Oiseaux du désert

novembre 6, 2009 par Nicolaï Lo Russo

On peut observer, depuis quelques temps, au niveau de la plupart des blogs, des symptômes de faiblesse, de désaffection, qu’on désigne généralement par signes de fatigue. Vous avez noté ? C’est même, laissons là les euphémismes d’usage et osons une image simple : le désert au crépuscule. Tout le monde semble attendre que quelque chose se passe. Cou tendu sous la voûte céleste. Quelque chose de neuf.  D’inattendu, comme une météorite. Les trolls, petits marsupiaux des sables, sortent, prennent gaiement le pouvoir (lequel au juste ?) – les trolls, vous savez, ces petites bêtes pourtant pas si bêtes, même malignes comme tout, qui font tout pour que ça s’effondre, que ça se casse vraiment la gueule. (hihi ^^%¨¨%^^ kêêêk, té chié touâ dukon, kââk râââk…) Pour que le désert, qui n’en demandait pas tant, devienne fosse. Trou à rats. Soyons clairs : on est parfois troll sans le savoir. Sans le vouloir. On se croyait chameau, et puis non. On est là, dans notre petite existence blême, à taper sur notre azerty une petite phrase torve, qu’on espère soudaine et bousculante, venimeuse. Une phrase-crotale sortie des plis. Pour que le sable fasse une mini vague sous la lune. Et puis, rien. Rien de rien. La météorite n’arrive pas. Juste une rixe vite maîtrisée, vite oubliée, comme un caillou.

En fait, guette l’ennui.

Alors d’aucuns quittent les lieux, se recroquevillent dans leur terrier, volent à leur nid. Vaquent à d’autres occupations – il faut l’espérer moins souterraines, pourquoi pas lucratives (tant qu’à faire). Un mot est lâché sur la dune : constructif. Il faut, paraît-il, être constructif. C’est le grand mot. C’est Babel, c’est la Tour, l’édifice à bâtir. Arriver là-haut, enfin. Déconstruire d’abord. Ensuite reprendre. Recommencer parce que finalement c’était bien mal parti ; exactement : ça partait en couille. Inutile, donc, de tenir le rythme, parce que de toute façon, comme ça, c’est foutu.

La suite ? Oh moi, le photographe, j’en sais rien, je ne fais que constater. Avec mes petits yeux. L’avenir se dessine bien tout seul, non ? malgré les efforts pour le circonscrire. Je disais l’autre soir, ici, qu’un blog est un organisme vivant. Que parfois il tombe malade, et qu’il est possible que la maladie soit chronique. D’où vient le mal ? l’épidémie ? De l’époque ? Je me demande. La crise ? Sans doute un peu. On se fatigue vite. On en a vite marre, maintenant. On veut autre chose. Tous et toujours. Autre chose.

Il faut je crois, dans ce TROP, dans ce moi moi moi, retourner à la rareté. Aller au manque. Retenir les flux. Là, seulement, les choses redeviendront précieuses.

En attendant, debout sur ma petite brosse en poils tordus, en attendant que le soleil revienne un peu, qu’il y ait à nouveau un vague espoir, je m’en vais, ci-dessous, rendre enfin hommage à un auteur que j’aime beaucoup, disparu le mois dernier : Jacques Chessex.

Voici donc, cher Jacques, oiseau immense au ciel infini, toi qui m’as fait m’essayer à la plume – sans même que jamais tu le saches –, voici lecture d’une nouvelle magnifique, tirée de ton recueil éponyme et introuvable, sombre diamant paru voilà trente ans : Où vont mourir les oiseaux. Tu es toujours aussi jeune, mon cher.  Eternel. Alors écoute, de là-Haut, elle est à mes yeux cette nouvelle, celle qui te raconte le mieux, outre qu’en ces temps frais et durs, elle est de circonstance. Elle est la poussière et la Lumière.

Pour toi, et sans chewing-gum cette fois, voici :

Contractions (HYROK, J—1)

octobre 6, 2009 par Nicolaï Lo Russo

naissance d'un poulet

En général, les contractions c’est juste avant la naissance. Eh bien là, messieurs et dames, c’est après. Juste après. Des espèces de crampes, des sueurs, des vertiges de derrière les fagots. Mon livre – qui « existe » depuis dix jours – sort demain, je veux dire : dans les librairies, les églises, les aéroports, sur Mars, Pluton, et j’ai le trac, c’est terrible. Incontrôlable. Complètement con hein, la trouille. Comme une nana, une souris apeurée. (Et encore, c’est un cliché, y a des nanas qu’ont jamais le trac, qui s’en foutent absolument, qui foncent, les seins à l’air et puis c’est tout. Niak.) Je ne devrais pas vous le dire, ne pas vous dire que je fais des cauchemars terribles en ce moment, que je rêve que ma mère me poursuit avec une fourche parce que je n’ai vendu que soixante-quatre livres en un an, que je suis un bon à rien, un fichu scribouilleur de billevesées. Devrais pas vous le dire, non, bien sûr, je devrais plutôt vous faire le mec qui assure, le grand poilu qu’en a vu d’autres, bah un livre mais c’est rien mon roudoudou, une bille, rien du tout. Une minuscule toute petite chose dans ce monde si vaste, allez ça va, ferme ta bouche NLR, déconne pas ! Respire, mange une poire, de toute façon tu sais bien que ça sert à rien les livres, l’art – pardon : L’Art –, tout ça. Que ça change rien. Dans le fond. Que ça va pas ralentir le réchauffement de la planète, que ça va pas stopper ni le cancer, ni les guerres ni la famine, ni les triple-cheese, ni la Star Ac’, ni quoi que ce soit. Que c’est de la merde. Des tonnes de jolies merdes invraisemblables, inutiles et interchangeables, plein les radios, les plateaux, les librairies et les rires d’abrutis.

Y croire malgré tout.

Donc je suis allé me balader, ce matin, vérifier que tout est bien en place. Que la température et l’hygrométrie sont optimales chez les libraires de toute la Francophonie. J’ai fait un grand tour. C’est impeccable. Les cartons sont là, prêts à débouler en hautes piles sur les tables. Prêts à pousser les Beigbeder, Levy (Justine, cette fois) et autres Jardin dans le ravin. Pardon de vous déranger petits petits, allez allez, HYROK arrive. Ah ben oui que voulez vous. Vous croyiez quoi. La récréation est finie les enfants, on rentre. Place au Maître du Suspense.
J’ai même eu l’occasion de rendre visite à un libraire – la Librairie Française de Zvovsk – où seul HYROK sera vendu dès demain. C’est impressionnant. Des murs de mon livre, dis ! Des pans entiers, bien épais double couche, du sol au plafond, on ne sait à peine où mettre les pieds dans ce labyrinthe ! Mon livre est arrivé par camions. J’espère que ça va se vendre tous ces bouquins nom de Dieu ; le libraire est confiant. Et puis c’est un ami. En sortant j’ai trébuché sur le dernier Nothomb, qui traînait par terre, j’ai donné un coup de pied dedans, il a fini sous un meuble. Je l’ai dit et je le redis : en certaine contrée, où j’ai mes habitudes, je ne tolérerai aucune concurrence. En cette rentrée littéraire, aucune, que ce soit clair. Heureusement mon attachée de presse a été d’une redoutable efficacité. Quatre mois qu’elle bosse là-dessus, elle n’en dort plus la nuit, elle a usé trois portables rien que pour moi. On a toutes les télés, toutes les radios, les groupes de presse importants et même quelques cibistes afghans. Je l’ai eue au téléphone ce matin, mon attachée, elle était nonobstant toute désolée : Radio Alaska ne pourra faire qu’une chronique de cinq minutes sur HYROK. C’est vrai c’est embêtant ça, mais bon. Cinq minutes c’est mieux que rien.

Voilà, je vous laisse les amis, Léo m’attend dans son Falcon, on va fêter ça à Ipanema, dignement, avec une poignée de brunes sans filtre.

’sta luego.

PS : Si, dans les jours qui viennent, vous franchissez la porte d’une librairie et que vous ne butez pas contre une pile de HYROK dès l’entrée, c’est pas normal : avec une mise en place à 300 000 rien qu’en région parisienne, vous avez le droit de vous plaindre auprès du maître des lieux, qui réparera vite ce malheureux contretemps.

Rétro-résurrection (HYROK, J—10)

septembre 27, 2009 par Nicolaï Lo Russo

manuscrits

Nous avons échappé à la catastrophe, mes frères : j’ai trouvé un éditeur pour HYROK. C’est, selon toute vraisemblance, officiel depuis quelques jours, je peux le crier. On m’a signé voilà une semaine. Pour ceux qui ne savent pas, cet éditeur, signataire du contrat, ce “on”, c’est Léo Scheer, Paris, cinquième étage porte droite ; le bouquin, 516 pages serrées (Garamond corps 10,5), sort le mercredi 7 octobre 2009 à 9h30 dans la collection M@nuscrits, wagon n°7 voie B, toutes les bonnes librairies – et même quelques mauvaises, sans doute. Les dernières corrections sont en cours de français. Les toutes toutes dernières avant que ça gèle.

Tu parles d’une correction, mon brugnon.

Pas été facile. Quelle tannée ce truc-là, de se faire publier. De dire voilà les gars ça y’est, haha, la petite barrière est franchie, hop. Je peux le dire : ça a mis quelques années. Trois. On a vu pire mais bon.

La petite histoire à gratter ? La traditionnelle petite histoire. Bien. D’accord. Pour les archives, les entrailles du web, ok. Je la raconte, surtout, parce qu’on est quand même passé pas loin du désastre ; j’aime autant vous dire. De la mort. (Dans d’atroces souffrances évidemment, voyons.)

Voilà l’histoire, donc. En treize points. Tant qu’à faire, autant être superstitieux.

1- Novembre 2006. Je mets un point final à la version 2 du manuscrit (tapuscrit, en vérité, mais ce mot est tellement laid, tellement toc-broc, que je garde manuscrit). 549 pages A4. J’y travaille depuis deux ans. J’y pense depuis cinq au moins. M’envole avec M., ma dulcidouce, début décembre, en Pologne, Cracovie, quelques jours. C’est l’hiver, juste avant Noël, tout brille. Envie de lui faire lire. Cadeau. Voilà, lis, ma chérie. Lis, je viens de finir. (En fait ça commence. Tout commence.)

Elle aime. Normal. Elle m’aime. Elle pleure à la fin. Flocons qui fondent sur son visage chaud et beau. Je me souviens très bien. Et j’aime les filles qui pleurent à la fin. Craco-vie la sublime. Gravée dans mon coeur.

2- Mars 2007. Après les primevères. J’ai fait lire à quelques autres. Le fameux petit cercle. La version 3. Puis 4. On a aimé. On n’a pas aimé. On s’est vexé. On s’est quitté. Rancoeurs et jalousies. Normal. C’est qu’il y a des choses dans ce livre. Dans ce livre qui fait désormais 557 pages. 8 ont germé en trois mois. Le printemps s’annonce magnifique. Mais brutal.

3- Avril. Le 6 avril. Grand Jour. Je prépare l’envoi “par la poste” de quatorze premiers manuscrits “avec mes coordonnées”. Comme il se doit. Et comme je ne “connais personne”. Version 5 ; qui fait maintenant 510 pages environ – un petit amaigrissement que je vois salutaire (j’ai finalement viré des pages jugées trop “techniques”). Donc : Fayard ; Grasset ; Seuil ; Stock ; Denoël ; Flammarion ; Albin Michel ; Gallimard ; Le Dilettante ; Le Diable ; Léo Scheer (si si) ; Lattès ; Belfond ; Hachette Littératures. A l’attention de l’éditeur, au moins d’un directeur littéraire “choisi”. Coût de l’opération : 457€. (15 manuscrits à dos collé, à 30 euros pièce + 7 euros d’envoi au Diable Vauvert, qui est loin de Paris, et à qui je ne suis pas allé déposer l’enveloppe craft moi-même – qui suis postier, parfois, mais pas encore pilote de Cessna.)
Le tout, accompagné chaque fois d’une courte “lettre d’accompagnement”, la même ; elle est très simple, je vous la livre entière :

(…)

—  … autrement, quel livre auriez-vous aimé avoir publié ces années-là ?

—  HYROK, sans hésitation. Mais il nous a échappé… Il me semble bien l’avoir vu passer pourtant…

—  Ça arrive parfois oui… À part ça ? Pas d’autres petits regrets ?

—  Je ne vois pas non… Hammerstein peut-être ; Calache aussi… Les  francs-tireurs qui sont venus ensuite quoi… Des gens devenus nécessaires, par ces sombres temps… On en a quand même sorti quelques-uns heureusement !…

—  Léo Scheer un très grand merci !…  Nous allons devoir hélas rendre l’antenne…

(« Viens dans ma fiction » ; © France Culture, 2027)

Les autres, idem, même lettre : Bernard Comment un très grand merci, Marion Mazauric un très grand merci, Jean-Marc Roberts un très grand merci, etc. 14 fois.

4- Avril. Le 7, lendemain de mon dépôt, Bernard Comment, le directeur de la collection Fictions&Cie au Seuil (de l’étouffement) me téléphone en fin d’après-midi. “Oui, bonjour Monsieur Lo Russo (…) excellent courrier (…) lire au plus vite votre manuscrit (…) à très très bientôt…” Putain. Déjà. Ça mord sérieux cette lettre haha ! C’est vraiment facile de les avoir en fait ! Génial, génial…  Ah si Wrath savait ça, qu’il suffit juste d’une bonne lettre d’accompagnement…

5- Mai 2007. Aucune nouvelle de Bernard Comment. Il doit lire lentement, c’est certain ; savourer ; et se garder les meilleurs pour la fin ; pour le dessert. Patience dans l’azur.
Les autres ? Rien, trois retours avec “lettre standard de refus” (je vous en fait grâce). Bon bon bon. On va passer un bel été je sens. (En fait, Bernard Comment me répondra par une lettre manuscrite presque illisible, début juin, dans laquelle “après lecture”, il “renonce à publier HYROK”, malgré “un matériau formidable, qui ne manque certes pas de qualités ni d’ambition”. Les vraies raisons du refus, qu’il éludera en m’envoyant “exceptionnellement” une note de trois pages d’un de ses lecteurs vaguement courroucé par ma prose, me resteront à jamais confuses, pas nettes. Je lui récrirai une longue lettre, demandant quelque explication, mais qui restera lettre morte. Bernard Parce Que.)

6- Ete 2007. Avec les premiers coups dans l’eau, les premiers renvois de manuscrits – “récupérations” à pied plus précisément –, j’aborde, un peu déçu, la liste des “moyens et petits éditeurs”, à qui je livre les manuscrits retournés (m’efforçant de restaurer ceux qui me sont rendus maculés, d’effacer les taches de café, ou de merde (de pigeon ?), avec du papier de verre 000 – les saligauds). Entre deux rayons de soleil sur mon balcon, je tombe un peu par hasard sur le blog des éditions Léo Scheer, tiens il a un blog lui… (à vocation longtemps “interne”, mais qui dépasse quand même de beaucoup dans la blogosphère “externe”, eh oui, sans quoi je ne serais pas tombé dessus.) Léo Scheer qui visiblement n’a pas encore lu le manuscrit que je lui ai adressé personnellement. Je prends un pseudo, tiré de mon roman : Strangedays ; et commence à arpenter les murs gris de ce blog. Ça a l’air de parler bouquins, édition… Sait-on jamais. J’en profite pour ouvrir la brosse Gherta, histoire de, ça donne une contenance, un point de chute dans l’océan.

7- Automne-hiver 2007-2008. On est à vingt-trois éditeurs. Merde. J’ai quand même fait réimprimer 6 manuscrits d’une nouvelle version qui s’appellera “HYROK, ou la vérité sur la vie de Louison Rascoli”. Premiers retours de “lettres circonstanciées”. Qui me serviront d’une part à modifier mon texte (très légèrement, car les avis sont souvent contradictoires), et surtout à composer une nouvelle lettre d’accompagnement, pour mes envois de printemps, où je ferai, cette fois, le coup de la “revue de presse” (authentique, vérifiable, et bien évidemment élaguée des “points de réserve”).

8- Novembre 2007. Stand-by. Mon manuscrit est “en balance” chez Denoël, mais ça dure, ça dure, c’est terrifiant. C’est à se demander ce qu’ils veulent. Comment ils travaillent. (Je passerai tout l’hiver à attendre. Attendre qu’ils aient fini de se gratter.)  Pendant ce temps,”Strangedays” rencontre Léo Scheer pour la première fois à la galerie éponyme. Prix Sade 2007 (Salopes, de Denic Cooper,chez P.O.L). Ah c’est vous Strangedays. Oui c’est moi. Bonjour bonjour. Contact sympathique-tac. Je ne lui parle évidemment pas de HYROK (qu’il n’a sans doute pas vu passer), mais plutôt d’un autre projet, tout à fait hors monde de l’édition. Petite diversion galactique, sans suite.

9- Décembre. Léo Scheer sort de son P4 un concept de collection en ligne intitulée M@nuscrits, en carbure de titane. Suffit juste d’uploader des m@nuscrits pour se faire lire par la “communauté” (alors naissante). Et de pas oublier le “@” désormais. Important le “@”. Bon. Verra bien. Prudence est mère de sûreté. Ne pas se précipiter. Attendre encore. Hiver figé. Noël. Morne et froid. Saumon celte, huîtres et déception. Bilan de l’an. C’est vraiment dur d’être édité. C’est impossible. Si tu connais pas. Un gros machin pareil surtout, avec des poils. Impossible. Refusé refusé refusé. Ça y’était presque, pourtant. Merde de merde. Reste Denoël.  C’est que j’y tiens à ce bouquin, et sacrément. Enfin, ce pas-encore-bouquin. Qui à la fin de cette année m’a coûté pas loin de six cents euros ! Ça va vite les “manuscrits papier” mon enfant. Quand je pense à ce que gagne un “jeune auteur” pour son premier livre en général… Faut avoir envie !… Bref. La question n’est pas là.

10- Printemps 2008. Bon début d’année, autres projets prometteurs. Petit éclaircissement malgré un “non” chez Denoël du bout des doigts. Je fais le pitre sur le blog de Léo Scheer. Je bataille avec les Stalker, Müller, et autre Marco. On affûte les couteaux, croise les fers, parfois furieusement, pendant que Barberine prépare tranquillos sa sortie dans M@nuscrits en première mondiale. On se demande, on spécule, on se gratouille, on jase, on fait mine. C’est nouveau. Je me surprends à me dire et si. Et si Léo Scheer. Ce qui me refroidit un peu, c’est que je reçois à ce moment-là une lettre de refus-type des éditions… Léo Scheer ! Moi qui pensais – qui espérais – que depuis le temps ils avaient paumé mon manuscrit ! (sans @). Tu parles. Retour, à la queue leuleu, avec les autres, et sans un mot. Ça va pas être simple du coup.
En attendant, comme faut pas mollir, je prépare la suite, satanés nouveaux envois : sept HYROK version 8 toute fraîche, que j’enveloppe dans du papier noir avant dépôt. Noir comme la guerre. Plon ; Cherche-Midi ; Balland ; Le Passage ; Verticales ; Calmann ; Anne Carrière (bon là ce serait erratique, c’est vrai). On dirait des munitions, ces paquets ; des bombes que je vais aller lâcher à Saint Germain. Là ça va péter c’est sûr. D’autant que cette fois je joins la lettre “revue de presse”, fruit de mes envois précédents, le sésame assuré, le pied de biche imparable. Pensais-je.

« Le récit de la destinée tragique de ce photographe possède un véritable souffle (…) Un réel talent d’écriture dont l’harmonie principale réside en un subtil mélange de force et de fluidité. » (P-G de Roux, Dir. litt, Le Rocher)

« Il y a là un matériau formidable, qui ne manque certes pas de qualités ni d’ambition… » (Bernard Comment, Dir. litt, Seuil)

« Ecriture fluide et inventive, au service d’un vrai sujet… »  (Claire Delannoy , éditrice, Albin Michel)

« On peut se prendre au jeu et se dire que le texte aurait une valeur sociologique et anthropologique pour les générations futures (…) au fond, le dispositif narratif est assez malin. Et puis le dénouement est une réussite. » (Comité de lecture ; Seuil)

« Originalité des jeux formels (enregistrements, blog, sms…), mais des passages un peu graveleux… » (Comité de lecture, Flammarion)

« Il y a plein de choses bien » (Guillaume Allary – par e-mail ; Hachette littérature)

« C’est très intéressant… (…) A mon avis, il ne faut surtout pas enlever les passages un peu limites… ». (Audrey Diwan – au téléphone ; conseillère éditoriale, Denoël)

Pas mal hein ? Un éditeur qui reçoit ça avec le manuscrit, merde, il s’intéresse, non ? Il jette un coup d’oeil. Eh ben non. Rien. Rien de positif se passe. Juste Verticales et Plon (une catastrophe, Plon, hallucinante, que j’ai déjà relatée ici.) Pour Verticales, on m’adresse une réponse en juillet, où il est dit dommage que le style de la première partie ne se poursuive pas dans la suite du roman ; que ça “tombe dans l’oralité”. Z’ont rien compris, eux, rien. Pas bien lu. Pas lu, plutôt. Pas le temps. Faut les comprendre. Merci quand même Verticales pour vos mots horizontaux. Les autres, rien, on est en juillet, pas de nouvelles. Et là on est à pas loin de huit cents euros ! pas loin de trente éditeurs contactés ! Ça commence à faire. Energie, argent, mauvais sang. Quelle merde. Envie de poser un pain de plastic dans ma boîte aux lettres. Qu’il n’y ait plus de boîte aux lettres. Plus de refus. Houellebecq était dans ces eaux-là pour son premier, avant Nadeau. Trente éditeurs. Ça console, mais bon.

Bientôt deux ans que je cherche un éditeur. Un mec qui comprenne.

Léo Scheer c’est cuit, ok.  Mais imaginons : si, soudain, après la “rétro-publication” (son dada de rendre concrets certains textes venus du net – six à ce jour),  il accrochait au concept de rétro… résurrection ?! : le manuscrit noyé, trucidé par la voie dite “normale”, mais sauvé des eaux par M@nuscrits ! Ça serait-t-y pas une belle histoire, hein Balthazar ?
Reste qu’à essayer, j’ai plus rien à perdre.

11- Eté 2008. J’envoie une nouvelle, une historiette un peu marrante, en format pdf dans M@nuscrits. En mon vrai nom. Pour tester le truc. Tâter le terrain. L’Ivre de Zob. Et ça se passe bien. J’ai rapidement des commentaires positifs, d’internautes de passage, de blogeurs, d’habitués, d’autres “m@nuscrivants”. Je me dis tiens, il y a peut-être quelque chose par-là. Une petite fissure où je pourrais m’enfiler. En plus, ce comité de lecture est autrement plus disponible et accessible que les “lecteurs des maisons d’édition”, cette trop sombre brigade.

La suite est connue de certains. Rapidement : Léo Scheer, en vacances en Corse “mais avec une connexion” me propose de lui envoyer une version pdf de HYROK (version 9), dont je lui ai fait lire le prologue. Depuis le temps, grâce au blog, à mes interventions fréquentes, il me connaît un peu. Connaît aussi mes déboires avec ce sacré gros texte, ce rorqual malheureux. Il décide alors, depuis sa crique bleue, de le mettre en ligne en entier, après l’avoir copieusement tronçonné en dix tranches. (Ce qui m’a fait un choc terrible, quand j’ai vu ça sans avertissement.) Mais je lui fais confiance. Dés septembre, débutent les lectures de commentateurs courageux – près de cinq cents pages à lire en ligne, faut s’y coller. Dahlia, blogueuse influente,  étonnante d’assiduité, fera le premier pas décisif. Trouve le livre “dément”. Ouvrira la porte à d’autres, avec beaucoup de bienveillance. HYROK, tranquillement, s’enfonce dans l’automne, puis dans l’hiver, recueille pas mal de commentaires, d’avis favorables de lecteurs divers. J’en suis heureux mais abasourdi, quoique je sache, au fond de moi, que c’est un bon texte.

12 – Printemps 2009. Sélectionné dans la Revue Littéraire N°38 des ELS pour un extrait (le prologue), j’apprends par Florent Georgesco, éditeur maison, que HYROK est un roman “à paraître”. Quand ? peu importe. On verra. Je suis fou de joie. A paraître ! Miraculé.
Un peu plus tard, une date tombe. Ressuscité.
Mi-juin, j’envoie à Florent une version 10, la toute dernière de mon crû, pour corrections, dans une vraie allégresse.

13 – Fin août. Retard monstre. No news. Mais j’attends en sifflotant. Pas encore signé. Parfois j’imagine le pire. Non, ils n’en seraient pas capables. Quand même pas. Non, je déconne. Tout va bien. Faut juste attendre encore. Profiter pour changer un mot çà et là. Toucher une phrase. Passe-moi la lime, Brigitte.
Florent est sur trois feux simultanés. Il n’aura pas le temps de s’asseoir à côté de moi. Navré – il a aimé et défendu HYROK –, il passe la main. Ah zut.
C’est finalement l’excellente Julia Curiel, “assistante” éditoriale qui s’y collera – éditrice, allez : en fait, tout le monde fait tout, là-bas, ou presque.
Le temps presse. Heureusement, peu de corrections. Les règles typos, quelques virgules, un alinéa à faire, une phrase un peu bancale à régler. Du beurre, mais faut “scanner” plus de 500 pages, l’œil bien ouvert pour traquer les coquilles, faire la maquette, la quatrième de couv’, ça prend un temps considérable. Dizaine de jours de travail.

Là, ça sort tout chaud de l’imprimerie. Séquence émotion.

Le bébé fait un peu moins d’un kilo. C’est pas très gros pour un bébé, mais je peux vous dire qu’il est beau. Bientôt dans vos bras, si vous le voulez bien.

Semaine prochaine, je vois Anne Procureur, attachée de presse fort sympathique-tac. Tic-tac…

Trip to Andromède

août 26, 2009 par Nicolaï Lo Russo

L’été n’est pas tout à fait fini, je pars une quinzaine de jours pour une autre galaxie. Oh pas bien loin, quelques années-lumière ; tout ce que je sais c’est qu’il y aura des femmes-raie, des sardines et à boire. Sympa. De quoi réfléchir à une ligne éditoriale – si j’ose dire – un peu différente pour la rentrée (parce que bon, ça commence à bien faire ces petites histoires que je vous conte depuis quelques mois, je ne peux pas faire que ça, c’est pas exactement un blog, autrement. Non ?)

Si vous avez des idées, même des idées moisies, je crois que j’ai le ouiphi, là-bas, je jetterai un oeil de temps en temps. Sait jamais.

En attendant je vous laisse en charmante compagnie, avec Vaness’. De la pure mégameuf top du top. Déjà une super star (de son quartier). Géniale. Allez, je vous en mets quelques tranches, et n’hésitez pas à aller chatouiller madmoiZelle, c’est cool ; sont trop forts ces p’tits jeunes. Ils dessinent demain.

Fais péter les baffles, Bobby.

Et le TUBE de l’été…

L’ère du masque

juillet 26, 2009 par Nicolaï Lo Russo

masques blog

Cher Monsieur,

J’ai bien reçu votre courrier du 14 mai dernier qui faisait suite à notre entretien, vous remercie de votre intérêt et de votre confiance.

Débordés comme rarement, c’est avec vigueur et bien navré que je tiens tout d’abord à m’excuser pour cette réponse un peu tardive. Ce qui m’a permis en revanche me pencher personnellement sur les éléments que vous surlignez dans votre missive, questions qui tout comme vous continuent de nous inquiéter aujourd’hui, je puis vous l’affirmer sans détour.

Peut-être les lignes ci-jointes en copie (extrait libre du dossier), matrice mise en forme à l’époque par nos services pour la procédure de contumace, vous aideront-elles dans vos investigations. Que les quelques tournures littéraires et autre cosmétique que vous y trouverez, – ce ton qui peut aider la défense dans sa préparation –, ne vous empêche pas, le cas échéant, de voir ce que vous recherchez pour votre émission – fameuse, et toujours intéressante.

(…)

Me Gaspard de Hauteville, Avocat à la Cour.

*

(…)

Ce 12 septembre 1989, – autant dire il y a un siècle –, quand Pierre Bonnefoy tape pour la première fois « Bo JH TTBM » sur le clavier de son minitel, il entre sans le savoir dans un univers qui finira par l’empoisonner. L’empoisonner et, ce qui n’est pas moins grave, l’emprisonner tout à fait.

Pierre Bonnefoy s’ennuie dans la vie. Il a un travail, marionnettiste, une femme, quelques amis, même un projet d’enfant, mais il s’ennuie ferme. D’autant qu’il présente aux yeux d’autrui le profil type de « l’homme moyen » tel que certains le conçoivent encore, avec une once de mépris bourgeois. L’homme incolore, avec son court mètre soixante-douze, son visage mou de poupon craintif, et, pour entrer comme il faut dans le tableau, son début d’alopécie et sa propension à la transpiration excessive. Or s’il est une chose que Pierre Bonnefoy redoute avant tout, c’est, paradoxalement, la mollesse palote de l’existence. Le train-train quotidien, sans aspérité aucune, sans chemin qui s’enfonce, sans mystère qui happe, sans excitation particulière. Sa jeunesse festive et protégée à Neuilly ne l’a pas habitué, encore moins préparé, à la grisaille commune des jours. On arguerait pourtant qu’un projet d’enfant est quelque chose de lumineux, qui risque de déboucher sur des joies longues ; qu’on va oublier son petit nombril d’intermittent du spectacle un temps, mais non : Pierre Bonnefoy n’en a cure ; il ne peut que se résoudre à admettre qu’il s’ennuie trop souvent ; c’est comme ça, c’est son sentiment. Ce qui le chagrine, surtout, faut-il le redire, c’est son aspect physique ; on le regarde fort peu : il eut préféré de loin être plus grand, plus beau, globalement mieux bâti, plus viril aussi, plus résistant ; mais la nature, sans avoir été cruelle, ne l’a doté que moyennement des atours du corps ; le minimum vital en somme ; charpente, cœur, poumons, et sang, pour faire bref. Ce qui, nous allons le voir, est un peu juste, pour les ambitions démesurément sensuelles de Pierre Bonnefoy – que ses marionnettes ne peuvent absorber.

« Bo JH TTBM », donc. Le pseudo brille de son éclat le plus vif sur l’écran de pixels ; intrigue, en ce tout début d’époque des « réseaux sociaux ».  Et puis ça n’est pas rien « TTBM », sigle emprunté aux codes gays naissants ; « très très bien membré », ça attise sacrément ; le truc hors norme, la puissance vitale qui fait tant défaut à Pierre Bonnefoy. Lui soudain en Apollon-étalon ! pectoraux, abdominaux, barre à mine à mi-hauteur. Magnifique avatar ! Dieu grec, mesdames et messieurs les jurés ! Au travers duquel il conversera longuement, fièrement, avec « Corinne mariée », « Julia 95C », « Couple pour trio », voire même « Bruno bonne suceuse », sources inépuisables d’excitation, de dialogues salaces et prometteurs qui parfois l’emmèneront jusqu à tard dans la nuit, sexe en main, en transe, alors que sa femme Sophie dort. Ou qu’elle ne dort pas.

Dans la vie tristement pâle de Pierre Bonnefoy, cette découverte qu’on peut s’inventer vite fait une identité en kit – fut-elle fallacieuse – va s’avérer d’abord providentielle, quoique ce jeu de rôles, comme on pourrait le définir sans pousser trop l’analyse, n’occasionnera aucune rencontre véritable. (Plus besoin de rencontrer d’ailleurs : le tchat, comme chacun sait, permet d’obtenir une distance si proche – curieux oxymore -, si tactile, qu’il est devenu tout à fait décevant et superflu de rencontrer qui que ce soit ; d’autant plus quand, comme dans le cas de Pierre Bonnefoy, il y aurait clairement « tromperie sur la marchandise ».) Providentielle découverte, disais-je, car cette forme de schizophrénie virtuelle et délibérée, contrôlée au début, va se trouver comme porteuse d’une vie augmentée, annonciatrice d’un espace de plus à parcourir (assis, devant la peau si douce de l’écran), d’un champ sensoriel nouveau à investir ; il serait trivial et taquin d’affirmer qu’elle invite à une Second Life (ici, essentiellement sexuelle). En tout cas à une other life. Ce qui ne connaît aucun précédent dans l’histoire des technologies de communication.

Par parenthèse, le cas Bonnefoy n’est pas sur ce plan un cas isolé, loin s’en faut. Des hordes de mâles assoiffés, qui s’ennuient tout autant, l’enquête l’a montré,  rejoints bientôt par des grappes de femelles tout aussi seules, vont se retrouver, régulièrement, sur des « sites de rencontres ». (Parfois, d’ailleurs, une rencontre a lieu. Une vraie. Avec, la plupart du temps, étreinte mécanique, expédiée, désillusion à la clé, et retour à la case solitude pour refaire un tour. Mille tours. Myriades de solitudes tout agitées de mouvement brownien, erotico-erratique, c’est très amusant à observer. Moins à vivre, forcément, à la longue.) De nos jours, ces sites se sont perfectionnés, chacun bénéficie d’une « fiche produit » personnelle permettant l’évaluation rapide et réciproque de la marchandise. Il fut un temps, notons-le au passage avant de clore la parenthèse, où le chaland espérait, en s’inscrivant sur ces sites, faire une « vraie rencontre », sérieuse, durable ; surtout sur ceux où le motif de consommation sexuelle était plus sournoisement éludé au niveau fonctionnel. Mais ne nous leurrons pas mesdames et messieurs : dans ce monde du jetable-roi, chacun cherche son chat d’un soir, comme dirait l’autre, comme-ci ou comme ça. Puisqu’on s’ennuie. Puisqu’on doit consommer jusqu’à la mort, abrutis que nous sommes.

(…)

Voilà notre Pierre Bonnefoy rendu en juillet 2006, plus de quinze ans d’expériences virtuelles derrière lui. Il est divorcé, sans enfant, au chômage, fiché pour « détention et diffusion d’images numériques à caractère pédophile », fatigué chronique, sujet à de fréquents maux de tête, accès de torpeur morbide et autres vertiges difficilement supportables. Son généraliste (Dr. Rubinstein) y voit surtout une dépression bien installée, consécutive à une monomanie désocialisante, de type addictif, doublée d’un manque total d’activité physique. Ce que le praticien ne voit pas, en revanche, qui est fondamental et que révèlera plus tard l’expertise psychiatrique, c’est qu’il n’y a plus de Pierre Bonnefoy : Pierre Bonnefoy a quasiment disparu. Il y a bien son patronyme sur sa carte de sécu, sur tous ses papiers, sur sa boîte aux lettres remplie des courriers qu’il reçoit à son nom, il y a bien çà et là de réelles traces d’identité, mais lui, Pierre Bonnefoy, le vrai, l’habile marionnettiste, le mari timide et effacé, n’existe plus. Il s’est dissout, liquéfié ; ou plus exactement il a éclaté en monades identitaires multiples, cent fois renouvelées. Pierre Bonnefoy, en homme intelligent et créatif, a été non seulement un jeune homme fortement doté, le « bo jeune homme » des débuts, mais aussi, une « fée des enfants », un « fan de Barbapapa », un « prof de lettres cokin », une « salope à blacks » ; il a été Bobby la gaule, Cul d’or, Lili Pute, Heavy Cock, Hot Psy, Tarzette, China girl, Blanche fesse, Urubu, Penetrator, etc. ; il a rempli des dizaines de fausses fiches, agrémenté ses « pages perso » de photos volées sur le web – portraits, nus –, de renseignements précis et invérifiables sur « lui » (mais lequel ?); il a parcouru des forums en anonyme, des blogs, affublé de pseudos étranges, parfois drôles, ou consternants, ou effarants. Il est resté des heures, des milliers d’heures, hébété, drogué, loin de Pierre Bonnefoy du vrai monde, loin de la vraie vie, s’inventant des destinées, créant des marionnettes inédites, assis devant sa fenêtre magique avec ses masques d’halluciné, aspiré par les courants forts de l’océan bleu, son seul et unique horizon.

Dans ce qu’on entend d’habitude par « monde réel », analogique, Pierre Bonnefoy a fini par totalement inexister. Avant l’incident il ne mangeait plus, ou si peu, si mal, son bureau où il s’est longtemps calfeutré était devenu un indescriptible foutoir, un cloaque aux relents aigres. Sans travail, sans confident véritable, seul dans sa citadelle, il disait pourtant vivre « intensément », échanger avec ses « nombreux amis » MySpace, quand sur ordre de police on est venu le chercher pour l’interner en urgence. Pour « l’écarter du monstre et le mettre à l’abri », rectifie Madame sa mère, éplorée (Lucette B., née Daumier, troisième témoin).

Voici venue l’ère du masque, mesdames et messieurs les jurés, sinistre et redoutable ; cet avènement que permet Internet avec une facilité et une efficacité inégalables, et qui, soyons clairs, ne fait que commencer.

Dépassé par la Machine, avec comme seule boussole sa passion, l’Homme est faible s’il est livré à lui-même. Aussi j’en appellerai à votre clémence, à votre intelligence sensible surtout. Comment ne pas avoir une pensée émue pour Pierre Bonnefoy, ce pauvre homme qui, m’a-t-on signalé lors de ma dernière visite à Sainte-Anne, souffre maintenant d’effrayants délires hallucinatoires. Le service où il se fait soigner reçoit de plus en plus de cas semblablement tourmentés. De plus en plus jeunes. Des « gamers », des « fous de la toile », comme on les appelle. Indépendamment du passage à l’acte qui nous occupe avec Bonnefoy et pour lequel les dernières expertises montrent bien des lacunes, je laisse à votre sagacité le soin de juger combien tout ceci est préoccupant pour la Santé Publique.

(…)

Note NLR : si un brin d’éclairage sur la dimension psychopathologique de cette affaire était jugé nécessaire, le lecteur intéressé pourra notamment se référer au « syndrome de Lerne », curieuse affection décrite dans quelque sombre pli de HYROK, roman social à paraître le 7 octobre 2009 aux éditions Léo Scheer.

Attracteur étrange

juillet 5, 2009 par Nicolaï Lo Russo

attracteur

En cette période estivale et faste, quoique tourmentée par les feux d’une actualité pas toujours réjouissante, j’aimerais rappeler la mémoire morte de Lucien Reivax, poète méconnu, horticulteur de grand talent, que l’Histoire a, par une injustice dont elle fait souvent son lit à ressorts, oublié dans un coin sombre et fort peu fréquenté.
Ce qui caractérise surtout Lucien Reivax, garçon plutôt mal loti par la nature, – disgracieux est le mot juste –, c’est qu’il n’aimait que le Beau. Plus précisément et depuis ses tout premiers jours, il ne supportait que le Beau. A la sortie de sa mère, on rapporte qu’il hurla si fort et si longtemps, qu’on dut faire venir la plus belle infirmière de la région – du côté de Brives – où il naquit, un 11 septembre 1911. (Notre distraction de lecteur exténué et peu féru de géométrie ne devrait pas nous faire manquer l’absolue symétrie de cette date fatidique. Plus qu’une coïncidence : un funeste présage.)
Très vite, autour du petit Lucien Reivax, on s’organisa ; tout changea ; ne fut qu’harmonie, symétries savantes, équilibre des volumes et des formes. Sous peine d’affreux cris d’angoisse, de manifestations de colère, d’agressivité, qui non seulement inquiétèrent la mère, le père, mais sidérèrent une bonne partie de la communauté pédiatrique – et plus tard scientifique.  Qu’il manque une peluche sur une étagère, ou un livre, qu’un rai de lumière se fracasse un peu brutalement sur un mur, que la fenêtre s’ouvre sur un nuage mal dessiné, que la flamme d’une bougie soit abîmée par un courant d’air, et la maison se mettait à trembler des hurlements déchirants du terrible nourrisson. On dut fabriquer des biberons spéciaux, munis de tétines sans défaut, surveiller le décor en permanence, interdire l’accès à la chambrette à une bonne partie de la famille et à presque tous les proches. Tout le voisinage était terrifié, rasait les murs : Pour le petit, le simple fait de croiser en landau un être difforme, ou mal habillé, de voir une sale tête se pencher sur son alcôve de coton, et c’était le drame. Les cris de bête sauvage. C’est que dans cette région, le Limousin, tout le monde ou presque était laid à part les vaches. Les becs de lièvres couraient allègrement dans les champs, les faces de rats infestaient les salons et les cuisines, au milieu des têtes de cochon. Les gens étaient trop gras, trop petits ou trop larges, leur jambes trop courtes ou leur cous trop épais. La laideur était partout. Il n’y avait guère que la miraculeuse Lola, fille de laitière, gracile comme une libellule blonde, qui put approcher le petit sans que ça tourne vinaigre. Elle devint d’ailleurs rapidement sa nourrice. Car la mère de Lucien Reivax, elle, Bernadette Reivax née Duplot, quoique pas vilaine et même fort courtisée, avait dû “lâcher l’affaire” à cause de ses yeux vairons ; pouponner les yeux fermés, comprenons bien que c’est ennuyeux, à la longue.

Lucien Reivax, en ses jeunes années, posait problème, c’est le moins qu’on puisse dire ; il n’en “loupait pas une”, comme le répétait sans cesse son opticien de père. La mochesse le faisait agonir. Tout ce qui n’était pas net, lisse, bien balancé, bien proportionné, c’était ouste ! loin caca ! du balai ! D’aucuns, consternés, évoquèrent le Diable. On fit venir un prêtre, qui n’y put rien. Ce satané gamin va finir par rendre tous les gens fous, s’écriait-on aux alentours. Avec ses exigences grandissantes. Car oui, les années passaient, le petit Lucien grandissait, et son goût du Beau, son irrépressible besoin de perfection formelle, avec lui ; goût qui s’affina, intransigeant comme une serpe. Les neurosciences en étaient quant à elles à leurs balbutiements, et personne, personne, malgré force tests, séjours en clinique et autres expériences à souris, ne put diagnostiquer avec certitude l’origine du “mal”. Le pourquoi de cette intolérance absolue envers ce qui n’était pas beau. Ou défini comme tel par l’animal. A ce propos, crucial, on peut se demander ce qu’était la beauté, en ce début de siècle mouvementé qui vit naître le cubisme analytique – cette horreur –, et se renforcer les totalitarismes. Était-ce toujours la beauté canonique du fameux nombre d’or ? les suites de Fibonacci, de Moralezza et Galbani ? ou ces équilibres athénoïdes aujourd’hui révolus quoiqu’issus des Origines ?  – et qui par extraordinaire auraient infiltré le code génétique du bambin à son stade foetal ? Que dire de sensé sur la beauté à cette époque agitée ? Chaque époque à ses canons, ses affreuses grâces et ses Raymond Loewy, il y a des milliers de livres contradictoires sur la notion de beauté, sur son jugement (Kant), nous ne nous y attarderons pas ici. Quoi qu’il en fut, ce qui n’échappait point à Lucien Reivax, – qui dans un souci de cohérence et pour se venger des miroirs se fit appeler xavieR, avec majuscule finale, (Xavier reivaX, comment trouver plus équilibré ?), ce qui ne lui échappait point, donc, c’était par exemple la légèreté avec laquelle une bulle de savon de bonne taille se déplaçait dans l’air transparent, pour aller mourir brutalement sur une épine de rose. La beauté fugace de Dame Nature, voilà ce qui le séduisait, et en particulier celle de ses lois physiques. Economie énergétique, tensions minimales, pureté des contours. Le monde comme un vase de Chine. Dans lequel Lucien Reivax longtemps s’abrita.

Après une adolescence contrariée, toute de solitude onanique et d’austérité, Lucien Reivax – l’administration rejeta son “xavieR” – tenta, après force réflexions et mois d’hésitations (de sa part et de celle de son entourage déboussolé), des études d’arts décoratifs. Décoratifs, oui ! Ce fut un désastre.  Non seulement ces études se soldèrent par un renvoi définitif, pour des raisons qu’on imagine sans peine, mais cette période conforta l’intraitable élève dans son idée que tout dans la vie était décidément hideux. Hideux et peu digne d’intérêt. Son raisonnement s’arrêtait là ; puis, artiste maudit, il se refermait comme une moule apeurée.

Lucien Reivax était malade, un grand malade, certes, déséquilibré incurable, et honni de beaucoup.  Seul un petit groupuscule, parfait et bien cousu, se forma autour de lui pour essayer de le comprendre, pour essayer de “voir avec ses yeux” ce qui clochait tant et lui interdisait toute société durablement. On se pencha sur ses productions. Sur ses aphorismes calligraphiés, ses poèmes (Kayak, oWo + iHi, parmi d’autres), ses innombrables croquis, qu’il conservait pour la plupart à l’abri des regards. Minimaliste avant l’heure, ce Lucien Reivax ! on s’en serait douté ! Des lignes, des croisements, d’étonnantes équations filifères, des nuages de points, dans un équilibre – et une modernité ! – qui eût fait frissonner Kandinsky de jalousie s’ils s’étaient connus. Bizarrement, un élément géométrique revenait souvent dans son oeuvre graphique : une sorte de courbe logarithmique à épuisement progressif, comme un pavillon de trompette ou une fleur de liseron.  Il y avait aussi ce court texte, mis en évidence, signé d’un “savant russe”, Boris Koustenov, et qui aujourd’hui encore ne manque pas d’attirer l’attention de nombre d’analystes de la perception ; il est bon de le lire attentivement pour le bien saisir : “La sensation étant proportionnelle au logarithme du stimulus, comme l’a montré Fechner en acoustique, l’impression de bonheur, quand elle est stationnaire, tend à disparaître. Donc ce qui procure le bonheur doit s’accroître, mieux encore s’accélérer. Ce qui signifie que plus le nanti est possédant, moins il aura de chance de connaître le bonheur, car la différence entre son état présent de nanti et un échelon sensiblement supérieur devra être considérable pour qu’il le ressente. Il en va de même pour toute sensation, en particulier la sensation de beauté, ou de nouveauté.” On ne trouve plus trace de ce Koustenov dans la littérature scientifique et c’est bien dommage. Englouti dans les abysses de l’Histoire, lui aussi. En tous les cas, ce que tentait d’exprimer Lucien Reivax, ce sentiment précoce et diffus qu’il peinait à partager (sur ce qui pour lui était beau), ce pourquoi il voulait vivre et se battre malgré tout, est resté sans réelle explication à ce jour. Une énigme.

C’est au cours de son service militaire – pour lui obligatoire car malgré ses tares il était costaud –, puis dans le maquis pendant la Deuxième, que Lucien Reivax vit son désir inextinguible d’absolue beauté s’assoupir. Les horreurs de la guerre, les camarades perdus au front, les atrocités en série qui martelèrent sa rétine, lui firent apprendre que la laideur était bel et bien de ce monde. Surtout qu’elle était ce monde dans sa chair la plus vraie, la plus crue. Qu’il fallait bien compter avec. Tout comme la sensation de bonheur se raréfie quand les données sont stables, la sensation de malheur durcit l’âme quand le malheur se répète, la rendant peu à peu insensible, inaltérable. Au bout d’un moment on ne sent plus la douleur. Comme anesthésié, on ne sent plus rien. Lucien Reivax guérissait. Trouvait un nouvel équilibre. Dans son cerveau, le Laid s’était fait une place au soleil, magnifique, avec vue sur la Mort. Et il avait bien dû l’accepter. Dès lors sa vie changea, à en devenir presque banale.

Avant de conclure, et pour évoquer brièvement sa carrière professionnelle et le peu de ce qui constitua sa vie privée, ajoutons que Lucien Reivax se maria après la guerre avec Paulina Polovitch, une petite fleuriste d’origine juive qui avait échappé aux rafles et à qui, ironie du sort, il donna deux garçons identiques et très beaux.
Horticulteur par nécessité, il fut, ce n’est pas anodin, à l’origine de l’introduction en France de l’arum palaestinum, une des rares fleurs en forme de logarithme, dont il perfectionna la courbe et le coloris.
Fatigué, il mourut avec méthode le 9 septembre 1999, d’un simple coup de revolver dans la tempe droite.
On l’enterra dans l’intimité, sous un immense bouquet d’arums et un peu de terre.
Ses deux fils sont aujourd’hui co-directeurs du Revaags Institut vör Mathematik de Hampstaedt.

La vie est semée d’attracteurs étranges. Tout comme l’imagination.

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juin 22, 2009 par Nicolaï Lo Russo

La cause

Bonjour monsieur… Bienvenue à bord… 87K, oui, c’est un peu plus loin à gauche, près du hublot…
Ok…  L’allée centrale, moquette bleue… rangées de fauteuils alignés comme des soldats…   50… 60… 70… Voilà… classe cet Airbus quand même… tout est nickel… c’est spacieux pour les jambes… Pardon madame… Oui je suis au fond… merci… pardon…
Voilà.
J’aime pas son parfum à celle-là… pas du tout… C’est quoi ? Chanel peut-être… Chanel, ça doit être ça… Coco… ou un Guerlain… un truc avec de l’iris…
L’hôtesse est top, elle… joli port de tête, mignonne… vraiment bonne… elle sait faire, c’est clair…   pas mal ces Brésiliennes quand même…  enfin elle est peut-être pas Brésilienne en fait… sur Air France…
“Bonne”… Qu’est-ce que c’est con comme expression… comme si on avait déjà essayé… Ça veut vraiment rien dire… c’est nul…
Putain tout le voyage avec cette odeur de cocotte ça va pas être drôle… Y en a quand même tu te dis… des doses pareilles, merde…
Bon, ça se remplit…  quelle heure il est… bientôt 19h…
Los Angeles la nuit, ça c’était génial l’an dernier… génial…  la ville au décollage…  immense… comment ça va être sur Rio la vue ?… Fait pas assez nuit encore… pas tout à fait…
Fait chier son truc… ça devrait être interdit pendant les longs voyages les parfums lourds… Ah ok je vois le genre… Gala… Figaro Madame… Tu parles… Elle va me casser les couilles c’est sûr… Si au moins elle était baisable… Elle doit avoir quoi… cinquantaine… La bonne bourge qu’est venue se taper des bronzés… Ses mains sont moches… Bref… On est pas obligé de se parler en avion…
Sont trop petits ces hublots… Pourquoi ils font pas des sortes de baies vitrées plutôt ?… C’est chiant on voit pas grand chose avec leur vitre triple épaisseur… Y a de la buée en plus…  Comprends pas pourquoi ça a pas évolué ça… Y a des trucs, comme ça, qui évoluent pas… C’est étrange…
Tous ces rivets… comment ça tient sur les ailes… quel boulot les mecs qu’ont assemblé ça… ces carrés en titane… ça fait un peu casserole en alu…  Sont allés jusqu’à la lune avec ça…  ça tient super bien…  Encore heureux hahaha…
On voit plus grand chose là…  commence à faire bien noir…
Doudou… Qu’est-ce qu’elle fait en ce moment ma Doudou ?…. Quelle heure il est à Paris ?…  Elle est réveillée ma chouquette… sûrement…  Ah merde faut éteindre le portable… J’espère qu’elle a arrosé les plantes il a dû faire chaud aujourd’hui…
On se casse on dirait… Ouais c’est bon ça bouge…
Ça aussi tiens… leur truc de sécurité, là… Je me demande qui lit ça comme il faut… triple carton vernis… avec leurs dessins internationaux…  Avec cette miss qui fait les même mouvements depuis des années pour montrer… Elle doit en avoir marre non… masque à oxygène et compagnie… C’est un peu cheap ces trucs en plastique, j’ai toujours trouvé… ça doit être étudié pourtant… être assez efficace…  enfin si c’est bien utilisé…
J’étais sûr qu’elle allait ouvrir sur l’horoscope cette conne… Montre un peu pour voir… Sagittaire… merde pas mes lunettes… Premier décan… Santé… Ou sont mes lunettes ?… vous ne…  vous ne quoi ?… j’arrive pas lire, tant pis…
J’vais mater la video et je dormirai un peu après… Spiderman… bof… La Cité de Dieu…  paraît qu’c'est bien ce truc…  violent mais bien… C’est vrai qu’je suis pas trop allé voir les bidonvilles à Rio… J’aurais dû, je suis con… Profiter d’être là… C’est sûr que ça change de chez nous… Mais bon cinq jours c’est super short…

… your seat belts till the light turns off, thank you… … arder votre ceinture attachée jusqu’à l’extinction du voyant lumineux, merci…

J’me ferai jamais à ces putains de décollages, j’ai toujours les mains moites…  et puis là avec l’aile je vois rien…
T’imagines un pneu qui éclate à quatre cents à l’heure …. juste avant que ça décolle… La carlingue qui sort de son axe d’envol à cause d’un putain de pneu… la grosse cata hahaha… merci d’avoir choisi Air France…
Hola… Ouah putain ça y’est… Putain la montée en régime… la poussée… ça y’est ça dépote… Yeeesss… Houa… … …  Hop-là ça y’est ça monte… ça monte sec…
Mon reflet dans le hublot. Mon nez. Mon nez brillant. Le reflet de la rangée. On voit rien à travers la vitre, c’est un trou noir. Ah si quand même des petites lumières de rues là-bas… Si si. Et cette masse, là… C’est le Pain de Sucre avec la baie… Putain ça monte vite ce coup-ci…. Ils ont toujours le même angle ? je me demande… En principe oui, enfin y a pas de raison que ça change… Il est gros cet A-320… ou 330 je sais pas…

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– !! ¬¬¬¡¡¡¡¬¬
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Une chance sur dix millions il paraît… de finir dead dans un crash aérien… Au décollage ou à l’atterrissage…  Un peu plus à l’atterrissage d’ailleurs… C’est sûr c’est pas d’bol… L’avion c’est quand même le moyen le plus sûr de se déplacer maintenant… Tu m’étonnes… C’est très rare les avaries matérielles…  Hyper rare… Surtout sur ces compagnies-là…
Une chance sur dix millions par période d’un an, ils ont fait des stats assez précises… Ça veut dire… qu’en dix ans, t’as une chance sur un million d’y passer si tu voyages un peu régulièrement… En cinquante ans, plus qu’une sur deux cents mille, là ça commence à faire risqué…  surtout si t’es hôtesse ou pilote, eux ils sont toujours dans la carlingue, c’est leur boulot…
Bon, allez… Qu’est-ce que j’ai pris là-dedans… Ouah j’ai déjà mal à la nuque…  Un San-A… Vol de nuit… le Libé d’hier… et le fascicule du Congrès… J’vais mater la vidéo et je verrai après le repas… J’ai la dalle tiens… Pas sûr qu’ils servent un repas complet à cette heure-ci…  enfin je crois qu’on peut demander si jamais…

(((Ding)))

Ça y est… c’est bon…  on est à combien… dix mille mètres… non onze mille trois cents, là… T’imagines la température à cette altitude… Putain… Un petit trou dans le fuselage et c’est mort…
On voit que dalle… Black ocean… Pas grave…
Chier cette clim…
Pardon Madame, vous permettez j’aimerais me lever… … merci…

Jolis p’tits lots sur Air France dis donc… Ils doivent pas se faire chier les pilotes c’est clair… Comme sur Cathay ou Singapore…
Merde, “occupé”…
Bon…

– øøπππ∏∏±
– ¬¬¬ ¬¬ ¬¬¬||||¬¬¬
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–|||447————————
– π𬬬 ¬¬

Wow ça secoue là… on dirait qu’on roule sur des troncs…

… and fasten your seat belt… Mesdames et messieurs, notre appareil entre dans une petite zone de turbulences, nous vous prions de regagner votre place et rattacher votre ceinture s’il vous plaît, merci…

Ok…
Pardon monsieur…  madame… excusez-moi… voilà merci…
C’est chiant de rien voir putain… quand ça bouge comme ça on sait pas ce qui se passe… C’est un peu flippant ce train fantôme… Moi qui voulais bouffer un truc je vais un peu attendre… Les gens ont l’air pas trop rassurés d’ailleurs…
Putain…
C’est les masses d’air sûrement qui font ça… Différences de densités… Les vides, les pleins… Comme en peinture… C’est ça la nature… Qui pourtant a horreur du vide…

Tiens c’est quoi ce truc ?… On dirait un rayon…
Doit y avoir des éclairs…
Ça m’étonne des orages à cette altitude…

Madre de Dios !…
Putain !…
Y a…  l’aile… L’aile, monsieur, regardez au bout… toute rouge !…
Qu’est ce qui se passe?… Aaaahh..  au secours…
Le rayon ! C’est quoi ce rayon nom de Dieu !
Je…  Aaaah…
On nous tire dessus ou quoi ??? Ça brûle !!!…
On peut avoir des informations ????
On perd de l’altitude…

(((Viiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…)))

Mesdames et messieurs ne quittez p…  Aaaah… Gardons… Je… C’est… allo ?  C’est le Commandant de bord qui vous parle…  Nous allons essayer de nous poser rapidement, l’appareil a été touché par… par… par la foudre probablement… Les procédures de secours sont enclenchées, gardez votre calme et votre ceinture attachée…

Mais non ça fait cage de Faraday un avion !… Quelle foudre ???
On se fait tirer dessus oui !!!
Au secouuurs!!!
Regardez !!!
Oh my god!!!!!
Aaaaaaaaaaaaaahhhhh!!!…  Au secooooooouuurs !….
Mamaaaaa!!!…

Non. Non. Pas possible. Je rêve. C’est un rêve. Tout va bien. Tout va bien. Je suis en train de rêver. Non. Nooooooooon!!! Pas moi !!! Pas là !!! Pas moi!!! Mon Dieu!!!! Ma Douce!!! Esteban !!! Maelle !!! Maman. Le jardin. Le lac. Vivre. Je… Non non non… Tenir. Mes oreilles. Chercher les enfants… leur dire…  Mais non je rêve je rêve… C’est pas vrai C’EST PAS VRAI ça va aller ça va aller… On va se poser… Tranquille. C’est rien c’est pas grave ça arrive…  je non. On perd de l’altitude…  On je aaaaaahhhh….  Au secouuuurs… Mon Dieuuuuu…. Je peux je rien non vite… lâchez-moi lâchez-moi le bras… je v…
Masque à oxygène…  enfiler ce truc…. jaune… jaune..  soleil, lumière, plage sable infini… ça va aller pas de panique ça va… Le..  comme ça Madame, comme ça… dans ce sens… Moi aussi… Je vous nous allons nou….
CRRRRRAAAA!!!!! BAAAAM.!!!  BADAAAAAAM!!!!!
(((Viiiiiiii Viiiiiiiii Viiiiiiii Viiiiiii Viiiiiii Viiiiiii Viiiiiii Viiiiii…)))
Mayday Mayday Mayday…
… gilets de sauvetage…

8200…
7300…
On tooombe!!!!
6500…
5400…
4200…

Le feu !…
Nooon Nooooooooon Pitiééééééééé mon Dieuuuuu… Ma Doudoouuuuu!!! Je t’aaaiiiiiiime!!!
La carl…  le feuuuu!!!  Aaaahhhh au je non ja ahhh je veux paaaaaaalààààààà la meeeeeerrr  auseeeec paas çaaaaaaaaaaa AAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHH!!!!!!!!!/

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Le 1er juin 2009, le vol 447 d’Air France Rio-Paris – vol régulier – sort des écrans de contrôle puis “s’abîme dans l’Atlantique” dans des circonstances encore mystérieuses – d’aucuns évoqueront l’entropie des systèmes complexes, la Loi d’aggravation dite “de Murphy”. Tragédie épouvantable quoi qu’il en soit, abondamment commentée, qui fera hélas 228 victimes (dont 51 retrouvées à ce jour par l’aide internationale).
Le scénario imaginé par l’auteur, ci-dessus, symbolisant l’Irrationnel mais dont, d’un autre côté, la fantaisie ne peut écarter totalement l’hypothèse (on y croit ou pas, aux OVNIS), est certes infiniment peu probable. Des essais balistiques tirés d’un sous-marin furtif ont été également évoqués, sur certains forums ; un attentat terroriste, sur d’autres ; une collision avec un aéronef non identifié ; la conjugaison d’une météo très critique avec une cascade d’avaries techniques non maîtrisables. Tout, ou presque, a été imaginé. Sauf, sans doute, la vérité.
Les recherches se poursuivent. L’enquête est en cours. Qui nous dira, peut-être, ce qui s’est exactement passé.
Troublé, touché par ce drame, voire, comme certains, un peu perturbé, l’auteur exprime ici ses pensées sincères, sa profonde sympathie, aux familles et aux proches des victimes.