

3 avril 2009

metro-vide

7H30. Mis le casque. PLAY> …Toum Toum Toum… Quitté l’appartement et fermé à clé.  Moquette du palier, moutarde, appelé l’ascenseur. Moquette moutarde et paillassons. Portes marron. …Toum Toum Toum… Monté dans l’ascenseur, descente, 7… 6…., tout propre l’ascenseur, nickel, 5…, le miroir aussi, nickel-chrome, ajusté une mèche dans le miroir, …Toum Toum… allumé une cigarette, tiré une large bouffée, 2…, …Toum Toum Toum… , 1…, la porte, neuve, toute neuve, acier brossé, ils viennent de la changer, 0 !…, s’ouvre. Rez de chaussée. Astiqué. Concierge à chignon, à genoux, les gants roses dans le savon. …Toum Toum Toum… Des flacons jaune, orange, un seau vert. La concierge fait bonjour monsieur, sur ses lèvres pâles. Puis baisse les yeux, s’aplatit. Pas retourné le bonjour. Pas dans le rythme. Sorti par la cour fleurie. …Toum Toum Toum… Parti frais dans le matin net. Le matin net sous le soleil neuf. Magnolias, cerisiers saumon, amandiers, longé les haies géométriques sous la faïence des façades. Levé la tête au ciel roi, rien, pas un nuage, juste un oiseau, un passereau de passage, traçant une ligne sans souvenir. Le sol. …Toum Toum Toum… Le sol. Les baskets rouges filent sur le bitume taupe. Rouge, taupe, rouge, taupe, rouge, taupe, rouge, taupe. Dépassé une poussette à chérubin. Joie de la mère dans le matin net.  Marché jusqu’au métro, mains dans les poches. …Toum Toum Toum… Descendu dans la bouche-escaliers en sautillant. Bouygues en biais. Nestlé. Samsung. Surcouf. Dès 99 Euros. Tourniquet. Hop. Pas chez nous par hasard. Sony. …Toum Toum Toum… Happé par l’urine. Vous en rêviez. Flaque de pisse. Saw 6. Jeté la cigarette dans la flaque de pisse. SFR. Sourires crétins. Das Auto. Thaïlande en papier. 999 Euros. Faux sourires. Forcés. Singapore Airlines. Fragrances cologne, ça plane, avec l’urine, vite il arrive, le métro, …Toum Toum Toum… Ouverture des portes, visages nets qui s’engouffrent. Les nuques, les mise en plis, les french manucures, les bijoux en toc, fermetures des portes, les costumes, les mallettes, Marc Lévy à la gueule, les motifs des costumes, les mains potelées aux ongles nets, page 64, …Toum Toum Toum… les plis, les coudes, se serrer contre une dame, tenir la barre, se coller complètement, à un centimètre, le collier de la dame, le fermoir du collier, une boucle d’oreille, les poils dans l’oreille, les miettes de cire, serrés serrés, ces corps pleins du matin, un pinsher nain qui baille, sorte de rat pelé, la rame elle qui s’ébranle, …Toum Toum Toum… regards fixes, fixes et nets, Guillaume Musso, les rides qui trahissent les âges, sous le cruel des néons au-dessus des lisants. Desserré le foulard, mis le morceau suivant. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Presse quotidienne. Ralentissement. Plus de 1 000 milliards de dollars pour la relance et l’aide aux institutions financières. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Ecrase un pied, pardon. La dame au collier. Je sors à la prochaine. L’homme au rat pelé. Moi aussi. Pardon. Pellicules sur le tergal. Excusez-moi. Aqua Velva. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Les membres du G20 se sont mis d’accord pour mettre en œuvre des contrôles accrus des agences de notation et des fonds spéculatifs, sans préciser lesquels. Sans préciser lesquels. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Coup de frein brusque. Choc des corps qui s’entrechoquent. Masse renversée marmelade. Mélange de sacs. Quoi ce bordel. C’est à moi. Vous m’avez écrasée. Pardon. …Tonk Tonk Tonk Tonk… C’est à vous. Alarme. Le pinsher mord une main. Relevé sans problème. Un coup de poing part. Attente. Regards ahuris dans la rame à l’arrêt. …Tonk Tonk Tonk Tonk… Un cadre saigne à l’arcade, s’agite vainement. Cous dressés, impossible de voir, de savoir. Attendu cinq minutes sans pouvoir sortir. Surchauffe. …Bom Bom Bom Bom… Pompiers sur le quai. Affairés. Corps couché ensanglanté sur le quai. Sans tête.  Portes qui s’ouvrent sur l’effroi. Agents de la RATP. Vu des gens descendre, le visage tétanisé. …Bom Bom Bom Bom… Mains sur les bouches, sur les yeux pour ne pas voir. Pas qui se pressent, vent de stupeur. Emprunter les correspondances, merci. Effervescence maîtrisée.  …Bom Bom Bom Bom… « Incident voyageur ».
Resté dans la rame vide. Couché sur une banquette. Attendu une heure, deux heures, peut-être plus, que la rame reparte. Dans l’autre sens. Dans l’autre sens sans arrêt. Descendu au terminus dans la nuit. …oh my lovely babe… Voie technique. Personne. Enfin si. Contre une grille. Une vieille femme sans nez, par terre dans la graisse noire, jupe relevée. Manque une jambe. Actionne lentement un mandrin métallique dans son tréfonds intime. …oh my lovely babe… Pas bien regardé, mais vu des chairs sombres et spatiales. Des liqueurs violacées se répandre. Mis une pièce d’un Euro dans sa coupelle d’huile. Merci de la tête. …oh my lovely honey… Le sol. Le sol. Pas des cafards. Bien plus gros, qui courent sur le sol gras. Pas des rats non plus. Des élytres indiquent bien des insectes. Carapace brune à six pattes, des centaines devant, des centaines au moins, des milliers en tapis. …oh my lovely baby… Essayé de quitter l’endroit, mais comme attiré par le fond de l’endroit. Peine à respirer, soudaine. Voulu regagner l’air libre mais trouvé bloqué. Voulu demander conseil à la vieille, la gardienne de l’endroit, retourné donc vers la vieille. Actionnait encore son mandrin, encore et encore. A fond la chagatte. …oh my lovely honey… Sur le sol, des débuts d’intestins le long de sa jambe unique. Assisté au régal des blattes venues en nombre. Géantes et voraces. Voulu ôter le casque pour questionner la vieille qui vidait tranquillement ses viscères. Discuter trou noir. Pas pu. …come into my heart… Casque polymère collé, comme soudé aux oreilles, impossible à ôter. Volume augmenté. Bouton stop bloqué. Décibels de concert. …OH MY SWEETY BABY… Tympan perforé, conduit explosé, nerf détruit. Détruit. Douleur-volcan. Agenouillé devant la vieille. Respect la vieille. Respect dans la douleur-volcan. Baisé les tripes fumantes de la vieille et léché sa jambe bleue. L’insatiable agonisante sans nez. Et avec, maintenant, un trou énorme. Une béance qui attire. …COME INTO MY MIND… S’engouffrent mille bestioles dans le Padirac de la vieille. Descendu la moitié en rappel. Respecté les consignes de sécurité. 100% d’humidité relative. Eté prudent avec les baskets rouges sur les parois moussues. A partir du col. Suivi la pancarte : « Duerf, 45 minutes ». Sentier difficile. Prévu un petit bivouac dans le silence des limbes. Quand même. Sandwich au pâté. Sectionné le fil pour arrêter la musique. …OH MY. Ouf. Vue imprenable sur. (((7H00))).

Barbapapa

6 mars 2009

barbapapa

Disparaître dans la bouche du monstre vert. Petits rails fragiles. Wagonnet tremblotant. S’enfoncer dans les ténèbres. Tiens-moi la main. On sait jamais. Happé ! on est happé véritablement. Tu sens comme on est happé par le noir ? Et quelle chaleur, là-dedans. C’est intenable. Tiendrons-nous ? Je ne me sens pas très bien, déjà. Tiens-moi bien la main, hein. Ça sent le caoutchouc et… et la… la… Enfin j’aime pas ce que ça sent. Brrr. Tu entends cette chansonnette, aussi ? Ecoute… Cette ode aux pâquerettes et aux fleurs des champs… Pour nous faire croire. Nous abrutir. Nous endormir… Dormez les petits… Dormez bien dans le coton de la nuit… Il enfonça son poing dans le cul du bébé. Avec les bagues. Le cul du bébé ! Il est dix-huit heures trente-sept. Oh mon Dieu. Je viens de faire une compote de pommes. C’est bon la compote maison. Jan Akkerman est un guitariste prodigieux. Finir mon verre de thé. Reprendre un biscuit. Bourrer ma pipe. Bourrer. Etrange verbe. Violent, rugueux, pas très noble. Agricole. Est-ce que ça se dit « cul de bébé » ? Pas tellement. Cet automne, il est possible que je fasse un stage de reliure. Je ne savais pas qu’on pouvait faire des stages de reliure à Paris. Il y en a des choses qu’on peut faire, dans une grande ville, quand on est désoeuvré. Des crimes, même. Des sales choses. Tuer quelqu’un au hasard. Joue, Jan, continue à gratter, profite de la ligne de basse. Un inconnu dans une rue banale, une rue toute simple, une rue quoi. N’importe laquelle mais pas trop éclairée. La vilaine pulsion. Éclater sa face au fléau d’armes. Bonsoir, vous allez bien ? Bam ! Bram ! et Blam ! Entre une Peugeot et une Renault 5, garées loin d’un lampadaire. Cette compote gagnerait à être mangée plus froide, ce serait meilleur. On dit des fesses plutôt. Des fe-fesses. Montre-moi tes fe-fesses ! C’est fou ce que la lumière décroît. Et pourtant les jours rallongent, hein, bébé. Il y a un voyant lumineux, là sur ma gauche. Je viens de l’apercevoir, alors que mon champ de vision l’avait oublié. Téléphoner à mon père. Aller sur le blog de Léo Scheer. Pourquoi j’ai mal à l’aine depuis quelques semaines ? Pourquoi ? Et à la nuque, de plus en plus. En finir avec Jérôme, ce sale bouquin salement fabuleux. Il a dû en voir, Jean-Pierre Martinet, le pauvre. Quelle était l’idole absolue de Jan Akkerman ? Qui l’a inspiré ? Nettoyer cet écran, on voit plus rien. Et cette cervelle sur le capot. Screen & Keyboard Cleaner. Office Dépot. Flacon à « garder hors de portée des enfants ». Et que faire maintenant. Attendre. Qui a envoyé une balle a Sarkozy ? Ça doit faire drôle de recevoir une balle par la poste. Renvoie la baballe Nicolas ! Renvoie la 38 Special à tonton. Petite suée quand même sur ton front, Nico, non ?  J’imagine très bien la goutte couler entre deux rides d’inquiétude. Et tes mains moites de Président qui referment l’enveloppe, tremblantes mais chut. Chuuut. On envoie tout au labo pour analyse. Ce riff de guitare dans le ciel qui se referme. Ou qui s’ouvre à la nuit. Non, tout se referme. Les enveloppes, les ciels, les couvercles, tout. Et les espoirs, la plupart du temps. Julie qui me lisez, vous voyez, hein. Tout se referme. C’est peut-être mieux, finalement. Vous êtes cuisinière, Julie ? Il y a une, deux, trois, peut-être plus que trois Julie qui vont lire ces quelques lignes. Vous faites aussi la compote l’après-midi, vous ? Ou vous, Julia ? Et vous Juliana ? Je… Non, rien. Ça me lance dans la cuisse, à l’instant. Sans doute suis-je mal assis, sur cette banquette.
Que reste-il à écrire. Pourquoi. Que faut-il écrire. Qu’est-il bon d’écrire. Souhaitable. Croiser des regards, se faire croiser les idées. Quelqu’un a dit que j’étais nihiliste. C’est pas tout à fait faux ; mais je construis. Je n’irais pas jusqu’à dire que je bâtis, ça non, j’en serais bien incapable, mais je construis, ça oui. J’ai toujours cru que c’était Sergio Leone qui avait fait Mon nom est Personne. Eh bien non : lui il n’a eu que l’idée, c’est tout. C’est déjà pas mal. Le réalisateur, c’est un mec qui s’appelle Tonino Valerii, tombé dans l’oubli. Le produttore, Fulvio Morsella. En 1973. Prends des notes, Julia, ça c’est des infos capitales, c’est pas de la rigolade. Zaap. Parfois je me demande, comme ça, vers quatre heures du matin, pendant une insomnie, que fait Eddie Quinn, chef machiniste sur L’Exorciste, le film de Friedkin. (1974.) Je veux dire, ce qu’il fait là en ce moment, trente-cinq ans plus tard, pendant que je ne dors pas. A quoi est-ce qu’il pense ; quelle pensées – saugrenues, érotiques, s’il en est – l’habitent, à Eddie, à cette heure-ci, de l’autre côté de l’Atlantique. S’il aime la compote de pomme avec de la cannelle. S’il s’est masturbé avant de s’endormir, tout seul, dans son grand lit de machiniste. Peu probable qu’il m’entende, c’est dommage. Ne pas répondre au téléphone. Ça sonne. Non. Rester là au milieu des stridences et des odeurs de cadavre. L’idée d’un machiniste seul me rend triste. J’aimerais être une mouche et asseinir sur le bout du téton de qui ? De qui ? Imagine.  T’es là, avec tes petites pattes de mouche. Et tu te poses sur un sein. Tu asseinis juste sur la pointe. Et tu commences à danser doucement sur ce bouclier de peau marron. Domiane Hodge-Molarski ne s’en aperçoit pas. Elle, elle bronze. Elle croit qu’elle est tranquille. Que le monde lui fout la paix. Elle est à poil avec ses Ray-Ban. Elle brille d’huile, cette salope de Domiane. A poil, la girl, et toi t’es la mouche. En plein soleil, qui danse. Tu ne vois pas l’ombre qui bientôt va te recouvrir. L’ombre de la lame. Tu continues à danser, comme une mouche dansante. Tu ne vois rien arriver, sur ce sein gauche. T’es une grosse mouche naïve, un peu paumée, qui a besoin de se dépenser. Et qui va bientôt être coupée en deux par une lame pressée. Pourquoi t’arrêtes, Jan ? Pressée d’en finir avec un coeur. Continue, Jan, joue, joue. Joue contre joue ! Joue jusqu’au sang ! C’était bien, c’était kiphant, ta zique ! c’était ailleurs et c’était phort, bouleversant ! Unique. La musique. Le soleil à nouveau. Ah ! Barbapapa, Messieurs et Dames ? C’était pas trop long ce voyage d’ombres ? La lumière, il était temps. Fais-moi goûter. Je veux du sucre, maintenant.


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