Archive for the ‘Mode’ Category

Première de couv’

5 octobre 2008

15H. Bureau « maquette » du magazine Nada, un jour de fin septembre 2008.

— On peut la descendre un peu, la miss ?
— Dans la page ?
— Ben oui dans la page. Faut qu’il domine plus nettement, lui.
— Ok… Attends… deux secondes… Hop ! voilà…
— Parfait comme ça. Fred, viens voir… regarde… Kèce t’en penses ?
— Moi ça me va mais faut lisser.
— Encore lisser ?
— Ben ouais tu sais bien…
— Elle va pas faire trop jeune ?
— Ils veulent ça, on discute pas.
— Je vire toutes les rides alors Eric ?
— Tu vires tout ouais. Lisse. Jeune. Gonfle un peu la bouche, aussi. Faut qu’ça lippe bien. Que ça allume. Et accentue le sourire… qu’elle ait l’air de kiffer un peu, ha ha ha…
— Ça craint quand même… Tu trouves pas ?… Putain… C’est la femme du Président, merde quoi…
— Ecoute toi t’es retoucheur, tu discutes pas. T’inquiète. De toute façon c’est lui qu’a le final cut.
— Qui ? Sarko ?
— Ben évidemment gros couillon. Ils ont dit : Jeune, Dynamique. Dans l’coup partout. L’image. Si tu la laisses comme elle est, Carla, c’est mort. Pas envie de me faire virer, moi… Elle est hyper importante cette couv’, faut assurer…
— Bon ok les mecs. Moi je m’en fous après tout, je fais mon boulot. Rien à foutre de leurs conneries.

Quatre heures plus tard…

— Voilà, ça te va là ?
— Super. Une vraie pub pour Clarins. Tiens, envoie un jpeg la haut, qu’ils le voient avant qu’on foute la typo.
— Si tu veux je peux même lui mettre des tresses… tant qu’à faire allons-y !
— Pas con, fais une version avec des tresses ouais ; et celle-là, sans.
— On dirait sa fille… Génial.
— C’est un peu c’qu’y veulent on dirait. Que les gens sachent pas trop…
— Si tu veux je peux le vieillir un peu lui… comme ça on pensera que c’est sa petite fille !…
— C’est bien ouf Photoshop quand même hein…
— Tu m’étonnes, ha ha ha ha… Le trip pédophile !… Fendard !… En couv’ de Nada !
— Sont trop cons avec leur jeunisme de merde.
— Ah ben qu’est ce que tu veux… En plus c’est la fashion week, faut se la jouer mannequin de seize piges à fond…
— Ouais… Des fois je me demande ce que j’fous là moi… commence à me gaver ces conneries, à force… Non mais t’as vu où on va ? C’est l’hallu…
— Laisse Bob, laisse… On s’en fout ch’te dis… On s’en fout nous. On a du taf c’est déjà pas mal. C’est eux les responsables.

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Pouvoir d’achat ? Do it yourself !

4 décembre 2007

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A lire les articles traitant du « pouvoir d’achat » des français et de sa résolution sarkozyenne tout à fait illusoire, j’ai constaté avec un certain étonnement qu’un aspect important du problème n’avait pas été abordé : le pouvoir « psychologique » d’achat. Autrement dit le désir d’achat. A l’approche de Noël en particulier, tout est fait pour que ce désir soit porté à son paroxysme (et sa satisfaction remplacée immédiatement par un nouveau désir, dès janvier.) Offres alléchantes, boîtes à lettres pleines, bombardements publicitaires, hyperchoix de marchandises, bousculades consuméristes en tous genres.
Achetez ! Achetez ! Achetez ! (mais soyez libre, hein.)
Bon.
Le pouvoir d’achat c’est ce qui reste, grosso modo, quand vous avez payé le loyer, la bouffe de base, les factures télécom et tout ce qui est obligatoire (le remboursement des crédits par exemple). C’est cet – éventuel – petit pécule qui va vous permettre de partir au ski, d’acheter un ipod, ou de changer la moquette. Inutile de dire que pour la majorité des français ce « pouvoir » est plutôt faible. Et la frustration d’autant plus forte que le désir, soigneusement aiguisé par les guerriers du marketing, est grand. Immense même.
L’indice des revenus ne va pas bouger de sitôt. Comment, dès lors, faire varier psychologiquement l’indice des prix à la baisse ? Ainsi, avoir l’impression de voir son pouvoir d’achat, étrangement, augmenter.
On peut attendre les soldes. Ne pas sortir le moindre billet avant. (Le prix d’un « beau livre » a une durée de vie de plus en plus courte. Idem pour les vêtements. Chute de 50 à 80% avant/après Noël assurée.)
On peut s’intéresser aux mille choses qu’on a déjà. (Tous ces romans, ces magazines qu’on a pas encore lus ; ce lecteur DVD, dont on n’a pas exploité le 10e des possibilités ; ces bottines sublimes, là-bas en dessous, qu’on a mises que deux fois ; etc.)
On peut tâcher de « désapprendre le désir », façon bouddhisme. (Rester hermétique aux offres, fermer un peu les yeux, manger des pommes, se détendre dans l’azur. Dire non.)
On peut se dire que le Père Noël, ce rubicond vicelard inventé par Coca-Cola (si si !) commence à nous les briser menu et que bon, pour cette année, à part la dinde (et encore) c’est niet.

On peut se gausser de Saint-Nicolas. Le convier à venir accompagné d’un boeuf, pour souffler sur Little Jesus. Et faire un feu de joie.
On peut, finalement, se le fabriquer soi-même son pouvoir d’achat. Non ?

Le syndrome de Moebius

6 novembre 2007

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Le « syndrome de Moebius » est une maladie rare. Elle se caractérise par une paralysie congénitale des muscles oculaires et faciaux, présentant ainsi chez la personne atteinte une absence totale d’expression – a fortiori de sourire. D’autres anomalies sont parfois associées, comme une déformation de la langue (et donc des difficultés d’élocution), de la mâchoire ou encore des malformations des membres.
Cet inquiétant tableau clinique semble avoir pourtant inspiré un nombre croissant de « créateurs » pour leur communication. Dans le domaine figé du luxe notamment, toute expression du modèle qui trahirait une petite trace de vie, un semblant d’émotion, voire un (très) éventuel bouillonnement intérieur, est désormais considéré comme « hors de propos » et donc banni. Car le propos, justement, c’est de vous tenir vous, « fashion addict » à bonne distance de la Parade. Du Club très fermé de Ceux qui en Sont – et qui vous méprisent, vous qui les adorez, qui les désirez). Sur le plan marketing ce transfert affectif fait merveille : Le consommateur étant masochiste (il aime payer pour se faire battre), le Luxe se doit d’être de plus en plus hermétique, presque effrayant, inhumain. C’est un excellent calcul. Et le système de la mode de suivre absolument ce principe morbide (d’où les « gueules d’enterrement » des mannequins lors des défilés ces dernières années, par exemple).
Il est souvent dit que c’est la Mort la grande Inspiratrice. Artistiquement c’est souvent le cas. Mais pour vendre des accessoires ? (80% du chiffre d’affaire du luxe, environ) Qu’y aura t-il après? Une chose est à peu près certaine dans ce monde grave : le sourire – cet affreux handicap – ne reviendra jamais. Les paris sont ouverts.

Tag your friends !

12 octobre 2007

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On dit que le très couru MySpace serait détrôné par Facebook, fringant outsider anglosaxon (évidemment) ; qu’il est désormais limite ringard de s’inscrire sur le premier, alors que la technologie du second répond avec pertinence à tout ce dont toi, petit internaute rézophile, tu as besoin (Non, pas vous ho, lui, là, avec les Oakley miroir…) : Mega espace pour tes photos de lapins, tes videos sexy, tes chagrins, ton manger, ton dodo, ton caca, et surtout tes nombreux zamis ! Que désormais tu vas pouvoir tagger ! (de « tag » qui veut dire étiquette…) Et ça ça vient de sortir du labo, cette possibilité ! Avant on pouvait tagger les articles, les sujets, les marchandises, et maintenant ont va pouvoir tagger les zamis ! les zumains ! Par exemple, tape : « New York – baseball – chicken – yellow – girl – tall  » et hop, t’as direct la liste de tes zamies asiates newyorkaises, fan de baseball et de Nuggets… et de plus d’1m70 !… C’est pas beau ça ?! Parce que bon, je sais pas si t’as essayé d’y voir clair dans MySpace quand t’as 21391 amis, comme moi Bjork, mais depuis qu’elle a transféré tout ce petit monde sur Facebook, c’est quand même plus pratique ! Tape :  » con – France – raciste – pitbull – rasé » et hop ! voilà que devant ta face se pressent tous tes zamis du (***parti politique***) pour aller faire un barbe-cul ! Si c’est pas une belle invention ça ! C’est du progrès social ou je m’y connais pas !
Quoi qu’il en soit, la vérité c’est que moi j’ai presque plus d’amis. Plus que quatre en fait, qui roupillent dans le répertoire exsangue de mon téléphone portable. Quel drame. (mais l’ébruite pas, hein, j’aurais l’air con.) Par contre j’en connais du monde, ah ça ! de Kuala Lumpur à Shefferville, en passant par… par où tu veux…
J’ai comme qui dirait un « putain de réseau ».
Et toi?

Tank vivra la téci !

8 octobre 2007

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La « paix est un combat », signe le fabricant de fringues Marithé & François Girbaud dans sa dernière campagne presse. Le premier plan montre de joyeux drilles multiraciaux foulant une sorte de sol artificiel où s’enchevêtrent des hibiscus et des maquettes de tanks (histoire de changer de la très fanée « fleur au bout du fusil », d’innover un peu quoi, en attendant les lilas au milieu des lance-roquettes).
Très sympa comme visuel. Surtout qu’il est spécifié que la marque soutient « seeds of peace » , une organisation apolitique qui tend à promouvoir la paix chez les jeunes qui en chient grave dans les zones de conflits. Les zones comme les cités par exemple. (ben oui quoi, y a pas qu’au Moyen Orient et autour de l’équateur que ça latte méchant…) D’ailleurs tiens… ne seraient-ce pas les immeubles sinistres d’une cité du 9-3 qui dominent cette brume inquiétante, au second plan de l’image, là? Mais si mais si ! Une cité où les petits jeunes ne jurent que par Le Coq Sportif, Sergio Tacchini, les marques de rappeurs, etc… ‘taing ! Il serait grand temps que Marithé et François vendent leur came là-bas dedans, non ? « investissent ce (juteux) segment de marché » ! Pas déconner quoi !
Allez Zahira, va pour un petit débardeur à 650 Euros, on verra après pour trouver du taf… Peace & Love, babe… z’y va!

Aubade 2018

22 septembre 2007

Rue de la Folie-Méricourt, début de soirée. Une fenêtre entr’ouverte, donnant sur le trottoir. Derrière les rideaux, une petite dispute conjugale sans gravité. J’enclenche quand même mon enregistreur…

[…]

– T’en as pas marre de regarder ces pubs à la con ?

– C’est pas des pubs à la con c’est une des dernières campagnes Aubade ! King Size Special !

– Ouais c’est ça…

– Leçon 758, parfaitement ! « Ne pas lui casser les couilles pendant qu’il regarde la télé ! « … Je me fais le best of là, alors fais pas chier merde !

– J’ai des plus beaux seins qu’elle moi… (…) hein ?… non ?…

– Ta gueule deux secondes s’te plaît… (…) Regarde : Leçon 759 : « aller lui chercher une bière et continuer tranquillement ses mots fléchés !  »

[…]

– Tu me gonfles t’es un obsédé Pierre-Charles !… Moi, t’en a rien à foutre ! Rien ! […]

– … Attends ! qu’est ce que tu fais là ?? ho ?!

– Tu vas dégager avec ta télé, connard !… aller voir tes saloperies ailleurs…

– Non mais elle est pas bien elle putain !… Eh arrête !!!… tu vas où avec ça ???

– T’auras qu’à prendre une rallonge ! allez dégage de là !… Allez, dehors !…


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